Rasta Gang

Il ne savait plus, mais c'était le rêve qui semblait symboliser pour lui l'état dans lequel il se trouvait. Un homme qui aimait son pays, mais qui détestait ce que ce pays était devenu. Un homme qui avait forgé dans l'armée des amitiés plus fortes que tout ce qu'il aurait pu imaginer, mais qui ne supportait plus la vue de l'uniforme qu'il portait.
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Roman - Noir

Rasta Gang

Social MAJ jeudi 23 avril 2009

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Public averti

Prix: 19 €

Phillip Baker
Blood Posse - 1994
Préface de Thierry Marignac
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Marignac
Paris : Moisson rouge, février 2009
576 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-914833-82-0

I shot the sheriff (but I didn't shot the deputy)

Juillet 1970. Le livre s'ouvre sur une scène qui n'est pas sans rappeler un film de Spike Lee. Des gosses, sous la canicule plombante de Brooklyn, tuent le temps en enchaînant les larcins. L'équilibre des relations entre Noirs, Juifs, Blancs, Antillais, vrais durs et faux caïds pubères est, sans crier gare, immédiatement dressé. Danny, adolescent jamaïcain, Nathan l'Afro-Américain et Paul, le Haïtien cristallisent dans leurs discussions ce qui sera au cœur de l'intrigue : le rejet par les Noirs Américains des Antillais. En suivant leur copain dans une fête clandestine, Danny et Paul vont poser le pied dans l'antre du diable. D'un seul coup d'un seul, l'adolescence va être balayée, l'insouciance avec. "Ça n'était pas un rêve, et je n'étais pas en plein trip d'acide. C'était le monde réel, le monde de haine et de torture que j'avais réussi à éviter pendant mes quelques années d'existence".
Se plonger dans l'énorme Rasta Gang, c'est prendre un vol direction Brooklyn, s'immerger dans les Seventies, faire un stop en Jamaïque. C'est se prendre du reggae entêtant plein les oreilles, des percussions, des sifflements de balles, se faire renverser par la transe hypnotique des guerriers dreadlockés de Jah. C'est avoir les yeux rougis par la fumée des shiloms, c'est accepter de se perdre dans les quartiers, les rues, les caves, les escaliers ensanglantés, où se rejoue toutes les nuits une lutte apocalyptique pour le pouvoir, le contrôle, l'argent, la dope. Pour l'identité aussi, pour se sentir exister en regroupant les enfants de Jah sur la terre d'adoption américaine. C'est également voir se construire une topographie de gangs, de bandes, de drogue, de guérillas urbaines sans limites. C'est adopter le regard d'un jeune garçon, Danny, qui grandira dans ces territoires de rasta western et qui ne mettra pas longtemps à plonger la tête la première dans l'infernal engrenage de la réalité implacable de la guerre des gangs et des ethnies.
La violence narrée ne sacrifie jamais l'exigence du style, qui ne verse à aucun moment dans une oralité forcée, opaque et démagogique. Ici, la langue est métisse, maîtrisée, toute en rythme et sans crudité gratuite. Le tempo, sans relâche, nous balade d'une contradiction à l'autre du monde décrit. De la terre-mère jamaïcaine au Brooklyn d'accueil, des Afro-Américains aux Antillais immigrés et rejetés, de l'ultra-violence déchaînée à la mystique rastafarienne. Un livre où tous les clichés sont battus en brèche. Où la succession de carnages n'est pas qu'une succession de carnages. Où la littérature de rue se répand dans toute singularité tentaculaire. Une énorme claque en pleine figure que ce Rasta Gang, dont on s'étonne qu'il n'ait pas encore été adapté au cinéma.

NdR -Le roman a déjà été publié en 1997 aux éditions Fleuve noir sous son titre anglais, Blood Posse.

Citation

Pénétrer dans cette pièce, c'était comme voyager à rebours à travers le temps. Retourner à la misère sordide des logements pouilleux où les Rastas faisaient tourner un shilom comme un offrande sous les étoiles, emplissant leurs cerveaux d'assez de drogue pour embarquer vers une nuit de violence, voler, violer, assassiner.

Rédacteur: Estelle Durand mercredi 22 avril 2009
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