Le 36, quai des Orfèvres : à la croisée de l'histoire et du fait divers

Si j'avais su plus tôt que ce maçon était ton compagnon, je t'aurais conseillé de quitter la ville au plus vite, mais maintenant il risque autant dehors que dedans. Et à l'intérieur, toi, au moins, tu es en sécurité.
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vendredi 15 novembre

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Essai - Policier

Le 36, quai des Orfèvres : à la croisée de l'histoire et du fait divers

Procédure - Faits divers MAJ samedi 11 août 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 27 €

Clovis Bienvenu
Paris : P.U.F., mai 2012
238 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-13-058883-2
Coll. "Questions judiciaires"

PJ, RG, PQJ, IGS, BRI, BAC, DST, BRB etc.

"Le couperet tombe le 29 avril 2009. Après une réflexion engagée à la fin des années 1990, le choix est tranché par le président de la République, Nicolas Sarkozy, lors d'un discours sur la constitution du 'Grand Paris'. Le fameux 36, Quai des Orfèvres sera déménagé dans le quartier des Batignolles (livraison prévue pour 2015-2016). Ce sera la fin d'une légende mais surtout la centralisation, dans des locaux fonctionnels, de services vieillots disséminés dans Paris. Harlan Coben ne pourra plus écrire dans, Sans laisser d'adresse : 'l'intérieur avait le charme et l'originalité des toilettes d'une station-service' ni que 'les câbles électriques qui sillonnaient le plafond sortaient tout droit d'une brochure de prévention contre les risques d'incendie'." Voilà quelques informations finales du très riche ouvrage que l'inconnu Clovis Bienvenu consacre à cette institution judiciaire qui a vu défiler de nombreuses têtes criminelles, policières et même littéraires comme Georges Simenon, Harlan Coben ou Patricia Cornwell.

Bien que le format ne soit pas celui d'un "Que Sais-je ?", cette publication des PUF vise un lectorat d'étudiants puisque qu'elle inclut en annexe un descriptif du Master de Sécurité Publique de l'Université de Clermont I, et que la quatrième de couverture est tamponnée des logos de l'IPAG (Institut "Préparation Administration Générale") et de l'ICP (Institut de Criminologie de Paris). Mais celui qui signe Clovis Bienvenu a pris garde de ne pas s'embarquer dans des analyses en rafales de statistiques, et son livre peut aussi être lu par n'importe qui. Il nous offre une chronologie claire et précise qui reprend celle des pavés de patrons de la crim' comme Claude Cancès dans son Histoire du 36 quai des Orfèvres chez Jacob-Duvernet en 2010. On retrouvera, au sommaire, un résumé historique de la mise en place de la Préfecture de Police de Paris avec ses noms clés comme Eugène-François Vidocq, le Préfet Lépine, Alphonse Bertillon et la Bande à Bonnot, premier gang en auto qui obligea la police à se moderniser ; l'entre-deux-guerres avec un chapitre savoureux sur la brigade des mœurs devenant la brigade mondaine, un développement sur l'Affaire Violette Nozière et le choc social qu'elle provoqua, ainsi qu'un chapitre sur Simenon et les inspirateurs de Maigret. L'auteur y ajoute un paragraphe sur l'implication de Simenon dans l'enquête sur la mort mystérieuse du Conseiller Prince, lié à la gigantesque escroquerie de Stavisky, et retrouvé en morceaux sur une voie ferrée de Dijon en 1934.

La PJ pendant et après la Seconde Guerre mondiale constitue le noyau de l'ouvrage avec l'étude des structures mises en place pour aider l'occupant comme "le système Permilleux" qui succède à la PQJ (Police aux Questions Juives), ou les contrôles de la Mondaine dans les célèbres bordels que les Allemands se sont réservés. On lira aussi avec profit le rappel des affaires Petiot, de l'éditeur collabo Denoël et de Joanovici, riche juif lié aux Gestapo françaises qui sut retourner sa veste à temps. Après le temps de l'épuration, vient le conflit algérien et la décolonisation. Clovis Bienvenu nous rappelle d'ailleurs dans le chapitre sur le faux attentat de l'Observatoire que François Mitterand, ministre de la justice de 1956 à 1957, et favorable à la lutte contre la rébellion nationaliste algérienne, refusera quatre-vingts pour cent des recours en grâce, envoyant ainsi quarante-cinq hommes à la guillotine en seize mois de mandat. La création de la brigade antigang, le terrorisme et les affaires Thierry Paulin et Guy Georges, concluent l'ouvrage sur l'évolution des techniques de l'investigation criminelle, notamment les comparaisons de l'Adn, expérimentées hors cadre légal lors de l'enquête sur Guy Georges.

En conclusion voilà un ouvrage bien pensé, très agréable à lire, lesté d'innombrables notes très détaillées qui donnent des informations complémentaires et élargissent le champ du public. La clarté du sommaire, l'à-propos des histoires, les vastes connaissances de l'auteur et l'intérêt de la bibliographie sélective, ne compensent quand même pas l'absence d'un index des noms et des sigles qui aurait bien aidé les étudiants visés en priorité. Mais, après tout, il faut bien leur laisser un peu de travail !

Citation

Mais c'était oublier un peu rapidement la création en 1942 du service 'Permilleux' au sein de la direction, unité responsable de 4249 arrestations de Juifs français et étrangers selon les chiffres comptabilisés sur registres par la section d'épuration.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 09 août 2012
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