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Mémoires - Noir

Rédemption, itinéraire d'un enfant cassé

Braquage/Cambriolage - Prison - Faits divers MAJ mardi 19 mars 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Karim Mokhtari
Avec la collaboration de Charlie Carle
Paris : Scrineo, janvier 2013
440 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-36740-013-6

Prison : silence, on tue !

Un document. Des mémoires. La trajectoire sombre d'un enfant de la cité auquel jamais aucune chance ne fut accordée, et le mémorial de la prison française, séditieuse, barbare, mortelle sinon assassine. Un document sensible justement, comme on le dit de ces rapports que l'on remise prudemment dans les tiroirs de l'Administration, sur l'état de cette prison française et de la vindicte d'une administration qui a failli non seulement à ses engagements mais à toute morale.

Beauvais. Cour d'assises n° 7. Trois jours de procès. Karim a trois jours pour tenter non pas d'échapper à ses responsabilités, l'homme n'a pas ce genre de lâcheté, mais pour coller au plus près d'une vérité que la justice a du mal à entendre. Trois jours qui ne s'éclairent que de la somme des jours vécus jusque-là depuis sa plus petite enfance et que ce récit ordonne avec intelligence, alternant la narration du procès à la chronique des années d'incarcération et au journal des années d'enfance à l'approche du drame qui allait tout nouer.
L'histoire d'un homme jeune, égaré dès l'enfance, coupable d'avoir provoqué la mort d'un dealer sans l'avoir voulue. Karim ne nie rien. C'est ce qui fait la force de ce récit : sa sincérité, sa franchise qui ne dissimule ni les actes, ni les sentiments, ni la colère, ni la révolte d'un homme porté tout au long de son témoignage par une force intérieure infaillible et le goût de la vérité.
Un récit sur le fil du rasoir donc, taillé dans le vif, qui nous apprend qu'une prison a des entrailles, que c'est un organisme vivant capable de digérer tous les corps qu'on lui offre, avec son administration, délibérément aveugle aux exactions qu'on y commet sous son autorité. Un récit qui révèle tout le génie humain déployé par les taulards pour survivre, tout autant qu'il ne fait pas l'impasse sur les comportements qu'un tel lieu induit : l'ignoble racket fait aux plus faibles par exemple.
Une curée dont Karim ne nous épargne aucun détail, révélant au passage cette stratégie inouïe qu'il a dû déployer lui-même pour survivre, se construisant une personnalité schizophrène pour accepter de faire du mal tout en le condamnant intérieurement. Un Karim irréprochable, un Karim magouilleur, écartelant un homme accroché à des repères qui n'ont pas cours entre les murs de la prison, trouvant dans la prière et dans l'islam la force de ne pas déraper. Dans la foi en l'islam en fait, plus que la soumission à une quelconque religion, une foi discrète dont il offre une approche incroyablement humaine, incroyablement sensible.

Un document donc, à lire comme tel et à verser une fois encore au compte de la dénonciation d'un système à bout de souffle, où l'on découvre une administration française carrément indigeste, sauvage, abandonnée à l'arbitraire le plus incroyable, que rien ne contrôle jamais, sinon les feux de l'actualité quand des taulards osent jeter leur vie dans la balance pour fomenter des émeutes dont nul ne veut savoir vraiment comment on les réprime.
Un témoignage qui jette une lumière crue sur toute la société française, qui ferme les yeux sur les pratiques de torture qui ont cours derrière les murs de détention, ou les assassinats déguisés en suicide. Il en faut alors du courage pour ne pas se laisser détruire par un tel système discrétionnaire !

Celui d'un Karim, qui a payé sa dette à la société dans des conditions inadmissibles, n'hésitant pas à mettre sa vie en péril pour présenter sa défense exemplaire, lui qui a fini par comprendre que pour réparer les fautes commises, il fallait d'abord se réparer soi-même. L'histoire d'une longue, douloureuse, fébrile réparation en somme, rendue plus difficile encore par la monstruosité du fonctionnement de la machine pénitentiaire française.

Citation

Tout le monde est pas là pour te niquer tes grolles.

Rédacteur: Joël Jégouzo lundi 18 mars 2013
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