Goldstein

Il en avait tiré la certitude qu'un cadavre était le résultat d'une maladie, dont chaque détail, de la position aux blessures, constituait un symptôme. Identifier la maladie, c'était comprendre le mal qui avait saisi le criminel au moment des faits.
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jeudi 21 mars

Contenu

Roman - Policier

Goldstein

Historique - Assassinat - Crépusculaire MAJ jeudi 13 juin 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Volker Kutscher
Goldstein - 2010
Traduit de l'allemand par Magali Girault
Paris : Le Seuil, février 2013
624 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-105968-7
Coll. "Policiers"

Dans le Berlin de 1931...

L'Allemagne des années 1930, avec ses bouleversements politiques et sociaux, est une source d'inspiration sans limites pour les romanciers. Pour explorer cette période, ressentir la montée d'une atmosphère délétère, relever la dangerosité du mélange des genres, il faut un bon guide. Volker Kutscher, avec son commissaire Gereon Rath, est l'un de ceux qui savent le mieux faire renaître, le temps d'un roman, ce climat malsain, climat effrayant car il se retrouve actuellement, sous d'autres noms, dans trop de pays.

Gereon Rath est chargé, en ce milieu d'année 1931, d'un pensum. Il doit surveiller, de façon ostensible, Abraham Goldstein, un criminel new-yorkais dont l'arrivée à Berlin a été signalée par le FBI.
Deux adolescents fugueurs, Alex et Benny, âgés de dix-huit et seize ans, sont tombés dans un piège tendu par la Berolina, l'une des organisations criminelles de la ville, car ils devenaient gênants pour leurs activités. Le garçon meurt après une chute de quatre étages provoquée par un schupo.
Kalli, le receleur des deux adolescents, est assassiné. Johann Marlow, dit le Docteur M, charge Rath, qu'il tient depuis une vieille histoire de truand disparu, d'éclaircir la disparition d'Hugo le Rouge, le patron de la Berolina.
Goldstein, qui réussit à se jouer de la surveillance policière, débute la mission pour laquelle il est venu.
Les meurtres se multiplient.
Charly, la compagne de Gereon, laisse échapper Alex, une faute grave pour elle qui est encore stagiaire, et mobilise son ami pour la retrouver.
Dans un Berlin sous pression, Rath peut-il rester fidèle à ses principes malgré les menaces qui pèsent sur lui et ses proches ?

Cette troisième enquête du commissaire Rath se déroule entre le 27 juin et le 18 juillet 1931, avec un point d'orgue le 12 septembre. L'agitation sociale et politique est très forte. Les émeutes se multiplient, suscitées tant par le parti communiste que les SA. L'Allemagne est en récession et les restrictions décrétées par le gouvernement demeurent sans effets sur l'économie. Le chômage explose.

À travers le parcours de son héros, l'auteur fait revivre, en toute objectivité, cette période particulièrement trouble. Il fait participer à une guerre des gangs entre les deux principales organisations criminelles de la ville. Il expose les collusions entre truands et policiers, les manipulations, les chantages des uns et des autres selon leurs appartenances et leurs opinions politiques. Il dévoile les rapports, les manœuvres entre les hommes de pouvoir et le grand banditisme, montrant l'hypocrisie des acteurs politiques, et de leurs relais, quand ils dénoncent des dérives, avec une apparente candeur, alors qu'ils sont, eux-mêmes, plongés jusqu'au cou dans des bains sulfureux.

Le travail d'historien de Volker Kutscher est remarquable. Il livre mille détails sur cette période, tant sur les jalousies sociales, les haines raciales, que sur les barres à tapis au pied des immeubles, sur les utilisateurs du métro où "la moitié d'entre eux semblaient prendre le panneau 'Fumeurs' comme une injonction".

Cette époque interpelle pour les conséquences qui en ont découlé, avec ces manipulations de populations, ces discours sclérosés surfant sur les plus bas instincts.
Avec Goldstein, Volker Kutscher propose une intrigue, enfin plusieurs intrigues entremêlées, qui forgent un récit âpre, érudit, presque visionnaire. Un remarquable polar historique qui est, hélas, d'une actualité plus que brûlante.

Citation

L'article sous-entendait presque que la police avait traqué l'adolescent jusqu'à la mort. Aucune mention du fait que se laisser enfermer dans un grand magasin pour piller les vitrines de la bijouterie était interdit par la loi.

Rédacteur: Serge Perraud dimanche 02 juin 2013
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