Le Linguiste était presque parfait

Pour la première fois, j'ai lu dans ses yeux autre chose que de l'apathie. Pour la première fois, j'y ai perçu cette ivresse glacée que je connaissais bien. J'avais tué pour elle. Elle venait de tuer pour moi.
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mercredi 21 août

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Roman - Policier

Le Linguiste était presque parfait

Enquête littéraire - Assassinat MAJ jeudi 06 juin 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

David Carkeet
Double Negative - 1980
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
Toulouse : Monsieur Toussaint Louverture, mai 2013
287 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-90724-04-4

Une intrigue bien léchée

La linguistique se distingue de la grammaire dans la mesure où elle n'est pas prescriptive mais descriptive. C'est précisément dans le cadre d'un institut de linguistique pour jeunes enfants de l'Indiana que David Carkeet a choisi de placer son intrigue. Loin de n'être que le cadre de l'histoire, l'étude du langage est à la fois le moyen dont dispose le héros pour élucider un meurtre et l'occasion pour Carkeet de nous livrer quelques joutes verbales aussi percutantes que drôles.

Jeremy Cook est un linguiste très préoccupé : on lui a imposé la rédaction d'une conférence inintéressante dont l'intitulé change deux fois par jour, il doit mener à bien ses propres recherches sur les idiophénomènes... mais surtout il doit savoir d'où vient la rumeur selon laquelle il serait un "trou du cul". Rumeur d'autant plus dramatique que, jusque-là, il faisait plutôt partie de ceux qui étaient appréciés, et d'autant plus tragique qu'il l'a entendue de la bouche de l'une de ses toutes nouvelles collègues qu'il entreprenait de séduire ! Il est plutôt bel homme, plutôt sympathique, plutôt respecté dans son travail universitaire, alors qui peut bien faire courir une telle rumeur ? Ah oui, n'oublions pas ce cadavre, que l'assassin a eu la mauvaise idée de placer dans son bureau. Ce qui, en plus d'être un désagrément tout à fait compréhensible, l'implique de près ou de loin dans cette sombre histoire. Et c'est bien lui qui se laisse prendre au jeu de l'enquête, dans un Cluedo cynique où le meurtrier est forcément un membre de l'équipe. Il est aidé par un policier peu policé ("Je veux bien qu'on m'encule si j'arrive à en tirer quoi que ce soit") et entouré d'un ami pas toujours amène, d'un directeur un peu trop directif et de linguistes à la langue bien pendue.

Des dialogues impeccables où l'absurde côtoie avec maestria le bon sens universitaire, des personnages presque parfaits (mais Cook plus que les autres), des scènes d'anthologie, une intrigue bien ficelée. C'est bien le moins que l'on puisse dire tant Carkeet (ici remarquablement traduit par Nicolas Richard dont décidément chaque traduction est une bonne pioche littéraire) fait montre de talent pour nous décrire cette ambiance de l'institut où tous s'épient, guettent les failles et les signes, à la fois pour savoir qui est le meurtrier, mais aussi et surtout pour se rassurer sur leur image, leur notoriété, leur potentiel de séduction et le sens de l'amitié qu'ils inspirent. Ces linguistes s'ils se voudraient parfaits, nous les adorons presque parfaits. C'est drôle, c'est efficace, ça se dévore, c'est bon. Très bon même. Parfait... presque parfait.

Citation

Cook et Woeps déjeunèrent chez Max, et discutèrent onomastique, idiophénomènes, diphtongues centralisées et homicide involontaire.

Rédacteur: Gilles Marchand lundi 27 mai 2013
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