Dans les secrets de la police : quatre siècles d'histoire, de crimes et de faits divers dans les archives de la Préfecture de police

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Essai - Policier

Dans les secrets de la police : quatre siècles d'histoire, de crimes et de faits divers dans les archives de la Préfecture de police

Social - Assassinat - Gang - Faits divers MAJ vendredi 23 novembre 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 35 €

Bruno Fuligni
Avec la collaboration de Renaud Thomazo, Jean-Christian Petitfils, Philippe Charlier, Bruno Fuligni, Claude Mesplède, Jean-Marc Berlière & Pierre Assouline
Préface de Michel Gaudin & Jean-Paul Bailly
Introduction de Claude Charlot
Bruno Fuligni (avant-propos)
Paris : L'Iconoclaste, octobre 2012
330 p. ; illustrations en couleur ; 32 x 26 cm
ISBN 978-2-913366-50-3
Coll. "Mémoires"

Mais que fait la police ?

Bruno Fuligni, né en 1968, est diplômé de Sciences-Po et travaille depuis 1996 à l'Assemblée Nationale. Il a, pendant neuf ans, rédigé des compte-rendus analytiques de séances avant d'être chargé de la Mission éditoriale de l'Assemblée Nationale. Il est aussi auteur en tant qu'historien d'une douzaine d'ouvrages sur les députés, l'argot politique, Victor Hugo politique, les petites monarchies privées, ou Jules Verne. C'est sans doute en raison de cette position, qu'il a eu accès aux "vingt-cinq kilomètres linéaires d'archives policières, sans compter quelques placards oubliés du Laboratoire central et de la Brigade des sapeurs pompiers". Avec ses collaborateurs, il en a tiré un très beau livre paru en 2008 chez le même éditeur et présentant ce fond documentaire inédit intitulé Dans les secrets de la police : quatre siècles d'Histoire, de crimes et de faits divers dans les archives de la Préfecture de Police. Malgré la même couverture (un portrait anthropométrique du jeune André Souby, membre de la Bande à Bonnot, très angélique de face mais beaucoup moins de profil au verso de la couverture), l'auteur annonce qu'il fallait qu'"un livre de référence vienne compléter l'album illustré, un livre centré sur les textes et ce qu'ils nous apprennent".

L'édition a été aidée par la Fondation de la Poste et par la Préfecture de Police dont les logos se retrouvent en couverture et dont les patrons se fendent d'une préface. Bruno Fuligni a donc ajouté des documents inédits comme des extraits d'interrogatoires de Landru (sur ses fameux billets de train pour sa villa de Gambais : un aller et retour pour lui, un aller simple pour sa nouvelle victime) ou du Docteur Petiot (sur son fumeux groupe de résistants Fly-Tox). Comme produit d'appel, la couverture liste quelques noms de contributeurs sollicités pour présenter les documents "secrets". Jean Lacouture, Pierre Assouline, Jean Tulard, Michel Winock, Pascal Ory ou Jean-Pierre Azéma par exemple mais aussi deux romancières, Amélie Nothomb et Nuala O'Faolain. La première a écrit une fiche claire et précise sur Violette Nozière tandis que la deuxième sabote la sienne. Pourtant son sujet était parfait : avec son amant, Chicago May, dite la Reine des Criminelles, cambriole l'American Express à Paris en 1903. Voilà une affaire peu connue dont on n'aura aucun développement sur deux pages et une fin en queue de poisson car il n'y a pas documents annexes (ce qui est aberrant par rapport au concept). Le corps de l'ouvrage est intelligemment divisé en trois parties déclinées en plusieurs chapitres : "L'Argent" (vol, meurtre, combine), "Le Pouvoir" (crime politique, subversion, rue) et "L'Amour" (prostitution, homosexualité, adultère) ce qui permet de mélanger les époques et de montrer aussi quelles évolutions peuvent apparaître dans la répression.

Outre les contributions inégales des auteurs, sont inclus de larges extraits motivants de mémoires, comme ceux du Docteur Edmond Locard, du préfet Lépine ou de Gustave Macé, ancien chef de la police de Sûreté et auteur de Mon musée criminel en 1890. Tout ceci joint aux reproductions de documents (plans, schémas, tableaux, lettres, télégrammes, fiches) dynamise la lecture qui est très rapide pour un livre aussi épais. L'amateur éclairé regrettera la place prise par les affaires déjà abondamment traitées (Le Courrier de Lyon, L'Affaire du Collier, La Brinvilliers, La Malle sanglante de Eyraud et Gabrielle Bompard, La Mort de Zola, La Bande à Bonnot, Landru, Petiot, Mme Steinheil et son crime de l'impasse Ronsin). Certaines affaires mystérieuses comme celles de l'assassinat de Laetitia Toureaux, le 16 mai 1937 dans le métro, trouve ici une judicieuse prolongation avec la publication complète de la lettre d'aveux anonymes envoyée en novembre 1962, soit vingt-cinq ans plus tard, lettre suivie de son commentaire par le patron de la Brigade Criminelle. Plus "typiques", on retiendra ces petites touches de société que sont les "débordements" qui ont lieu à la Morgue, les enfants livrés à la rue, les Apaches, et surtout le sexe avec les marins qui font le trottoir à Pigalle, les massages "fantaisistes" (le rapport du policier-client est un modèle du genre), les bordels cachés ou très en vue comme le Sphinx, les fiches de surveillance (avec photos) des grandes horizontales Sarah Bernhardt, Cora Pearl, Blanche d'Antigny et la Païva ou la petite affaire de chantage triangulaire entre Colette, Willy et une ex de celui-ci. La guerre n'est pas oubliée avec le sinistre dossier sur la mise en place de la rafle du Vel d'Hiv et l'implication de plus de quatre mille policiers.

Au final, voici un ouvrage à la fois trop dense et de lecture trop rapide. Les présentations d'auteurs ne sont pas forcément pertinentes car trop courtes, de plus elles font souvent redites par rapport aux documents qui suivent. Telles des bouffées d'oxygène littéraire, les extraits de mémoires s'avèrent toujours bienvenus car ils ont pour eux le fait d'avoir été "écrits".

NdR - Ont collaboré à l'ouvrage : Éric Anceau (universitaire) François Aron (universitaire), Pierre Assouline (journaliste & écrivain), Isabelle Astruc (conservateur), Grégory Auda (historien), Jean-Pierre Azéma (universitaire), Jean-Pierre Babelon (de l'Institut), Jean-Marc Berlière (universitaire), Olivier Blanc (historien), Hugues Blunat (fonctionnaire à la Préfecture de Police), Pascal Bonafoux (universitaire), Gérard Bonal (écrivain), Philippe Charlier (assistant hospitalo-universitaire), Claude Charlot (archiviste à la Préfecture de Police), Bruno Fuligni (écrivain), Françoise Gicquel (commissaire divisionnaire & archives de la Préfecture de Police), Kathia Gilder (journaliste), Gilles Henry (historien & écrivain), Gabrielle Houbre, Claude Jeancollas (écrivain & historien d'art), Jean Lacouture (journaliste (écrivain), Jacqueline Lalouette (universitaire), Gilles Laurendon (écrivain), Laurence Laurendon (écrivain), Thierry Lentz (historien), Stéphane Mahieu (écrivain), Claude Mesplède (auteur & critique de littératures policières), Dominique Missika (historienne), Amélie Nothomb (écrivain), Nuala O'Faolain (écrivain), Pascal Ory (universitaire), Alain Pagès (universitaire), Frédéric Pagès (journaliste), Jean-Chistian Petitfils (historien & écrivain), Clémentine Portier-Kaltenbach (journaliste & écrivain), Emmanuel Ranvoisy (conservateur du Musée de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris), Jean-Pierre Rioux (rédacteur de Vingtième siècle), Pascal Roman (conseiller scientifique Musée de la Poste), Michel Sibalis (universitaire), Marieke Stein (universitaire), Danielle Tartakowsky (universitaire), Renaud Thomazo (historien), Jean Tulard (de l'Institut), Rémy Valat (archiviste Musée de la Préfecture de Police) & Michel Winock (historien).

Citation

Quand un nouveau venu arrive, une cloche sonne. Les échoppes du mur extérieur ferment leurs rideaux, les sentinelles se couvrent le visage de leur chapeau. La Bastille est le tombeau des secrets...

Rédacteur: Michel Amelin lundi 19 novembre 2012
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