Le Royaume disparu

Il m'a déshabillé. Jeté à plat ventre sur le lit. J'ai résisté autant qu'un enfant de neuf ans peut le faire, le visage enfoncé dans le matelas. J'ai cru qu'il allait me tuer. J'ai peut-être prié pour qu'il le fasse quand il aurait fini.
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Roman - Aventure

Le Royaume disparu

Historique - Religieux MAJ lundi 16 décembre 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,4 €

Brigitte Aubert
Paris : 10-18, septembre 2013
384 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-05391-6
Coll. "Grands détectives", 4549
Les aventures de Louis Denfert, 5

Ce qu'il faut savoir sur la série

Louis Denfert, la trentaine dynamique, est journaliste au Petit Éclaireur où il côtoie Gaston Leroux et Octave Mirbeau. Il se passionne pour des énigmes criminelles et tout ce qui touche à la projection d'images animées, une technologie qui fait fureur dans cette dernière décennie du 19è siècle. Sa fiancée Camille De Saens, une jeune comédienne, Émile Germain, un sergent-chef reconverti en professeur de boxe et d’escrime, Albert Féclas, un médecin légiste qui pratique l'illusionnisme, forment sa "garde rapprochée" et sont de toutes les aventures. Parallèlement aux traques criminelles de son héros, Brigitte Aubert nous fait découvrir les débuts du cinéma, les diverses inventions qui foisonnèrent, les approches et les perceptions bien différentes pour l’usage de ce nouvel outil entre, par exemple, celles de frères Lumière et celles de Georges Méliès.

Louis Denfert au Dahomey.

En septembre 1898, au Jardin d'acclimatation de Paris, un village dahoméen a été reconstitué, avec cent cinquante noirs. Bidossessi, le sorcier, est soucieux. La nuit est mauvaise, une force maléfique rôde. Vêtu de son masque fétiche, il s'avance dans le village et trouve un corps décapité, la tête posée sur un trône. Surpris, il s'enfuit en assommant deux gardiens.
Au matin, comme à son habitude, Louis Denfert passe à la morgue où il retrouve Albert Féclas, médecin légiste, criminologue et prestidigitateur amateur. Celui-ci relance Louis. Il voudrait que ce dernier l'accompagne pendant la mission que lui confie le professeur Lacassagne sur les meurtres rituels au Dahomey. Il commence sa journée de légiste par la tête tranchée et découvre, piqué au fond du palais, un fragment de canne.
Pendant ce temps, Bidossessi, qui erre dans les rues, se fait recruter par Momo, un jeune garçon qui travaille dans le cirque du père Rizzoli.
Dans la journée, Louis Denfert et ses proches se retrouvent au village où ils font la connaissance d'un métis et d'un jeune garçon qui leur sert de guide. Lorsque Louis apprend qu'un meurtre similaire a été commis récemment au Dahomey, il commence à s'intéresser à l'affaire. Il est convaincu quand Bidossessi est rattrapé par l'assassin. Commence alors, de Paris à Marseille jusqu'au Dahomey, un périple riche en mystères et en meurtres car le danger est présent pour tous...

Brigitte Aubert choisit de placer cette cinquième enquête/aventure de Louis Denfert dans le Dahomey de 1898. Ce royaume a été conquis, et intégré depuis quatre ans dans l'Afrique Occidentale française. Cette monarchie, fondée sur la colère, était un lieu majeur de la traite des esclaves, fournissant jusqu'à vingt pour cent de ceux destinés à l'Europe et l'Amérique.

L'auteur a composé, pour faire vivre ses intrigues, un groupe de personnages récurrents qui, par sa diversité, lui permet d'aborder les grandes questions de l'époque, qu'elles soient sociétales ou scientifiques...
Louis Denfert, le héros, fait découvrir le monde de l'information et donc, les outils qui permettent de collecter celle-ci et de la transmettre jusqu'au lecteur final. Ainsi, Brigitte Aubert montre le travail journalistique et les progrès photographiques et cinématographiques - le premier film des frères Lumière date de mars 1895.
Avec Camille, la compagne comédienne de Louis, c'est tout l'univers du spectacle que l'auteur peut évoquer et détailler, citant, selon les épisodes, telles ou telles pièces de théâtre et actrices, telles manifestations mondaines où se mêlent les univers affairistes et politiques.
Albert Féclas ouvre sur le monde médical et ses avancées, sur les progrès de la criminologie, une science qui sous l'essor d'un Bertillon, du professeur Lacassagne, émerge et montre tout son intérêt et sa pertinence.
Émile Germain, un ancien sergent du génie en retraite après une grave blessure à la tête, revient sur les conquêtes, la construction de l'empire colonial et sur les sports, tenant une salle de boxe et d'escrime.
Elle intègre, autour de ce noyau, selon les lieux et les besoins de son intrigue, des personnages authentiques. Ainsi, au début de la présente aventure, le lecteur peut croiser un certain Marcel Proust, un écrivain en devenir. Plus tard c'est avec un boxeur d'Alabama que le groupe partage une large part des péripéties.

Dans ce roman, Brigitte Aubert sait faire ressentir toutes les subtilités des rapports de ces Dahoméens avec la nature, leurs capacités de perception, oubliées ou perdues par les Européens. Elle détaille les spécificités de leur religion, la composition de leurs croyances, les liens étroits avec les ancêtres, avec le passé et l'importance donnée aux signes. Elle montre, sous l'apparente simplicité des représentations physiques de l'environnement, la complexité des signaux, des symboles, des totems.

Avec tous ces éléments, Brigitte Aubert construit une intrigue retorse, aux ressorts subtils, aux développements inattendus.
Cette auteur fait montre, une fois de plus, de son immense talent à construire des intrigues aux rouages d'une grande finesse, de son aisance à créer des personnages complexes, mais attachants, de son art de conteuse qui "scotche" au roman.

Citation

Aventuriers et escrocs pullulent dans les colonies, il faut faire attention avec qui vous traitez. Le pire étant les incapables qui prétendent être bien introduits auprès des chefferies et ne provoquent que des malentendus.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 12 décembre 2013
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