Nimu

Huit siècles plus tard, on ne se souvient encore de nous que par la terreur et la destruction que nous avons imposées à des cultures qui nous étaient supérieures. Nous n'avons vaincu que parce que notre bestialité dépassait leur entendement éclairé.
Ian Manook - Yeruldegger
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jeudi 24 janvier

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Roman - Noir

Nimu

Énigme - Écologique MAJ dimanche 19 avril 2009

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 12 €

Jean-Pierre Santini
Ajaccio : Albiana, septembre 2006
404 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2- 846-981 798
Coll. "Nera"

Corse, île noire, épopée vacillante de notre déroute existentielle

2033. L'Apocalypse. Une scène de crime vaste comme le monde, ou peu s'en faut. Personne (Nimu). Une île à la dérive. L'humanité délestée de son humanité. Cap Corse, le monde s'est soudain tu. Mais dans les ruines d'Imiza se dresse, dérisoire, la silhouette d'un commissaire de police. Le carnet à la main, il note les premiers éléments de son enquête. Les ruines, le silence, annales d'une entomologie besogneuse, brandie comme pour tenir bon contre la nuit qui manigance. 2000. Maria Maddalena, la gouvernante du curé, s'en est allée. Imiza se pare aux couleurs de son saint patron, mais dans l'église, au matin de la fête, le curé est retrouvé mort. Quatre histoires se croisent, sans doute cinq, dont celle d'Alice et Polo, un couple qui peu à peu a sombré dans son trop vaste silence, ou celle de Petru Santu, militant clandestin en quête de son identité. Une identité que lui restitue le commissaire qui, lui, écrit l'Histoire relevée de ces ruines, d'un pays qui n'a jamais songé à consigner sa propre chronique qu'en négatif. Ironique fortune : l'enquête existentielle subsumée sous l'enquête policière. Mais peu à peu les fils du roman se rassemblent. Le commissaire s'affaire, recueille les raisons de la mort du curé, le cadavre de Maddalena, le pouls d'Alice. L'errance des personnages fascine. Le récit est construit comme une procession qui s'enroulerait sur elle-même, recommençant chaque fois le temps et l'espace en redondances magiques, récurrences de phrases, de mots, de thèmes, comme pour relancer la machine textuelle, exténuée. Somptueuse poésie de cette prose ténébreuse ! Avec Nimu, le roman noir accède à la vérité même du genre, embusqué dans son attention portée au monde contemporain pour l'accomplir sans complaisance, en même temps qu'il se défie des échappatoires qu'il dessine, quand dans ce monde, tout le sens est à reconstruire.

Citation

Les morts n'étaient plus des morts, mais des vivants qui avaient oublié de vivre.

Rédacteur: Joël Jégouzo mardi 24 mars 2009
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