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Contenu

Roman - Guerre

Ci-gît mon frère

Politique - Disparition - Guerre MAJ vendredi 06 juillet 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16,9 €

Gérard Bon
Paris : La Manufacture de livres, février 2012
138 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-35887-030-6

L'amnésique de Sagone

Un monde en guerre. De brutes "aux cous luisant de sueur". Un pays qui ressemblerait volontiers à l'Espagne des années 1930. Sous les bombes, sous la menace fasciste. Et dans ce pays en bute à l'effroi surgit un étranger. Il vient chercher les restes de son frère, le poète Federico Garcia Lorca. Prêt à soulever la terre de ses mains pour retrouver ses ossements. Tandis que la République chancelle. Qu'une nuée brune s'abat sur elle. Le frère de Federico enquête. L'idée persiste que Federico aurait survécu au peloton d'exécution, aurait été récupéré dans la fosse des fusillés par des mains attentives, qui l'auraient mis à l'abri dans un couvent où il serait mort quelques années plus tard, bêtement, d'une embolie pulmonaire. De fait, la sépulture du poète ne fut jamais retrouvée. Son frère veut savoir. Pour les uns, il est mort fusillé. Mais la rumeur persiste, de l'amnésique de Sagone : Federico. Or à trop remuer le passé, tous les fantômes remontent. Les morts ne le sont jamais longtemps du reste, dans ce pays où ils s'avèrent plus présents que les vivants. Il doit donc les affronter, et affronter ce mort, son frère, encombrant, massif, écrasant. Et avec lui de sombres règlements de compte, de trahisons nouées il y a bien longtemps, et dont son frère a peut-être été la victime. Victime de ses plus proches amis, le pire que l'on puisse imaginer.

Une enquête donc : Federico est-il mort assassiné, ou bien a-t-il survécu au peloton pour mourir d'embolie ? Mais c'est moins Federico qui importe ici, que son frère aux prises avec ce fantôme importun, désagréable soudain aux yeux de tous, tout comme pour toute l'histoire de la région qui se voulait plus franche dans ses engagements et découvre brusquement que tout est bien confus, le Bien, le Mal, les raisons de vivre comme de mourir. Une confusion savamment entretenue par le récit dans l'austère beauté de l'Espagne qu'il campe, tandis que les phalangistes bivouaquent aux portes de la ville pour ajouter leurs crimes aux crimes déjà commis. Une longue attente s'installe, avec ce bruit de bottes qui se rapproche. On songe ici à Buzzati, son Désert des Tartares. Le frère de Federico penché sur un sac de jute ne sachant s'il exhume ou non Federico dans cet amas d'os qui tombent en poussière, s'en convaincant, même si ce n'est pas vraiment l'histoire qu'il aurait aimé écrire, tout comme celle qui s'écrit sous la mitraille n'est pas celle que nous aimerions voir s'écrire, nos engagements sombrant les uns après les autres dans le doute d'une Histoire qui ne sait quel récit engendrer. Un beau récit en somme, écrit avec beaucoup d'élégance, de maturité, de sobriété. Un beau récit songeur et sensible, grave et circonspect.


On en parle : L'Indic n°11

Citation

Depuis des années, des familles se battaient pour obtenir l'exhumation des restes des suppliciés.

Rédacteur: Joël Jégouzo mardi 19 juin 2012
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