Nous avons gagné ce soir

Un salopard, un malade, égorgeait des chats devant ma porte, décapitait des oiseaux, tournait jour et nuit autour de ma maison, se faisait volontairement percuter par la voiture de Maria, multipliait les signes pour créer en nous la panique, pour me signifier que le spectacle n'en était qu'à ses débuts.
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mercredi 19 décembre

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DVD - Noir

Nous avons gagné ce soir

Sportif - Mafia - Corruption - Gang MAJ dimanche 14 octobre 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 20 €

Robert Wise
The Set-up - 1949
Paris : Montparnasse, décembre 2002
1 DVD VO-VOST Zone 2 ; noir & blanc ; 19 x 14 cm
Coll. "DVD collector"

Poings sur les i

Nous avons gagné ce soir, l'excellent film de Robert Wise sur le monde sanglant, noir et corrompu de la boxe, a été réalisé d'après un poème de Joseph Moncure March. Les lettres nobles au service d'un sport noble. Seulement voilà, pendant les soixante-douze minutes de ce film en temps réel, il ne sera pas tant question de noblesse que de tricherie, du duperie, de haine et d'horreur.

Robert Ryan est un acteur à la carrure imposante, à la stature reconnue et au jeu à presque mille facettes. Il a joué dans tous les genres de films aussi bien un bad guy qu'un gentil benêt. Il a été champion universitaire de boxe à Dartmoor, et a déjà mis les gants en 1943 pour Face au soleil levant, d'Edward Dmytryk. La boxe, il connait. Celle à l'ancienne avec une technique qui aujourd'hui frise l'amateurisme malgré le punch et la violence des coups, et un avant-match qui ferait sourire. Il incarne Stoker.

L'avant-match c'est justement dans une chambre d'hôtel miteuse avec sa femme que Bill "Stoker" Thompson le passe. Une dispute car Julie (Audrey Totter) ne supporte plus de souffrir de le voir souffrir. Il a perdu près d'une centaine de matchs, a encaissé des coups qui l'ont mis au tapis, et a vécu un dernier combat dont il est sorti tout sauf indemne au bout de plusieurs jours d'inconscience. Elle refuse le billet pour assister à ce match, et arpentera les rues la douleur au ventre, pendant que Stoker hante le vestiaire de boxeurs déjà brisés ou qui vont le devenir en attendant de monter sur le ring défier un plus jeune de douze ans. Tous ont des rêves d'une gloire même éphémère. À l'instar des joueurs de casino, tous pensent que la chance peut tourner et qu'un unique coup peut les envoyer sur les sentiers de la renommée. Mais tous reviennent amochés sur la table...

Surtout que la mafia gangrène un sport qui propose des paris. Des gens mal intentionnés qui placent bien l'argent qu'ils blanchissent, tout ça sous les yeux d'un public réduit à la plus simple expression bestiale. Robert Wise met ce public à nu avec des gros plans sur ces bouches ouvertes et vulgaires. On crie "tue-le" en mangeant des sandwichs dégoulinants, on boit énormément, on conspue, on écoute les résultats de match de base ball à la radio pendant que sur le ring ça sue et ça saigne. Le dernier match de Stocker est truqué mais il ne l'apprendra qu'au troisième des quatre rounds, et refusera de se plier aux exigences de son manager parce qu'alors il sent qu'il peut gagner. La fin dans une salle vide de tout public avec un Robert Ryan apeuré cherchant une sortie pour s'éclipser est un modèle du film noir tout comme son combat filmé sous la ceinture (les coups y sont interdits) par John Indrisano le place parmi les grands précurseurs du film sportif.

Nous avons gagné ce soir : 72 min. réalisé par Robert Wise sur un scénario de Art Cohn, d'après le poème de Joseph Moncure March avec Robert Ryan, Audrey Totter, George Tobias, Alan Baxter, Wallace Ford, Percy Helton, James Edwards, Tommy Noonan...
Bonus. Commentaire audio de Robert Wise (72 min.). "Lumière du film noir", entretien avec Raoul Coutard (13 min.). "Filmer le sport", entretien avec Vincent Duluc (14 min.). Dans la même collection.
Booklet (12 p.).

Illustration intérieure



On en parle : L'Indic n°4

Citation

Tu as fait une erreur, Stoker. Une grave erreur. Je ne parle pas de Nelson... Trois ou quatre victoires et ce sera oublié. Mais j'ai payé quelque chose que je n'ai pas eu. Je n'aime pas ça, Stoker.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 14 octobre 2012
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