Le Diable chuchotait

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Roman - Noir

Le Diable chuchotait

Économique - Assassinat MAJ jeudi 05 juillet 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,8 €

Miyuki Miyabe
Majutsu wa sasayatsu - 1989
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako
Arles : Philippe Picquier, avril 2012
372 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-8097-0335-1
Coll. "L'Asie en noir"

L'enfant de la grenouille est une grenouille.*

Miyabe Miyuki, en un agréable équilibre, s'éloigne des postulats trop fantaisistes auxquels elle nous avait confronté dans Crossfire, l'un de ses romans précédents. Avec Le Diable chuchotait, elle touche à ce qui avait fait son succès dans Une carte pour l'enfer, et qui s'attaquait aux dépenses de la surconsommation, du surendettement et de la dépendance des crédits revolving à tout va. Ce nouveau roman décortique le système élaboré par des chercheurs sur les techniques d'influences que l'on peut appliquer sur le consommateur. Comment ? Par le choix pernicieux des musiques d'ambiance des magasins, des diffuseurs d'odeurs, de l'insertion d'images subliminales dans les vidéos diffusées sur les écrans des magasins. La liste est malheureusement longue.

Troublante, crédible, Miyabe Miyuki a bien étudié son sujet tout en disséminant, mais de façon contenue, ses petites touches d'étrangeté qui ont fait sa marque. "L'influence", c'est pour faire marcher le commerce, on s'en doutera, en forçant le client à acheter les produits. Oui mais on pourrait également le forcer à les voler aussi. Ce qui est intéressant c'est de voir jusqu'où on pourrait aller dans la manipulation pour en retirer les meilleurs avantages. C'est en s'appuyant sur une documentation féroce que l'auteur amène ses questionnements et parvient sans mal à nous faire passer pour un pauvre pantin de la société.

Mamoru, seize ans, a un oncle chauffeur de taxi à Tokyo qui tue par accident une jeune fille qui courrait sur la route. D'après lui, elle se serait jetée délibérément sous sa voiture. Le problème, c'est que lorsque la police arrive sur les lieux, la jeune fille lâche dans un dernier souffle : "Comment peut-on être si méchant ?" L'oncle traîne avec lui un précédent qui n'arrange rien. Reconnu coupable d'un détournement de fonds, il ne pourra compter que sur Mamoru pour l'innocenter. Mamoru qui va enquêter et découvrir que cette jeune fille fait partie d'un ensemble de trois victimes, et tentera non seulement de sauver son oncle mais aussi la troisième victime potentielle. C'est d'ailleurs à ce moment que l'assassin le contacte.
Mamoru véritable Edgar de la cambriole est un as de l'ouverture de coffre-fort, et l'on notera pour l'anecdote que l'auteur s'est documenté à partir d'ouvrages tel que Forcer un coffre-fort, de Shôzo Sugiyama, dont on aimerait bien parcourir le contenu tant il semble aussi farfelu qu'efficace - pour les lecteurs intéressés, les références éditoriales sont citées en fin d'ouvrage. Les ficelles sont désormais tirées par tout un monde sophistiqué, une société complexe agissant dans l'ombre pour l'intérêt des grandes entreprises. On sent dans sa démarche le véritable investissement de l'auteur pour rester au plus proche de la réalité. Suivre l'enquête de cet adolescent aventureux est agréable. Miyabe Miyuke se démène, et c'est en suivant ses nombreux personnages que nous apprenons petit à petit la véritable teneur qui lie l'oncle, l'assassin et Mamoru.

Ficelage savant, Le Diable chuchotait est un excellent cru dans lequel l'auteur à su trouver un ton juste laissant, de plus, une belle place à l'introspection de l'adolescence, les questionnements d'affiliation, et de responsabilité de la justice. Car si Mamoru doit réussir son enquête, les révélations le confronteront à un choix auquel il ne s'attendait pas. Passionnant, le roman n'en est pas moins touchant. Miyabe Miyuki pratique une littérature dynamique, un style sobre et précis. À cinquante-deux ans, elle est plus que jamais une auteur phare de la littérature policière japonaise contemporaine.

* "Kaeru no ko wa, kaeru", proverbe japonais.

Citation

Elle possédait les qualités d'actrice indispensable au commerce de l'amour. C'est-à-dire la faculté de parvenir d'abord à se duper elle-même.

Rédacteur: Kristophe Noël lundi 02 juillet 2012
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