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Beau livre - Policier

Landru, 6 h 10 temps clair

Procédure - Faits divers MAJ jeudi 13 juin 2013

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 24,9 €

Éric Yung & Estelle Gaudry
Paris : Télémaque, mai 2013
256 p. ; illustrations en noir & blanc ; 26 x 20 cm

Feues mesdames

C'est donc un bel ouvrage que nous proposent les éditions Télémaque et le Musée des lettres et manuscrits,. Mi-livre, mi catalogue, il est destiné à accompagner l'exposition du même nom qui se déroule au Musée des lettres et des manuscrits du 23 mai au 15 septembre 2013. "6 h 10, temps clair" est extrait du carnet du bourreau Anatole Deibler, l'exécuteur de Landru le 25 février 1922. Ces pages sont reproduites ici. On y constate combien le bourreau détaillait les crimes des coupables qu'il décapitait. Après la date, le lieu (Versailles), le département (Seine-et-Oise) et quelques nombres mystérieux, il ajoutait au crayon de bois, le jour (un samedi pour Landru), le temps (clair) et l'heure exacte de la mort (6 h 10). Suivit, Paul-Arthur Segain exécuté le 14 mars 1922 à Épinal (Vosges) à 5 h 20, un mardi par temps clair, lui aussi, pour avoir tué un agent d'un coup de carabine. Maniaquerie de la note du bourreau que l'on retrouve chez Landru lui-même.

D'ailleurs, les coins arrondis et les fonds noirs de notre ouvrage font inévitablement penser aux fameux petits carnets qui perdirent l'assassin le plus célèbre de France. Trouvés dans sa poche et dans sa doublure lors de son arrestation par l'inspecteur Belin, ils contenaient des listes de noms qui, par recoupement, furent associés à des disparues gravitant dans son entourage. Les dépenses et les gains, comme les fameux billets de train (deux allers et un retour) pour Gambais ou le charbon pour la cuisinière, y étaient scrupuleusement notés tout comme les ventes de meubles et objets des victimes. Les rencontres avec des centaines de femmes contactées par les petites annonces de journaux étaient elles aussi bien rangées dans des casiers, annotées par Landru qui évitait comme la peste celles qui étaient trop attachées à leur famille ou qui avait peu de biens. L'inspecteur Belin trouvait enfin la récompense de son acharnement depuis que son attention avait été attirée par deux lettres de familles différentes cherchant une parente disparue et adressées au maire de Gambais où Landru (sous un faux nom) louait une maison à l'écart du bourg.

Ce bel ouvrage, donc, présente une somme importante de documents si bien reproduits qu'on peut les lire directement, dans leur jus ! Ce sont des rapports, des procès-verbaux sur papier jauni, des photos des victimes, et des notes écrites de la main des enquêteurs et de Landru lui-même. Un formidable panoramique sur de multiples affaires qui se sont déroulées de 1914 à 1919 avec, comme fil conducteur, un petit homme à barbe et aux gros sourcils, multipliant les noms, les mensonges et les escroqueries en faisant disparaître ses compagnes. On ne retrouva que peu de débris d'os humains (crânes et mains uniquement) dans les cendres de la fameuse petite cuisinière mais jamais les corps des dix femmes et du jeune fils de l'une d'elles. Landru n'avoua jamais ! Plongeons-nous dans l'examen des "pièces du dossier". On s'étonne que les deux lettres des deux familles modestes au maire de Gambais écrites à plus d'un an d'intervalle soient tapées à la machine et de facture aussi semblable. Il s'agit sans nul doute de copies pour l'instruction et non des originaux ce qui aurait pu être signalé. On retiendra les rapports de l'inspecteur Belin, les interrogatoires de la femme, du fils et surtout de la maîtresse de Landru (il avait l'air très porté sur la chose mais se récria d'horreur quand les enquêteurs le soupçonnèrent de sadisme ou de perversion, lui qui ne buvait, ni ne fumait). Les portraits des victimes issus des fiches de la préfecture sont aussi stupéfiants. Très intéressant aussi, le rapport des psychiatres qui examinèrent Landru. On notera surtout l'implacable interrogatoire final qui récapitule toutes les charges et auquel Landru ne répond rien, ni ne veut signer, attitude fermée qu'il adopta pendant toute l'instruction mais qui changea lors du procès où il multiplia les bons mots.

Cette somme pertinente de documents inédits dans cette forme est accompagnée en parallèle par un texte d'Éric Yung qui s'attache à la chronologie des événements d'une façon plus écrite, presque romancée, surtout dans le premier chapitre centré sur Julien Landru (le père d'Henri-Désiré) qui va se suicider. On se doute que l'éditeur a hésité à tout tabler sur les documents : les lecteurs si versatiles auraient-ils le courage de s'absorber dans la lecture pointilleuse de ces rapports tapés à la machine ? Ne fallait-il pas un récit plus dynamique, plus romanesque pour emporter la lecture ? Résultat, entre les cahiers noirs de reproductions, le texte d'Éric Yung reste à la limite du roman avec des descriptions de scènes d'ambiance un peu longuettes et du documentaire en reprenant des extraits des mémoires de l'inspecteur Belin, de lettres, de rapports ou d'articles.

Un texte plus universitaire jouant en écho avec la rigueur des reproductions par un découpage plus clinique aurait sans doute été plus pertinent. Manque aussi une bibliographie. Oubli qui paraît aberrant dans un ouvrage s'inscrivant, par ses documents présentés, comme indispensable dans la compréhension d'une affaire exceptionnelle.

Citation

Vous avez acheté cette cuisinière, neuve, en décembre 1915 ; vous avez fait à Gambais, de très courts séjours et dès 1918, elle est cependant dans un état d'usure qui indique qu'elle a dû fournir un service particulièrement dur.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 13 juin 2013
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