Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers

Je me remis sur pied et, comme notre ancêtre aux sourcils épais, aux gros bras, aux épaules voutées, je me dirigeais le long de la rive en direction de l'horizon sur le sud, le .45, canon abaissé, dans ma ceinture, l'arme de mon ennemi mort dans la main, ma gorge sèche d'une soif telle qu'elle semblait être celle de quelqu'un d'autre.
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Roman - Policier

Les Poètes morts n’écrivent pas de romans policiers

Enquête littéraire - Assassinat MAJ jeudi 14 mars 2013

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Björn Larsson
Döda poeter skriver inte kriminalromaner - 2010
Traduit du suédois par Philippe Bouquet
Paris : Grasset, octobre 2012
490 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-246-78452-4

Le masque et la plume

Pour son premier roman policier, Björn Larsson n'a pas choisi les gros effets des imitateurs de Jo Nesbø ou Stieg Larsson : ici, on est plutôt dans le drame feutré, lent, presque Simenonien (malgré l'absence de descriptions d'atmosphère), aux confins de la littérature blanche et de la noire. Le thème est simple : malgré son talent, Jan Y. Nilsson a suivi la destinée des poètes plus ou moins maudits, jusqu'à ce que son éditeur Karl Petersen le convainque d'écrire un polar. Bien que le manuscrit soit inachevé, Petersen est sûr que le roman sera un succès et l'a vendu dans plusieurs pays. Mais lorsqu'il vient lui apporter son contrat, il retrouve le poète pendu. Première transgression, il imite l'écriture de Jan pour signer le contrat. Mais un stylo fiché dans le cou du mort démontre au policier Barck, qui se pique lui aussi de poésie, que Jan a été assassiné. Pourquoi ? Jan n'avait ni hériter ni ennemis... Et on ne tue pas les poètes, ils se suicident...

Autour de cette trame, Björn Larsson tisse une sorte de contrepoint au jouissif Le Vertige des auteurs de Georges Flipo, notamment à travers le personnage de Barck, flic dont l'amour de la poésie n'est pas récompensé par le talent… De même, la satire du milieu éditorial (souvent bien facile) promise reste légère : plus qu'un faiseur cynique dans l'air du temps, Petersen est plutôt un éditeur à l'ancienne, respectueux de ses auteurs, lui aussi un sincère amoureux de la littérature, non dépourvu de fulgurances, et qui se pose jusqu'au bout la question de savoir s'il faut ou non publier ce potentiel best-seller. Et si d'autres morts violentes suivront, celles-ci s'avèrent surprenantes tant on s'attache aux personnages (bien sûr, dévoiler qui y passe serait criminel !).

On regrettera quelques digressions un poil didactiques et une fin un rien abrupte, mais ce texte qui aborde des sujets graves avec un style simple mais soutenu, qu'on imagine excellemment traduit, change agréablement des "meurtres, traumatismes infantiles, alcoolisme et cuites sous toutes ses formes, le tout pimenté d'une bonne dose d'angoisse, telle était la spécialité de la littérature suédoise", s'il faut en croire l'auteur !

L'avis du traducteur

Citation

La poésie le fortifiait, c'était un vade-mecum permettant aux sentiments de se mettre en place et aux pensées de suivre d'autres voies que celles qu'il suivait en tant que policier, des voies sans issues, en l'occurrence.

Rédacteur: Thomas Bauduret lundi 19 novembre 2012
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