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samedi 15 août

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Essai - Noir

Lâchez-moi !

Musique MAJ mercredi 04 septembre 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,9 €

Hampton Hawes
Raise Up Off Me: A Portrait of Hampton Hawes - 1974
Avec la collaboration de Don Asher
Préface de Gary Giddins
Postface de Jean-Claude Zylberstein
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Bernard Cohen
Puzol : 13e Note, septembre 2013
320 p. ; 18 x 14 cm
ISBN 978-2-36374-053-3

Poudre noire

Si les éditions 13e Note n'existaient pas, il faudrait les inventer. Avec 13e Note, c'est tout un patrimoine littéraire et artistique anglo-américain que nous découvrons ou redécouvrons ; façon de suggérer aux lecteurs français qu'on peut voir l'Amérique autrement qu'à travers le filtre trompeur des séries télé et de l'anti-américanisme primaire.
L'Amérique, on le sait, est le pays du jazz, mais une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand-chose. Du reste, toute sa vie, Hampton Hawes refusera les étiquettes – à commencer par celle du "be-bop", bien qu'il ait joué dans ce style avec brio dans les années 1950. Comme le disait Charlie Parker, avec qui il joua à plusieurs reprises : "J'aimerais qu'on arrête de dire que je fais du jazz. Je joue tout simplement de la musique." De même, Hawes est un "frère noir" pour ses semblables, ses potes de Los Angeles et tous les musicos qu'il côtoiera au cours de sa carrière, mais il fera toujours en sorte de se tenir loin des clichés du black bien sapé et qui se la joue cool, devinant que les clichés peuvent être tout aussi stigmatisant que le racisme ordinaire.
Dans cette autobiographie en vingt-huit chapitres, co-écrite avec le pianiste Don Asher et publiée en 1972, Hampton Hawes raconte sa vie tourmentée, d'un quartier noir de Los Angeles où il naît en 1927 à ses tournées en Europe dans les années 1960 en passant par le Japon où, effectuant son service militaire à Yokohama, il devient pour ainsi dire l'ambassadeur du be-bop dans un pays qui s'américanise. On y croise tous les grands du jazz de l'après-guerre, Charlie Parker, bien sûr, Count Basie, Thelonious Monk (le père spirituel de Hawes), Miles Davis et tant d'autres... On y voit aussi un homme qui se laisse peu à peu avaler par la drogue, à tel point qu'il ne joue plus, zonant dans Central Park comme un clodo, et tombant dans un piège tendu par la police comme le premier dealer venu.
Condamné à dix ans de prison en 1958, il sera finalement gracié par Kennedy cinq ans plus tard (l'édition reproduit le fac-similé de la lettre du président). Quand Hawes retrouve la liberté, c'est pour découvrir malheureusement que, sur le plan musical, plus personne ne l'attend. Après un passage dans un night-club sinistre où on lui demande de créer surtout de "l'ambiance", il entame une série de tournées en Europe et se taille un joli succès. Mais le retour dans son pays ne sera pas à la hauteur de ses attentes : le rock est passé par là ; le free a ouvert des brèches dans le jazz de papa ; Hampton appartient désormais à une autre génération...
Lâchez-moi ! est le récit prenant d'un musicien qui veut rester libre, quoi qu'il arrive, au prix parfois de bien des sacrifices sur le plan musical et sentimental. L'écriture est vive, enjouée, souvent parlée, ce qui donne un charme fou à cet ouvrage admirablement traduit par Bernard Cohen, qui sait faire passer le feeling juste où il faut et rendre aux propos de Hawes toute leur saveur et leur musicalité.

Citation

Qu'est-ce qu'ils fabriquent, ces négros, à jouer cette musique de cinglés ? Des sauvages. Débarqués de la jungle. Enfin, tant qu'ils pillent pas nos boutiques ou qu'ils nous tirent pas dans le cul, foutons-leur la paix...

Rédacteur: Pascal Hérault jeudi 08 août 2013
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