La Forteresse de Breslau

Chaque fois qu'il travaillait sur des écoutes téléphoniques, il était fasciné par le nombre de coups de fil que les gens passaient chaque jour.
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jeudi 24 janvier

Contenu

Roman - Policier

La Forteresse de Breslau

Historique - Assassinat MAJ lundi 14 janvier 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Marek Krajewski
Festung Breslau - 2006
Traduit du polonais par Laurence Dyèvre
Paris : Gallimard, novembre 2012
288 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-012251-6
Coll. "Série noire"

Une enquête particulièrement retorse !

La Forteresse de Breslau relate la cinquième et dernière enquête d'Eberhard Mock. L'auteur porte un regard sans concessions sur les effets d'un conflit et sur les ressorts qui animent l'être humain dans une intrigue aux tenants psychologiques érudits.

En mars 1954, Eberhart Mock est à Vienne pour reconnaître Hans Gnerlich. Il feint de ne pas reconnaître l'homme qu'on lui présente. Cependant, il jubile. Un réceptionniste l'entend marmonner : "Cette fois, on le tient !"
L'action revient en mars 1945. Breslau est encerclée par les forces russes qui bombardent la ville. Mock reçoit la visite de Franz, son frère, qu'il n'a pas vu depuis des années, celui-ci lui reprochant de ne pas avoir arrêté l'assassin de son fils. Il a reçu une lettre le pressant d'aller fouiller un appartement pour y trouver des indications sur le véritable coupable.
Mais le quartier est conquis par les Russes. Les deux frères passent par les égouts encore sous contrôle allemand. Sur les lieux ils trouvent, dans l'appartement dévasté, une jeune fille violée, torturée, une main coupée. Elle ne porte qu'une vareuse de SS sur laquelle sont cousus une vingtaine de sequins multicolores. Peu après, elle mourra dans les bras de Mock, malgré ses efforts pour la sauver.
Deux éléments, cependant, instillent le doute dans l'esprit de l'enquêteur : pourquoi les barbares ont-ils cousu ces sequins, et pourquoi seul ce logement a-t-il été pillé de fond en comble dans l'immeuble ?
L'appartement est celui du comte von Mogmitz, fusillé pour sa participation à un attentat contre Hitler. Mock se rend au camp de concentration de la Bergstrasse où est détenue la comtesse Gertruda. Cette prison est sous la férule d'Hans Gnerlich, un ancien majordome du couple.
La comtesse, malgré les conditions très difficiles de sa détention, supplie Mock d'enquêter sur la mort de sa nièce. Dans le vagin de celle-ci, le médecin qui l'autopsie trouve un goulot de bouteille. Bouleversé, il téléphone pour dire : "Ce dont vous m'avez parlé s'est reproduit."

Au cours de la série, Marek Krajewski fait vieillir son héros. Sa première enquête - Les Fantômes de Breslau - se déroule en 1919. Aujourd'hui, il a soixante-deux ans. Il a été suspendu, il y a quelques années, de son poste de directeur de la police pour avoir voulu rendre justice. Il est dans une ville assiégée par l'armée russe, avec des moyens d'investigations limités. Brûlé au visage lors d'un bombardement, il doit porter un masque pour dissimuler les cicatrices. Mais, il est devenu un héros pour avoir sauvé des flammes la fille d'un dignitaire.

Si l'enquête que mène Mock est malaisée et semée d'embûches, l'auteur donne du cadre où se déroule son récit une vision dantesque. À partir d'une kyrielle de personnages, tous plus perdus les uns que les autres, que croise le héros, il restitue l'ambiance de cette fin de guerre avec les dernières forces combattantes, surtout composées d'adolescents et de vieillards, les trafics, les exactions. Il retrace les crimes perpétrés avec l'assurance d'une quasi impunité, les vengeances, les rancœurs. Il aborde l'euthanasie des malades mentaux, les viols à répétition des troupes russes, l'ambiance délétère et la déliquescence de la société. Mais il pointe aussi la nature humaine qui a besoin de se raccrocher à du palpable, continuant, par exemple, à assurer des tâches administratives qui n'ont plus de signification, à appliquer des règlements qui ne servent plus à rien.

Dans ce chaos, l'auteur sonde la personnalité de son héros, son attachement à la ville, à l'idée de justice, mais son détachement de nombre de contingences sociales. Il concocte une intrigue savante, nourrie de données psychologiques élaborées, servie par une narration parfaitement structurée.
Mock partage la vedette avec Breslau, avec cette ville ensorcelante, qui dans ce récit ressemble plus à un cadavre pourrissant sur lequel prolifèrent des charognards. Mais Eberhart respecte cette ville comme une entité, s'habillant avec soin pour lui rendre hommage, ne voulant la quitter que lorsque sa dernière enquête sera résolue.

Marek Krajewski dépeint avec pragmatisme cette période où un monde s'écroule sans savoir ce qui le remplacera, cette phase d'incertitude qui pousse à tous les excès.

La Forteresse de Breslau est un livre singulièrement noir, qui décrit les abîmes profonds que peut prendre l'âme humaine, qui relate une page d'histoire sans fards ni faux-fuyants idéologiques.

Citation

Mock effectuait son second voyage sentimental dans le temps de la journée. Il le ramenait à l'époque où on lui donnait du 'monsieur le directeur criminel', dans ces lointaines années où il n'était pas envahi vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des pensées amères et des bouffées de désespoir.

Rédacteur: Serge Perraud dimanche 13 janvier 2013
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