Moisson rouge

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samedi 15 décembre

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Roman - Noir

Moisson rouge

Hard boiled MAJ mercredi 27 mai 2009

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 18,5 €

Hammett : un grand coup de pied dans la fourmilière

"J'ai assisté à une conférence de paix d'où devraient découler au moins une douzaine d'assassinats" explique le détective de la Continental à la belle Dinah Brand qui ne va pas tarder à se retrouver un pic à glace dans la poitrine. Cette phrase à elle seule résume bien la trame de ce roman écrit en 1929 par Dashiell Hammett. Proposé par Gallimard dans une nouvelle traduction signée Natalie Beunat et Pierre Bondil, Moisson Rouge est surtout accessible en intégralité pour la première fois en France. Car, le temps a passé et les ouvrages de la "Série noire" peuvent maintenant sortir de leurs camisoles de pages. L'argot des traducteurs des années 1940 est aussi remisé au hangar. Le texte en devient plus concis, le style plus épuré et le déroulement des événements de Poisonville/Personville plus en rythme.

Elihu Willsson est le maître absolu de la ville minière de Personville sauf qu'il a dû pactiser avec la pègre pour étouffer les grèves locales. La pègre a attiré la pègre. La corruption est maintenant omniprésente. Le crime monnaie courante de substitution. En dernier recours, Elihu Willsson fait appel à l'Agence Continental de San Francisco qui délègue le Détective. Ce dernier va n'avoir d'autre choix pour ramener le calme que de déclencher une zizanie sans pareille entre des truands prêts à détruire la ville aux œufs d'or pour assouvir leurs envies de pouvoir et d'argent : "Il me faut de quoi monter Pete contre Yard, Yard contre Noonan, Pete contre Noonan, Pete contre Thaler ou Yard contre Thaler. Si on parvient à flanquer un grand coup de pied là-dedans, suffisant pour détruire l'équilibre actuel des choses, ils se planteront mutuellement des poignards dans le dos et feront le sale boulot à notre place."

1929. Première grande crise économique propice à l'émergence littéraire. Aux États-Unis, l'œuvre de Hammett se nourrit de ce désespoir. À travers une ville sans nom et un héros innommable (d'abord, lui aussi n'a pas de nom, mais une personnalité, ensuite il n'a pas de scrupules et ses actions sont celles d'un justicier prêt à tout qui augure l'avènement d'un Charles Bronson, d'un Clint Eastwood, justes sur le fond, inacceptables sur la forme), Dashiell Hammett nous plonge dans une violence elle aussi sans nom qui prend aujourd'hui encore tout son sens. Trop actuel, ce roman malgré ses 80 ans d'âge qui en feraient un excellent whisky, nous montre qu'en près d'un siècle de capitalisme sauvage à outrance, on en est toujours au même point mort. Et que seule la mort peut nous en faire sortir. Point. Chef d'œuvre éblouissant, fondateur du genre, qu'il serait dommage de ne pas lire ni relire sous peine de s'exclure d'un digne bain de violente jouvence.


On en parle : Lire n°376 |Le Monde 2 n°282 |Carnet de la Noir'Rôde n°38 |813 n°109 |813 n°108 |La Tête en noir n°139

Citation

J'ai assisté à une conférence de paix d'où devraient découler au moins une douzaine d'assassinats.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 27 mai 2009
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