Belém

Si je m'étais fait descendre par un flic en train de piquer de la robinetterie dans un appartement vide, on m'aurait enterré en un quart d'heure, point final. J'étais un bon à rien, je vivais comme un bon à rien dans un quartier de bons à rien…
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mercredi 21 novembre

Contenu

Roman - Noir

Belém

Social - Drogue - Urbain - Trafic MAJ jeudi 10 octobre 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Edyr Augusto
Os éguas - 2005
Traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos
Paris : Asphalte, octobre 2013
304 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 978-2-918767-37-4
Coll. "Fictions"

Johnny be bad

Johnny, un coiffeur aux origines anglaises, cocaïnomane et homosexuel, est retrouvé mort dans son lit, victime d'une overdose. Pièce maitresse d'un groupuscule de jet-setters de Belém, il était renommé pour ses frasques libertaires et faisait régulièrement les grandes pages des magasines people. Seulement les apparences sont trompeuses. D'abord parce qu'il venait de Guyana, que loin d'être homosexuel pur et dur, il était bisexuel, qu'en plus d'être bisexuel, il était pédophile, et qu'en plus d'être pédophile (et vidéaste amateur)... La liste est longue, et le portrait peu affriolant. Enfin, il faut ajouter que l'abject homme est mort non pas d'une overdose de cocaïne, mais d'héroïne. Ce portrait lourd, très lourd, ne plait évidemment pas à Gilberto Castro, un inspecteur de la criminelle, supporter du club de Remo, alcoolique sans cesse repenti, d'une intégrité qui confine à l'absurde. Jusque-là, rien que du normal qui peut servir de base à un honorable roman policier, voire noir. Mais sous la plume du Brésilien Edyr Augusto, l'ensemble va prendre une tournure sauvage, féroce et sanguinaire.

Non content de dresser un constat affolant sur le trafic de drogue à la frontière de l'Amazonie et le niveau de la corruption dans la ville de Belém, l'auteur prend un malin plaisir à proposer des portraits captivants de personnages qui ont tous une personnalité double, l'une comprise, l'autre non, l'une noire, l'autre grise ; des personnages qu'il va faire évoluer dans des quartiers riches en couleur, qu'ils soient pauvres ou riches car la déprime brésilienne n'a pas de frontières urbaines, qui ne laissent pas supposer que la violence omniprésente peut jaillir à n'importe quel moment. Des personnages qu'il va martyriser, écorcher et tuer. La ville dépeinte par Edyr Augusto est grouillante et vivante, mais sans cesse exacerbée. Elle prend toutes ses dimensions la nuit alors que la bière coule à flot, et que les corps s'épient et s'apprivoisent. Dans ce monde interlope, la corruption, la drogue et le sexe sont monnaie courante. Gilberto Castro est un flic fataliste en instance de divorce, enfin il est séparé de sa femme, ils sont encore tous deux amoureux, mais lui est soudainement envoûté par Selma, une jeune et splendide femme, chargée de le surveiller et de remettre la main sur une certaine disquette. Car, vous le devinerez très vite, le Johnny a baigné dans la drogue jusqu'au cou, et n'est pas mort sans raison. Sous ses airs débonnaires, c'était un vrai salaud qui a été jusqu'à violenter sa filleule. Mais à Belém plus qu'ailleurs, les salauds ont la peau dure, ils vivent dans l'impunité la plus totale procurée par une corruption associée à une terrible violence.

Dans ce livre, vous découvrirez ce que veut dire être pris littéralement en tenaille, vous soulèverez le voile sur un frère sauvage et cannibale, vous plongerez dans un nihilisme profond, dans l'abjection de pseudo-sentiments... La seule solution qui vous sera proposée sera de ne pas vous poser de questions, de ne pas chercher à savoir, d'aller au stade, de boire et de baiser. Seulement voilà, si Gilberto Castro aime énormément aller au stade, boire et baiser, il ne supporte pas de ne pas savoir... Cette trajectoire d'un homme solitaire en proie à ses atermoiements, à son alcoolisme, qu'il montre comme une maladie et qui le précipite dans une solitude déprimante, Edyr Augusto lui donne des reliefs littéraires comme on aimerait en voir plus souvent. Le texte est à la fois beau et horrible, captivant et effrayant, mais avant tout éminemment romanesque. Il ne laisse que peu d'espoir à notre Humanité et à l'issue de ses personnages, mais il nous colle à la peau, et les impressions qu'il nous a distillées ne nous quittent pas une fois le roman terminé - d'une traite, cela s'entend. C'est l'apanage des grands textes, et Belém est assurément l'un des très bons romans de cette rentrée littéraire policière.

Citation

- Sérieusement, ces deux affaires, celles de Johnny et de Babalu, on dirait vraiment qu'elles nous sont tombées du ciel...
- Ou de l'enfer. Enfin. Pour une fois que quelque chose d'important nous passe sous la main...

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 08 octobre 2013
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