Saratoga Woods

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lundi 23 septembre

Contenu

Roman - Policier

Saratoga Woods

Psychologique MAJ lundi 18 mars 2013

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Elizabeth George
The Edge of Nowhere - 2012
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Alice Delarbre
Paris : Presses de la Cité, février 2013
423 p. ; 22.5 x 14 cm
ISBN 978-2-258-09007-1
Coll. "Thrillers"

Murmures plein la tête

Saratoga Woods est le premier opus d'une nouvelle série imaginée par Elizabeth George. Cette fois, celle qui est considérée comme l'une des Reines contemporaines du Crime n'a pas choisi l'Angleterre pour situer l'action de son nouveau roman. Au contraire, l'Américaine a choisi de planter le décor de son histoire sur l'île de Whitbey, son lieu de résidence. Elizabeth George a également décidé d'ajouter un nouveau public au nombre déjà important de ses lecteurs. Elle veut maintenant conquérir des jeunes lecteurs, sans doute ceux qui ont pratiquement appris à lire en se plongeant dans la saga du petit sorcier Harry Potter et qui ensuite ont dévoré Twilight pour suivre les premiers émois d'une lycéenne folle amoureuse d'un mystérieux vampire sans âge mais au corps étincelant d'éternel adolescent. C'est un défi ambitieux que veut relever Elizabeth George. Saratoga Woods doit attirer de nouveaux amateurs de suspense tout en continuant à séduire les fidèles lecteurs.

Hanna Amstrong est l'héroïne de cette nouvelle série. Mais il est peut-être plus simple de donner d'entrée de jeu l'identité qu'elle va endosser pour se cacher. Hanna va devenir brutalement Becca King pour fuir son beau-père. La cause est liée au don dont elle a hérité. Elle est capable d'entendre les pensées des personnes autour d'elle. Elle ne peut pas contrôler toutes ces voix qui pénètrent dans sa tête tels des murmures se téléscopant sans cesse dans ses oreilles. Pour réussir à s'isoler elle utilise un brouilleur, un petit boitier électrique qui ressemble à un lecteur MP3. Son beau-père connait sa faculté particulière, il lui a même demandé de l'utiliser pour réussir à arnaquer des personnes. Mais cet après-midi, quant Becca rentre à la maison, elle le trouve dans sa chambre donnant l'impression d'avoir fouillé la pièce. Elle n'a jamais eu vraiment confiance en lui mais aujourd'hui c'est pire, largement. Elle comprend qu'il s'est passé quelque chose de dramatique, les mots qui lui arrivent en tête évoquent la mort. Son beau-père s'est débarrassé discrètement de son associé en le tuant sauf que maintenant Becca sait tout, elle a capté toutes ses pensées.

La seule solution est désormais la fuite pour sa mère et elle. Elles partent rapidement de la maison en n'emportant que le strict minimum, changent de voitures à plusieurs reprises pour brouiller les pistes. Sa mère a trouvé une solution d'urgence pour que Becca puisse se cacher quelques jours, le temps de mettre en place une nouvelle vie au Canada pour elles deux. Elle laisse Becca avec sa nouvelle identité et son vélo à l'embarcadère du ferry qui fait des allers-retours avec l'île de Whitbey. Une fois sur place elle sera récupérée par une amie de longue date de sa mère chez laquelle elle pourra séjourner à l'abri. Mais une fois séparée de sa mère, rien ne va se passer comme prévu pour Becca. Personne ne l'attend à sa descente du bateau et pour cause la femme vient juste de mourir d'un arrêt cardiaque. Becca tente de joindre sa mère sur son portable vainement, elle n'a en réponse qu'un message automatique de l'opérateur disant que le numéro n'est pas activé. Becca va devoir se débrouiller toute seule sur cette île inconnue et affronter une première nuit en extérieur. Un garçon, vendeur dans un magasin d'alimentation générale, lui conseille de se rendre à une heure bien précise devant un bâtiment afin de rencontrer une femme qui pourra lui venir en aide. Elle est la gérante d'un motel un peu vieillot, élève seule ses deux petits-enfants. Elle propose à Becca de l'héberger moyennant des heures de ménage dans les chambres et des heures de baby-sitting. Elle semble couver une colère intérieure que Becca perçoit sans réussir à en saisir totalement l'origine. L'important est que surtout elle ne lui pose pas de questions sur son arrivée soudaine sur l'île. Au contraire, elle se débrouille même pour que Becca puisse intégrer l'école. Un semblant de vie normale reprend petit à petit pour la jeune fille qui reste toujours sans nouvelles de sa mère. Pourtant de nouveaux problèmes ne tardent pas à arriver, un jour de promenade en forêt. Becca a accepté d'accompagner son ami, le vendeur de la supérette. Il a décidé d'aller dans les bois de Saratoga afin de permettre à son jeune chien de se défouler. Mais dans cette forêt remplie d'odeurs nouvelles, l'animal s'affole et part en courant. Les deux adolescents se séparent pour entreprendre de rattraper le fuyard. Le chien va être retrouvé à proximité d'un des nombreux chemins mais ce n'est pas tout à fait un dénouement heureux. Tout proche de là, git le corps d'un adolescent dans le coma. Il est impossible de savoir ce qui s'est réellement passé et de déterminer s'il a fait une simple chute ou s'il a été volontairement poussé. Tout pourrait accuser l'ami de Becca dont la rivalité avec la victime était connue de tous. Becca va commettre une imprudence. Elle va utiliser le portable que sa mère lui a laissé pour la contacter en cas d'urgence. Cet appel pourrait bien permettre de la localiser, elle qui doit continuer à se cacher pour fuir son beau-père. En plus comme le père adoptif du jeune blessé est policier sur l'île, Becca comprend vite que de nouveaux ennuis viennent de s'ajouter à sa liste et qu'elle va devoir se faire encore plus discrète.

Une des qualités essentielles dans l'écriture d'Elizabeth George est sa maîtrise de la description des lieux permettant ainsi d'installer pleinement l'ambiance de ses romans. Elle excelle aussi dans l'analyse des caractères de ses personnages permettant une parfaite approche de leurs états d'esprits respectifs. Elle aime jouer avec les petits secrets de chacun plus ou moins bien dissimulés par des mensonges souvent mal ficelés. Indéniablement, c'est vraiment cette approche assez psychologique de ses héros qui fait sa force. Cependant, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans Saratoga Woods. L'histoire démarre pourtant très bien avec la brusque fuite de Becca orchestrée par sa mère. Le style est rapide, efficace mais ensuite une fois l'héroïne arrivée sur l'île, le récit ralentit pour se perdre quelque peu dans les turpides ordinaires des émois d'adolescents, dans les états d'âme de personnages enlisés dans leurs soucis. Elizabeth George donne l'impression d'avoir tellement voulu accrocher une nouvelle catégorie de lecteurs qu'elle a fini par y perdre un peu de son authenticité. Le côté légèrement fantastique des murmures captés par Becca semble, au fur et à mesure du livre, juste apporter une lourdeur supplémentaire. Un sentiment confus de quelque chose de non-abouti flotte sur la fin du roman. Toute l'ampleur du talent d'Elizabeth George n'est pas mise en valeur dans cette histoire. C'est dommage mais c'est peut-être finalement lié au fait que c'est le premier tome d'une nouvelle série qu'elle veut prendre le temps d'installer en ménageant les effets. En tout cas il est possible de regretter que la reine Elizabeth ait délaissé les terres brumeuses anglaises pour aller se perdre dans les bois de Saratoga.

Citation

Parfois, quand on ne comprend pas la raison d'un évènement, on essaie d'en inventer une. C'est plus facile que de se colleter à la douleur de la guérison. Les gens ont tendance à commettre cette erreur

Rédacteur: Fabien Maurice jeudi 07 mars 2013
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