La Vierge africaine

Je ne connais pas de pires endroits pour se taper des histoires interminables, des histoires de merde, d'existence engourdie où t'as intérêt à croire en la réincarnation si tu y cherches quelque chose de positif, un espoir, allez, la prochaine sera la bonne, so long.
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mardi 17 septembre

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Roman - Thriller

La Vierge africaine

Social - Corruption MAJ mercredi 09 janvier 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,95 €

Helle Vincentz
Den Afrikanske Jomfru - 2011
Traduit du danois par Catherine Renaud
Gennevilliers : Prisma, novembre 2012
440 p. ; 24 x 14 cm
ISBN 978-2-8104-0241-0
Coll. "Noir"

Saletés d'or noir !

Dana Oil est une firme internationale dont le siège social est situé à Copenhague au Danemark. Son activité, comme le laisse deviner son nom, est l'exploitation du pétrole. C'est véritablement la substance naturelle renfermée dans le sol de cette bonne vieille terre qui attire le plus de convoitises dans la société moderne. Les besoins des hommes sont colossaux, pour ne pas dire en perpétuelle augmentation. Mais les réserves semblent petit à petit diminuer. Le pétrole est désormais un bien ultra-précieux, il n'a jamais aussi bien porté son surnom d'or noir qu'actuellement. Sa production fait trembler toute l'économie mondiale et le cours du baril est scruté au cent près. Toute cette fébrilité génère bien entendu pas mal de crises. Et justement Dana Oil semble traverser un vent de tourmente. Dans les bureaux du siège, il est de plus en plus question de licenciements et de restructuration avec des effectifs à la baisse.

Caroline Kayser ne cesse de se poser la question fatidique qui est de savoir si oui ou non elle fera partie de la liste fatale. Elle aimerait bien pouvoir y échapper. Elle a suffisamment de problèmes personnels à gérer au quotidien pour ne pas avoir envie de se retrouver à pointer en plus au chômage. C'est l'angoisse au ventre qu'elle se rend à un rendez-vous demandé par Markvart, son responsable. Et comme il a planifié cette réunion par mail, Caroline se dit que le couperet pourrait bien tomber sur elle.
Et pourtant il va en être tout autrement. Markvart lui fait une proposition. Il lui demande de se rendre dans la succursale de Dana Oil à Nairobi. Le travail de prospection sur place est dirigé par John Hansen, un employé de longue date de la firme danoise. Markvart prévient d'entrée de jeu Caroline que Hansen ne va pas lui rendre la vie facile. Il ne sera pas disposé à collaborer avec elle pour mener à bien sa mission. Le voyage au Kenya de Caroline n'a qu'un seul but, celui de faire taire les rumeurs lancées par une certaine Mama Lucy. Dans plusieurs lettres, elle accuse Dana Oil de faire du mal à son village. Elle va jusqu'à dénoncer le comportement d'un homme blanc qui ferait souffrir des petites filles du village. Markvart explique clairement à Caroline qu'elle doit absolument menée à bien cette affaire délicate qui entache l'honneur et la réputation de Dana Oil. De plus cette mission est comme un test pour elle. Markvart veut savoir s'il peut avoir confiance en elle car il ne souhaite garder près de lui que les meilleurs des collaborateurs. Finalement le couperet n'est pas tombé mais elle va partir pour Nairobi avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.
Ce n'est donc pas un voyage de tout repos qui attend Caroline. Elle doit déjà faire face à sa peur phobique des microbes qu'elle va trouver à sa descente d'avion. Ensuite elle va devoir se confronter à Hansen, homme de terrain qui est prêt à tout pour faire avancer les forages. Mais le Kenya réserve à Caroline bien d'autres surprises car la réalité africaine est bien loin de l'univers feutré des bureaux de Copenhague où se croisent les coupes strictes des costumes d'affaires. C'est le grand écart entre son univers de travail au siège danois et la réalité des pratiques africaines. Elle va découvrir rapidement tous les petits arrangements nécessaires pour pouvoir faire avancer les choses. Si Caroline veut pouvoir mener à bien sa mission, elle va devoir se dépasser elle-même, repousser ses propres limites. Elle va devoir composer avec la corruption qui touche pratiquement toutes les couches de la société. Mais surtout Caroline va rapidement s'apercevoir que la situation est bien plus compliquée qu'un simple aller et retour pour demander à une vieille dame d'arrêter de dire du mal d'une bonne firme danoise.

La Vierge africaine est le premier volet d'une trilogie écrite par Helle Vincentz. Elle profite de son expérience de journaliste spécialisée en responsabilité sociale de l'industrie pétrolière pour construire une intrigue parfaite liée à cet hydrocarbure si compliqué à exploiter. Elle réussit parfaitement à équilibrer son roman entre la mise en place de son intrigue et la réalité économique du Kenya d'aujourd'hui. Sa connaissance parfaite de cet univers lui permet un habile développement de l'histoire avec une grande impression de véracité. Helle Vincentz réussit habilement à donner l'impression d'être en plein marasme tellement les choses semblent compliquées à démêler pour Caroline qui, au départ, n'a rien d'une héroïne traditionnelle de polar. Elle va cependant apprendre à se surpasser en puisant dans des ressources qu'elle ne pensait même pas avoir. Helle Vincentz en profite pour dénoncer l'hypocrisie certaine des grands groupes pétroliers. Avec insistance ils communiquent sur les aspects positifs de leurs actions mais refusent de voir la réalité des méthodes employées sur place pour arriver à leurs fins et exploiter ce pétrole si précieux. Avec La Vierge africaine, Helle Vincentz signe un premier roman qui est à la fois un très bon polar au suspense maitrisé mais aussi un roman intelligent dans son traitement.

Citation

Il savait pourtant bien que c'était la règle du jeu. Un instant on profitait bien de la flexibilité qu'un régime corrompu pouvait offrir, et l'instant d'après on se retrouvait soi-même le couteau sous la gorge. C'était une chose de le savoir, et c'en était une autre d'en faire l'expérience.

Rédacteur: Fabien Maurice dimanche 06 janvier 2013
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