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lundi 27 janvier

Contenu

Roman - Policier

Cher Camarade

Énigme MAJ samedi 31 décembre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Voir plus d'infos sur le site polarmag.fr (nouvelle fenêtre)

Olen Steinhauer
The Bridge of Sighs - 2003
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise Bouillot
Paris : Liana Levi, mai 2004
352 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 2-86746-364-5
Derrière le Mur, 1

Ce qu'il faut savoir sur la série

En réalité, l'auteur, Olen Steinhauer, n'a pas donné de nom à cette série de cinq romans. En revanche, il l'a bel et bien construite à partir d'un concept global lui assurant cohésion par-delà les diversités formelles des œuvres qui la composent. Aussi l'éditeur français a-t-il décidé, par commodité mais avec un parfait à-propos, de la désigner par une appellation générique, "Derrière le mur".
Les cinq romans sont centrés sur un lieu : le commissariat de police abritant la Brigade criminelle d'une capitale d'un pays de l'Est - ledit pays reste sans nom et sa ville principale n'en aura pas d'autre que la Capitale. Ce commissariat et ceux qui y travaillent sont dépeints tout au long du demi-siècle qui, dans ce pays anonyme, sépare l'avènement du communisme de la chute du Mur de Berlin, à raison d'une enquête par décennie. Ainsi le premier roman se déroule-t-il en 1948, et le dernier en 1989.
Tous sont un subtil mélange d'intrigue criminelle et d'incursions étatiques confinant à l'espionnage. Le contexte historique est présent mais toujours au service de la fiction. Outre leurs qualités policières ces romans ont une vraie valeur littéraire : pour chacun d'eux l'auteur a adopté une approche narrative différente, tout en leur apposant une marque stylistique reconnaissable - pour autant que la traduction permette d'en juger. En deux mots, ils sont aussi efficaces que littéraires.

Publiés par Liana Lévi, les romans sont réédités en format poche chez Gallimard, dans la collection "Folio Policier".

Morne aurore pour des lendemains censés chanter

La Capitale, 23 août 1948, 9 heures du matin. Emil Brod, 22 ans, vit son premier jour à la Brigade criminelle de la Milice du Peuple où il vient d'être nommé inspecteur, au sortir de l'école de police. Il remplace un certain Sergueï, qui a été tué, et on le soupçonne d'être un espion. C'est une journée difficile : on ne lui adresse pas la parole. Un croquis menaçant a été placé dans le tiroir de son bureau. On a enlevé la machine à écrire qui lui était destinée. Quand il quitte les locaux, l'un de ses collègues, Leonek Terzian, lui envoie un direct très court dans les testicules. Le lendemain, c'est à peine mieux – mais au moins le camarade chef Moska lui confie-t-il une tâche : classer des dossiers d'archives… Puis une enquête, transmise par un commissariat de quartier : la veille un homme a été trouvé mort dans son salon.
Il s'agit de Janos Crowder, compositeur de chansons patriotiques qui a ses entrées dans les hautes sphères du pouvoir. Ne faut-il pas soupçonner quelque soubassement politique ? Emil sait qu'il joue son avenir : un faux pas et on lui retire l'affaire, un échec ou, pire, une faute de procédure, et c'est l'éjection pure et simple de la Brigade criminelle… Contre toute attente, ce qui apparaissait d'abord comme une brimade de plus va lui permettra non seulement de tenir sa place à la Brigade, mais aussi de gagner l'estime de ses collègues, au point de se lier d'amitié… avec Leonek Terzian en personne. Et il trouvera aussi compagne à sa convenance…

Tout pèse dans ce roman – les soldats soviétiques, les ruines, le regard de Brano Sev, l'agent de la Sécurité d'État chargé de surveiller que les policiers ne s'écartent ni en paroles ni en actes de "l'orthodoxie socialiste", les ruines, les remugles des rues sales, la puanteur du cadavre gisant dans le salon, le silence auquel se heurte Emil lors de son arrivée, la raideur de son costume trop amidonné jusqu'à l'affection étouffante de ses grands-parents – et l'écriture, merveilleusement évocatrice sous son extrême sobriété, fait exister cette pesanteur générale avec une force extraordinaire. Souvent elliptiques, toujours d'une simplicité quasi ascétique, les phrases parviennent en très peu de mots à imprégner vos sens aussi bien de l'odeur de chou bouilli que de la douleur fulgurante qui balaye Emil lorsque Leonek l'agresse. Plus que l'intrigue policière elle-même – classique dans son déroulement et ses méandres comme dans ses fondements mais superbement construite – séduit ici cette faculté à rendre présents et denses les événements, les êtres, les atmosphères… avec autant de simplicité syntaxique et lexicale. Séduit aussi la manière dont l'Histoire est invitée dans l'histoire, finement agrégée à la destinée des personnages mis en scène – le grand-père, Avram, fasciné par Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine) en 1917, les familles juives hébergées par Avram et sa femme pendant la guerre… – ou bien aux murs défaits, aux maisons rasées, aux caractères cyrilliques qui prennent de plus en plus de place.

Tout entier placé sous le signe d'un Grand commencement, tant sur le plan historique – on est à l'aube du Socialisme triomphant – que fictionnel, ce roman, parfaitement maîtrisé dans tous ses aspects, remplit à merveille son rôle inaugural. Ainsi initiée, la série promet d'être passionnante…

NB - Le livre a été réédité en format poche en février 2007.

Citation

À la limite du 4e arrondissement, à l'est de l'ancien centre administratif, la place de la Victoire avait été édifiée au cœur de la défaite.

Rédacteur: Isabelle Roche lundi 18 mai 2009
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