Tous comptes faits

Là où l'humanité dévoile sa face cachée, ses péchés livrés du bout des lèvres pour être absous et enterrés, ses fantasmes, ses perversions. Tous les visages de la culpabilité expulsés dans un souffle. Une fenêtre qui s'ouvre sur le monde des ténèbres.
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dimanche 21 juillet

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Roman - Policier

Tous comptes faits

Économique - Énigme - Tueur à gages MAJ vendredi 30 décembre 2011

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 6,95 €

Voir plus d'infos sur le site polarmag.fr (nouvelle fenêtre)

Peter Robinson
Final account - 1994
Traduit de l'anglais par Henri Yvinec
Paris : LGF, février 2009
448 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-253-12036-0
Coll. "Policier", 31261
Les Enquêtes de l'inspecteur Banks, 7

Ce qu'il faut savoir sur la série

Las de la vie londonienne, l'inspecteur Alan Banks a demandé sa mutation à Eastvale, dans le Yorkshire. Marié à Sandra, il est père de deux adolescents, Brian et Tracy. Très intuitif, il n'hésite pas à braver la procédure pour mener ses enquêtes. Grand amateur de whisky de qualité, il aime aussi la bière "du cru". Mélomane, il goûte autant le classique que le pop-rock de sa jeunesse. Sa situation familiale évolue au fil de la série (il va divorcer, ses enfants vont quitter le bercail - Tracy ira à l'université, Brian intégrera un groupe de rock - et lui connaîtra diverses liaisons épisodiques...) D'un roman à l'autre, il incline de plus en plus à s'abandonner aux souvenirs et à la nostalgie...
Côté professionnel, il gagnera le galon d'inspecteur-chef; à ses côtés, on suit quelques-uns de ses collègues, personnages récurrents qui eux aussi évoluent - par exemple le superintendant Gristhorpe, avec qui il entretient une certaine amitié, partira à la retraite...

Les faux comptes font les vrais ennemis

Une fois de plus, l'inspecteur divisionnaire Alan Banks a été tiré du sommeil au milieu de la nuit – deux heures quarante-sept très exactement – pour se rendre sur une scène de crime. Et quelle scène ! Dans la grange transformée en garage d'une vaste propriété rurale, Arkbeck Farm, gît le cadavre d'un homme agenouillé, face contre terre, la tête défoncée par le coup de fusil de chasse qu'il a reçu à l'arrière du crâne, à bout portant. Il ne reste rien de son visage, même sa dentition a été détruite. L'identification cependant ne pose aucune difficulté : le corps est celui du maître des lieux, Keith Rothwell, comptable indépendant. Son épouse et sa fille ont presque été témoins de sa mise à mort : il a été enlevé sous leurs yeux par deux inconnus masqués qui les ont sauvagement ligotées dans leur salon avant d'entraîner leur victime au-dehors pour l'abattre. Le mode opératoire, l'arme utilisée… cela sent le règlement de compte.

La comptabilité étant une activité qui permet de verser assez aisément dans l'illégalité, les policiers envisagent très vite que Rothwell ait pu tremper dans de louches affaires, voire dans des transactions impliquant la pègre. Mais glaner la moindre information à propos de ce que faisait effectivement Rothwell s'avère difficile : ceux qui l'ont côtoyé le décrivent comme un homme secret, peu enclin aux confidences, terne et réservé – gris et ennuyeux façon muraille, si l'on veut… Il y a un véritable mystère autour de cet homme que même ses proches semblent ne pas connaître : son épouse ne se soucie que d'offrir l'image d'une famille modèle, sa fille Alison vit immergée dans l'univers des sœurs Brontë, et son fils Thomas est en voyage aux États-Unis. Mais il y a l'ordinateur de Rothwell et ses fichiers cryptés. Puis le surgissement d'un certain Richard Calvert, qui pourrait bien être une identité d'emprunt. Et quand le commissaire Burgess – Dirty Dick pour les intimes – vient s'immiscer dans les investigations d'Alan Banks, cela signifie que l'affaire est liée aux hautes sphères de l'État.

La matière a priori semble promettre de redoutables méandres et des rebondissements fréquents. Pourtant non : le déroulement de l'enquête traîne en longueur, les conversations, interrogatoires de témoins ou simple échange d'informations entre policiers, s'éternisent et paraissent souvent patiner – mais dès lors que la "raison d'État" se profile, peut-on s'attendre à autre chose ? Il n'empêche : on s'ennuie un peu à lire ces interminables dialogues où sont à grappiller d'infimes indices. Les pintes de bière défilent, les alcools plus forts suivent parfois, Alan Banks boit et fume de plus belle, s'étourdissant pour tâcher de ne pas se perdre alors qu'il frôle l'adultère et s'abandonne à la rage… Il s'éloigne de Sandra – mais la rupture n'est pas encore consommée : une petite soirée intime et reviennent les regards complices, les petites bourrades ironiques dans les côtes. Pendant ce temps, l'on décroche de l'intrigue et l'on se dit que ces comptes-là ne sont pas les plus palpitants que l'on soldera en compagnie de l'équipe de la Brigade criminelle d'Eastvale. Puis arrive le dernier chapitre…

On s'ennuie ferme, donc, jusqu'au rebondissement final. Et en définitive, oui… ça vaut le coup d'attendre la page 413. Nonobstant, cette septième enquête de l'inspecteur Banks peine à accrocher son lecteur. La linéarité de la construction, fût-elle gauchie çà et là par une scission du récit en deux ou trois foyers narratifs, renforce encore cette sensation d'ennui. Mais ce roman n'en demeure pas moins un maillon de la série ; sa lecture est indispensable pour continuer de se familiariser avec les personnages centraux et saisir vraiment la couleur de cet ensemble romanesque remarquablement cohérent dont il importe de ne retrancher aucun élément.

Petit clin d'œil aux fidèles de la série : ils apprendront, ici, ce qui a conduit Alan Banks, dans L'Été qui ne s'achève jamais (publié en 2004), à lire L'Odyssée
Si chaque roman peut se lire comme une "pièce unique", le lecteur qui se sera peu à peu attaché aux personnages principaux ne manquera pas de fulminer contre ces aléas éditoriaux à cause desquels sortent dans un tel désordre les volumes d'une série qui, dans sa forme originale, suit un ordre chronologique dont le respect participe de la juste perception des protagonistes récurrents…

Citation

À quatre heures trente-deux, si vous êtes déprimé, le suicide semble être la seule solution. Quatre heures trente-deux, c'est le moment idéal pour la peur et le dégoût de soi, pour la nuit sombre de l'âme.

Rédacteur: Isabelle Roche jeudi 30 avril 2009
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