Au revoir là-haut

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Roman - Guerre

Au revoir là-haut

Historique - Arnaque - Guerre MAJ mercredi 30 octobre 2013

Comme un roman populaire

Un énième roman sur la Première Guerre mondiale. Certes. Après tout, qu'écrire qui ne l'a jamais été ? Erich Maria Remarque, Roland Dorgelès ou encore René Benjamin (pour ne citer qu'eux), ont placé la barre très haut. Au revoir là-haut raconte l'histoire d'hommes détruits par les tranchées, par ce qu'ils y ont vécu et par ce qu'ils y ont laissé : leur insouciance, leur jeunesse, une partie de leur corps et de leur vie. Des hommes qui ne se seraient jamais liés sans l'intervention d'un conflit mondial et de quelques tonnes de métal et de terre. Jusqu'ici rien que de très classique.

Et pourtant, Pierre Lemaitre parvient à se servir du conflit en abordant des aspects moins attendus de la Grande Guerre et des mois qui l'ont suivie : la démobilisation, la constitution des cimetières militaires et l'édification des monuments aux morts, les ravages psychologiques et les lendemains qui déchantent. Une toile de fond sinistre sur laquelle se greffe avec habilité une histoire qui se lit avec une facilité déconcertante. Les ingrédients du roman populaire, Pierre Lemaître les connaît. Les personnages tout d'abord. Henri d'Aulnay-Pradelle, le héros noir absolu, le monstre pour qui la vie des autres n'a d'importante que si elle sert ses propres intérêts. Officier carriériste donc, puis homme d'affaires peu scrupuleux, il est arrogant, prétentieux, misogyne et antisémite : "Dieu sait s'il n'aimait pas les juifs - chez les Aulnay-Pradelle, on était antidreyfusard depuis le Moyen Âge - mais leurs filles, vraiment, quelles divines salopes quand elles s'y mettaient." N'importe quel lecteur lui vouera une haine sans limite, voire éternelle. Et les (anti-)héros : Albert, jeune homme issu du peuple qui décide de prendre sous son aile maladroite Édouard, un artiste venu de la grande bourgeoisie. Il faut dire que ce dernier lui a sauvé la vie en y laissant son visage. Les deux hommes vont être unis par quelque chose qui n'est pas vraiment de l'amitié, ni même de l'amour mais plutôt un mélange de fraternité du drame et de gratitude. À la suite de ce trio, toute une galerie de personnages tels que Louise, la petite fille qui apprivoise Édouard, le maire qui rêve de placer une de ses fameuses phrases qu'il fait rouler dans sa bouche sans jamais avoir l'occasion de l'en sortir, le fonctionnaire qui se découvre un sens moral à toute épreuve sur le tard. Et Fernand, le père d'Édouard qui se découvre tardivement un amour pour cet enfant qu'il n'a jamais pris la peine de connaître.

Difficile de raconter l'histoire sans trop en dire. Disons simplement qu'il y est question de vengeance, d'arnaques nationales et de la misère des démobilisés. Pierre Lemaitre n'a pas la prétention d'avoir écrit un chef d'œuvre, mais un bon roman populaire. Nul doute que la promesse est tenue.


On en parle : La Tête en noir n°167

Récompenses :
Prix Goncourt 2013
Prix des libraires de Nancy - Le Point 2013

Nominations :
Prix du style 2013

Citation

Tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

Rédacteur: Gilles Marchand dimanche 27 octobre 2013
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