En ce Sang Versé

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Roman - Insolite

En ce Sang Versé

Historique MAJ jeudi 19 juillet 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Andrea H. Japp
Paris : Flammarion, mai 2012
368 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-0812-5665-1

Quand le bourreau se fait justicier

Hardouin Cadet-Venelle est le bourreau de Mortagne-au-Perche. Hanté par le souvenir et le remords d'avoir brûlé Marie de Salvin, innocente de la faute dont on l'a accusée, il se donne pour mission de faire justice quand celle des hommes est défaillante. Un nouveau personnage étonnant d'Andrea H. Japp qui le met en scène de façon souveraine.

Parce qu'il est reconnaissant de la manière dont Hardouin l'a aidé (voir Le Brasier de justice - même auteur/éditeur) le sous-bailli Arnaud de Tisans lui demande de l'accompagner à l'abbaye des Clairets. Sa fille aînée, sa préférée, a été retrouvée étranglée à la porte du couvent où elle était moniale. Elle rentrait d'une tournée auprès "d'aumonneurs", des pêcheurs condamnés à payer pour leurs fautes. L'attitude de la mère abbesse est étrange. Elle ne fait rien pour aider à la recherche du coupable.
La baronne Béatrice de Vigonrin est très inquiète pour la suite. Mahaut, sa belle-fille, bien qu'elle clame son innocence, est accusée d'avoir enherbé (empoisonné) son beau-père, son mari et son fils Guillaume, âgé de cinq ans. Eustache, le mari de sa fille Agnès, déserte le foyer conjugal. C'est lui qui a l'argent !
Hardouin apprend que Mahaut est la sœur germaine de Marie de Salvin. Cette dernière hante ses nuits et il lui semble qu'elle le pousse à venir en aide à sa sœur. Le maitre de justice doit mener de front deux enquêtes : retrouver l'assassin d'Henriette de Tisans et prouver l'innocence de Mahaut. Mais, dans un monde où les puissants jouent avec les destinées, faire régner la justice n'est pas une mince affaire...

En retenant pour héros un exécuteur des hautes œuvres, un bourreau qui exerce son office tout au début du XIVe siècle, Andrea H. Japp innove. Elle décrit la vie quotidienne de ces parias, de ces êtres méprisés, rejetés, de ces individus que personne ne veut fréquenter.
L'auteur entraîne son héros dans une quête de justice pour tenter d'atténuer un remords tenace. Elle imagine des intrigues, des complots, la traque de criminels dans l'esprit de l'époque. Mais les mobiles de ces délits, de ces crimes sont encore d'actualité de nos jours, la nature humaine restant inchangée quel que soit le progrès technique et social.
Elle décrit le quotidien, le mode de raisonnement de ces personnages dont la vie est courte. On meurt facilement de maladie, d'accident ou de rencontre violente. Seuls dix pour cent des adultes parvenaient à soixante ans.

Elle dresse une galerie de personnages féminins avec une grande acuité. Elle raconte le statut des femmes, la volonté de les maintenir dans l'ignorance, de les confiner dans leur rôle de procréatrice. (De garçons surtout !)
Elle fait revivre quelques intervenants authentiques comme Guillaume de Nogaret, Charles de Valois, dont elle dresse un portrait peu glorieux, et offre une vision moins angélique de Jacques de Molay, présenté habituellement comme la victime de la rapacité de Philippe le Bel et de l'ambition de Clément V.
Elle met en scène, dans son intrigue le goût du secret, le poids d'une religion qui, en fait, ne freine que peu ou pas les pulsions maléfiques et les passions humaines.
Avec un tel héros, l'auteur pourrait donner à son récit un côté "gore", se complaire à décrire les tâches du bourreau. Elle reste évasive sur les tortures, en évoque quelques-unes, mais sans s'y attarder, préférant fouiller la psychologie de ses personnages, le cheminement de l'enquêteur.

De grâce, continuez s'il vous plait, à enrichir les bas de pages de toutes vos annotations, explications, précisions qui apportent tant à la richesse de vos romans.

En ce Sang Versé, le second épisode des Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau, conforte le plaisir pris à découvrir une série passionnante à tous les points de vue : enquête de type policier, historique, psychologique, sociologique et ethnographique.

Citation

Hardouin fouilla ses souvenirs. Arnaud de Tisans ne lui avait jamais fait de confidences. Après tout, pourquoi se serait-il épanché devant son bourreau, le plus indigne des ses serviteurs, quoique le plus précieux ?

Rédacteur: Serge Perraud mardi 10 juillet 2012
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