L'Année du volcan

J'entends leur sang qui bout, sens leur chair qui rôtit, vois leurs squelettes carbonisés se disloquer aux genoux et s'écrouler, les crânes figés dans un hurlement de douleur, et j'espère bien qu'ils souffrent, ces cons.
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jeudi 21 mars

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Roman - Policier

L'Année du volcan

Historique - Assassinat - Corruption MAJ vendredi 12 avril 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Jean-François Parot
Paris : Jean-Claude Lattès, janvier 2013
480 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-7096-4232-3
Coll. "Romans historiques"
Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, 11

Ce qu'il faut savoir sur la série

Nicolas Le Floch vit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle – il est né en 1740. Originaire de Guérande, il est un enfant trouvé adopté par le chanoine Le Floch. Il apprendra dès la fin du premier volet qu’il est en réalité le fils naturel du marquis de Ranreuil, dont il pensait n’être que le filleul. Il est donc le demi-frère d’Isabelle de Ranreuil, dont il était profondément épris… Il comprend alors pourquoi son supposé parrain a mis tant d’empressement à l’éloigner de sa fille, en lui fournissant de solides recommandations pour qu’il puisse aller s’établir à Paris. Voilà donc Nicolas arrivant dans la Capitale aux environs de 1760, où il sera reçu par le lieutenant général de police du roi, M. de Sartine. Son esprit vif, sa droiture et son dévouement au trône sont tout de suite appréciés ; la résolution d’une première affaire fort délicate lui vaut l’estime de son supérieur… et d’avoir ses entrées dans les espaces privés des souverains. Nommé commissaire au Châtelet, il sera plus particulièrement attaché aux "affaires spéciales" - en d’autres termes celles qui touchent de près ou de loin à la sécurité du royaume.
De volume en volume l’Histoire suit son cours et les personnages récurrents vieillissent ; l’effet de série est particulièrement soigné - l’on a donc tout intérêt à lire les romans dans leur ordre de parution, tant pour saisir la dynamique des événements réels évoqués que pour ressentir au plus juste la façon dont les personnages évoluent. Mais chaque récit fonctionne aussi comme une unité autonome qui peut ainsi attirer à la série son lot de néo-lecteurs.
Au plaisir de suivre des enquêtes policières tout en rebondissements qui mettent en valeur les capacités de raisonnement du commissaire au Châtelet et les aides précieuses que lui apportent ses acolytes – l’inspecteur Bourdeau, le chirurgien de marine Semacgus, le bourreau Sanson préposé aux "ouvertures" des corps, sans oublier son logeur, l’ancien procureur Aimé de Noblecourt – se joint celui de découvrir le Paris du Siècle des Lumières, que l’auteur ressuscite de très vivante manière.

Publiés d'abord chez Jean-Claude Lattès, les livres sont réédités en format poche dans la collection "Grands détectives" des éditions 10/18.

Éruption imminente

Nicolas le Floch est devenu, au cours de la dernière décennie, l'un des enquêteurs incontournables du polar historique. Sous la plume de Jean-François Parot, il mène ses investigations dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sous les règnes de Louis XV et Louis XVI. Avec L'Année du volcan, l'auteur place sa onzième intrigue dans l'année 1783.

Nicolas le Floch, par ailleurs marquis de Ranreuil, est mandé de toute urgence par Sa Majesté, la reine Marie-Antoinette au Trianon de Versailles. Elle veut qu'il enquête, dans la plus grande discrétion, sans en parler au roi, sur la mort du vicomte de Trabard, tué, au cours de la nuit, à coups de sabots dans le box de son cheval préféré. Elle souhaite, également, en savoir plus sur le fameux automate qui se mesure victorieusement aux meilleurs joueurs d'échecs.
Sur place, Nicolas trouve un cheval encore terrorisé que le secrétaire du défunt lui présente comme une bête vicieuse, impossible à domestiquer. Il apprend vite qu'un mystérieux individu, dans une voiture ornée d'un blason, est passé dans la nuit. Peu à peu, les investigations qu'il mène avec Bourdeau révèlent que la chambre du vicomte a été visitée, que son épouse rejoint nuitamment le maître-palefrenier, que la mangeoire du cheval est truquée. Dans la cachette, Nicolas récupère un fragment de document et une pièce espagnole.
La police de Le Noir intercepte une liasse de pamphlets qui mettent en cause de hautes personnalités de la Cour, leurs liens, les filiations. Un morceau manque à une feuille, morceau qui correspond à celui retrouvé dans le box funeste. De plus, Nicolas est cité. Si ce document était divulgué, la vie de Marie-Antoinette serait en danger et le futur de Louis, son fils, fortement compromis.
Dehors, l'atmosphère de ce mois de juillet est si chargée en fumées, que celles-ci voilent le soleil.

Pour ne pas déroger à sa règle, l'auteur entoure sa foisonnante intrigue d'une foultitude de détails, d'informations sur la vie quotidienne des milieux que fréquente son héros. Comme ses investigations l'amènent à évoluer dans de nombreuses classes sociales, chaque opus est l'occasion de découvrir de nouveaux aspects de cette période. Jean-François Parot fait preuve d'une connaissance impressionnante de l'époque, évoquant des faits divers, les modes, le fonctionnement de la société, les chevaux, l'histoire de Paris… L'introduction de ces éléments ne freine en rien une intrigue où l'auteur multiplie à l'envi les rebondissements.
Outre les personnages qui constituent l'entourage immédiat du héros, l'auteur introduit des individus authentiques tels que Cagliostro, la comtesse de la Motte-Valois... Cette dernière deviendra célèbre avec l'affaire du collier de la reine.

Pour son intrigue, à la construction particulièrement soignée, il prend en compte, avec pertinence, les moyens de l'époque, que ce soit dans les méthodes d'investigation, de recherches des preuves ou pour la surveillance des suspects. Le récit, qui se base sur la mort apparemment accidentelle d'un homme, débouche sur une multitude de pistes, parmi lesquelles on peut citer la fabrication de fausse-monnaie, la spéculation immobilière d'ordres religieux... Le romancier montre, comment la société de cette époque est gangrenée par la corruption, l'émergence du climat social qui débouchera sur la Révolution de 1789.
En prenant connaissance de la position des castes, des opinions de la noblesse, le lecteur est amené, naturellement, à faire un parallèle entre la société de 1780 et la nôtre, tant dans la puissance aristocratique et financière, dans l'aveuglement des gouvernants, leur mépris pour ceux qui ne sont pas de leur condition, que dans le gaspillage éhonté des richesses.

Jean-François Parot retient, pour raconter son histoire un style proche de celui de l'époque tant dans le vocabulaire, les tournures de phrases, les expressions et la consistance des échanges. Il fait, également, une place de choix à la bonne chère et agrémente son récit de recettes culinaires. Il apporte une explication rationnelle sur l'automate joueur d'échecs et introduit les effets climatiques de l'éruption du Laki au sud de l'Islande sur la France.

Avec L'Année du volcan, Jean-François Parot se fait guide pour un voyage érudit dans l'année 1783 et nous régale d'une nouvelle enquête remarquable de son empathique héros.

Nominations :
Prix Historia du roman policier historique 2013

Citation

Cette idée le fit frémir et le désespéra. Elle en fît naître une autre, aussi effroyable : si tout était rendu public, Antoinette à Londres risquait d'être démasquée dans son rôle si particulier d'espionne française au sein du Service anglais. Alors sa vie même serait en grand péril.

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 27 mars 2013
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