La Ville des serpents d'eau

Vous savez, elle avait à peu près quatre ou cinq ans au moment de l'accident et elle était avec sa mère lorsque la voiture s'est encastrée dans le mur. Il paraît que les secours ont mis plus de trois heures pour découper la tôle et sortir la môme de l'habitacle. Et que pendant ces trois heures, elle n'a jamais cessé de hurler pour qu'on vienne la tirer de là. Quand ils l'ont récupérée, ses cordes vocales s'étaient brisées. De là cette voix qui a fini par faire son succès.
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jeudi 21 novembre

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Roman - Policier

La Ville des serpents d'eau

Tueur en série - Enlèvement MAJ mardi 18 septembre 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Brigitte Aubert
Paris : Le Seuil, septembre 2012
287 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-107538-0
Coll. "Policiers"

La petite évadée et le marginal

À cinq ans, c'est encore la petite enfance avec son univers magique, le temps merveilleux de l'innocence. Le monde extérieur est comme un immense terrain de jeu, renouvelant sans cesse son flot de découvertes.

Mais la petite Amy, tout ce qu'elle connait, c'est grâce aux livres, ceux que Daddy lui ramènent et que sa maman lui lit inlassablement pour passer le temps. Elle regarde les illustrations et s'imagine en rêves la vie des personnes au dehors. Son monde à elle tient en une pièce souterraine. Amy n'est jamais sortie de cette prison depuis sa naissance. Sa mère, ça fait treize ans qu'elle est enfermée là, retenue prisonnière. Elle sent maintenant qu'elle est au bout du rouleau, pourtant elle n'a pas encore vingt ans. Ça fait trop longtemps qu'elle doit subir les sévices et la violence de cet homme qui a décidé de faire d'elle sa chose. Mais avant de voir partir ses dernières forces et de quitter cette vie qui n'en est pas une, elle veut protéger sa fille avant qu'elle ne devienne le nouveau joujou de ce monstre. Elle sent bien que cet homme ne va pas tarder à vouloir abuser d'Amy, pourtant sa propre fille, exactement comme il a fait avec elle. Alors patiemment, avec comme seul outil un capuchon de stylo, elle a défait une par une les vis d'un grille d'aération. Elle doit sauver sa fille de leur bourreau et ce conduit sera la clé de la liberté pour Amy.
Et c'est comme ça que, dans le froid enneigé de décembre, apparait une gamine vêtue d'un pauvre survêtement rose défraichi. Elle erre dans les rues d'Ennatown, apeurée par ce nouveau monde qu'elle découvre et muette car elle n'a jamais parlé. Elle sait qu'elle doit montrer le bout de papier qu'elle a dans sa poche pour aider sa maman encore enfermée. La première personne à croiser son chemin sera Black Dog, un vagabond noir un peu benêt. Il va la prendre sous sa protection. Mais rapidement, dans cette petite ville, la vision d'un marginal de couleur et attardé accompagné d'une fillette blanche va faire ressurgir des mémoires un triste fait divers. Il faut remonter quinze ans en arrière au moment des disparitions étranges de cinq petites filles. Comme quatre ont été retrouvées mortes, le corps lesté de pierre au fond d'un lac ou du lit d'une rivière, le criminel a été baptisé du triste surnom du Noyeur. Mais la cinquième n'a jamais été retrouvée, ni vivante ni morte. Alors il n'en faut pas plus pour des esprits bien échauffés d'être persuadés que Black Dog est le criminel recherché depuis si longtemps. Pourtant personne n'a signalé la disparition ou l'enlèvement d'une petite fille blanche. C'est ce point qui va intriguer un ancien policier au passé compliqué. Il va reprendre l'enquête et garder bien présent à l'esprit que le Noyeur est peut-être un des leurs, un citoyen pouvant se dissimuler derrière une vie bien ordinaire. La chasse à l'homme est ouverte.

Brigitte Aubert situe l'action de son roman dans une petite ville américaine, à la veille des fêtes de fin d'année, moment presque magique où les ménagères n'ont en tête que la préparation du repas de réveillon. Et même si, dans la communauté, il y a des esprits bienpensants et bienveillants comme pour mieux illustrer la vision de carte postale idéalisée, le vernis commence à se fendiller. Les problématiques sont les mêmes qu'ailleurs avec jamais très loin un fond de racisme et la peur de l'autre.
Brigitte Aubert sait capter l'attention grâce à une intrigue bien construite. En choisissant de changer régulièrement de narrateur, elle réussit brillamment à modifier la tonalité de l'atmosphère de son récit glaçant. Elle nous balade de la pitié à la compassion en passant par la rage ou la haine. C'est habilement mené et en plus la tension oppressante est régulièrement entrecoupée de pointes d'humour assez grinçant. Elle nous balade dans cette communauté pour nous faire sentir que le monstre rôde, qu'il peut être n'importe lequel d'entre eux et certainement le plus ordinaire de tous caché derrière son masque de monsieur Tout-le-monde. Elle dépeint sa suffisance de manipulateur car il écoute les remarques lancées tout en restant de marbre. Il est sûr de lui et se complait de réussir à berner tout le monde depuis tant d'années et d'avoir sous terre ses petites prisonnières. C'est le parfait tableau de l'horreur aux couleurs du quotidien, celle d'un homme aussi insaisissable qu'un des serpents d'eau qui ont donné leur nom iroquois à cette petite ville américaine.


On en parle : La Tête en noir n°159

Nominations :
Prix Arsène Lupin 2013
Grand Prix des Lectrices de "Elle" Policier 2013
Prix Interpol'Art "Roman" 2013

Citation

En fait, on sait exactement quel genre d'homme chercher, mais on ne peut pas suivre notre intuition sans devoir se justifier par des discours et des théories. Et là, on perd toujours du temps.

Rédacteur: Fabien Maurice lundi 17 septembre 2012
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