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dimanche 17 février

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Roman - Noir

Sayonara Gangsters

Gang MAJ mercredi 10 avril 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Genichiro Takahashi
Sayônara, Gangu-tachi - 1982
Traduit du japonais par Michael Emmerich, Jean-François Chaix
Paris : Books, mars 2013
224 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-36608-023-0

Gang Bang !

"Bang Bang", entonnait Nancy Sinatra lorsqu'elle chantait "My Baby Shot Me Down". "Bang Bang" retrouvait-on en écho chez Quentin Tarantino. "Bang ! Bang !" : autant de coups de feu qui suffisent à résumer le mythe du gangster. Le coup de feu, c'est en prose une allitération habillée de noir. En gastronomie, c'est la mise en bouche dans les cuisines avant le défilement des plats. "Bang ! Bang !", c'est surtout le poème de Genichiro Takahashi, et par extension sa vie d'écrivain contemporain. J'écrivais et j'écrivais, et je n'arrêtais pas d'écrire. À dix-sept ans, j'ai appris que j'étais un poète. C'est Le Couloir qui me l'a dit. Parce que là-bas ce n'est pas tant le Divin qui annonce les révélations, que les couloirs qui parlent aux poètes.

Ce que l'on pourrait entrevoir comme une fantaisie dans notre esprit étriqué judéo-chrétien est tout naturel dans la culture shintoïste. On retrouve un esprit vivant dans chaque chose, aussi bien dans la nature avec cet arbre là-bas, que dans les objets comme ce téléphone portable ou cette casserole. En toute chose qui nous entoure veille un kami, cet esprit qui est au choix bienveillant, colérique ou taquin. Alors, oui, les couloirs parlent. En suivant la vie d'un professeur aspirant à devenir poète, nous croiserons sa muse, puis Ovide en personne : il faut bien cela si l'on a quelques ambitions. Sans compter un réfrigérateur, parce que c'est important, et cet autre fabuleux personnage qui n'en aurait point troublé Dali embroché par Cocteau : La Chose incompréhensible. Toutes ces rencontres, le poète les doit à un groupe de terroristes, nommés Sayonara gangsters, qu'il va côtoyer.

Ouvrage hybride, en roue libre totale que ce soit par la forme, le style, la narration et les personnages, Sayonara Gangsters est de ces livres que l'on déteste ou que l'on adule. C'est un objet protéiforme à l'écriture en friche, mais également un conglomérat créatif, annoncé comme le renouveau des lettres japonaises, justement estampillé du prix Gunzo du premier roman. L'œuvre ne se veut point underground pour autant. Genichiro Takahashi multiplie les références - de Van Gogh à Shakespeare -, et se permet tout. C'est, bien au-delà de l'appréciation, le respect que suscite Sayonara Gangsters. On est frappé en premier lieu par cette liberté sans limite que s'accorde l'auteur. On se demande si ce genre de proposition aurait pu voir le jour en nos contrées. D'ailleurs, on se demande surtout si ce genre de proposition pourrait exister. Si l'on est vraiment en train de lire quelque chose de rare ou si ce n'est pas l'effet de ce satané saké qui nous poétise l'esprit. On se demande aussi si tout cela est bien sérieux. On essaie de garder des repères pour caser ce foutu bouquin dans une boite, mais il se rit de nous, et nous happe sans demander notre avis.

Pulp fiction, chansons, serena au sens troubadour du terme de la noirceur, pop mangatesque : la création japonaise révèle ici toute une richesse de surprises, de délires schizophréniques, et de poésie. Car, il faut bien le dire, Genichiro Takahashi ne cesse d'ouvrir de nouvelles "voix" transportant le lecteur pachyderme hors de son fauteuil, d'abîme en abîme, en un coup de feu d'écriture.
Sayonara Gangsters est LE gang bang 2013.

Citation

J'ai acheté cinq costumes noirs. Et autant de Borsalinos. Mitraillettes. Pistolets. Chargeur de cartouches. Couteaux [...] La fille à la caisse m'a fait un sourire si aimable que j'ai pensé qu'elle était prête à me prendre dans ses bras.
- Vous allez jouer aux gangsters, monsieur ? - Je vais être un gangster.
- Oh, mon... mon Dieu !
- Ne vous donnez pas la peine d'enregistrer ces articles, je compte les voler.

Rédacteur: Kristophe Noël jeudi 21 mars 2013
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