À l'école de la nuit

Je frissonnai et me rendis compte que, cette fois-ci, ce n'était pas la température de ma piaule la responsable. J'avais tous les poils du corps hérissés. Et l'impression désagréable d'avoir franchi une étape détestable.
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Roman - Noir

À l'école de la nuit

Historique - Énigme - Assassinat MAJ lundi 20 janvier 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Louis Bayard
The School of Night - 2010
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Szczeciner
Paris : Le Cherche midi, octobre 2013
512 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-7491-1876-5
Coll. "Thriller"

Une belle histoire dans l'Histoire

L'Histoire est très riche en événements dont on ne connait, aujourd'hui, que quelques bribes. Pourquoi ne pas puiser dans cette manne pour imaginer, en des récits cohérents, les conséquences qui pourraient, ou qui auraient pu, en découler ? Louis Bayard s'inscrit dans ce courant et, pour le présent thriller, s'appuie sur une hypothèse, développée dans les années 1930, quant à l'existence d'une mystérieuse société secrète sous le règne d'Élisabeth Ière d'Angleterre.

Henry Cavendish se retrouve l'exécuteur testamentaire d'Alonzo Wax, un bibliophile spécialisé dans la littérature élisabéthaine. Celui-ci s'est suicidé, mais son corps n'a pas été retrouvé. Lors de la cérémonie des obsèques, Henry est approché par Bernard Styles, un autre bibliophile accompagné de son "gorille". Il lui offre cent mille dollars pour une lettre signée par Walter Ralegh. Cet original, assure-t-il, lui a été volé par Wax. Henry, qui a raté un brillant avenir universitaire, vivote. L'argent proposé lui permettrait de régler ses dettes les plus criantes et d'envisager un avenir plus serein. Lors de la cérémonie, Henry a remarqué l'arrivée tardive d'une jeune femme excentrique.
C'est Lily, une amie d'Alonzo, qui remet à Henry tous les dossiers nécessaires à sa mission. Il s'aperçoit que son ami était criblé de dettes. Styles se fait pressant. Parmi les dossiers, Henry trouve, dans une enveloppe qui lui est destinée, deux noms. Contacté, le second, Clarissa Dale, lui répond tout de suite. Elle lui déclare, sans ambages, devoir lui parler immédiatement, en tête à tête. Il s'agit de la jeune femme excentrique. Elle a reçu, comme lui, un message d'Alonzo, quelques heures avant sa mort et lui révèle qu'elle voit, régulièrement en songe, l'École de la nuit.
C'est dans l'appartement du bibliophile, en ouvrant le bunker climatisé où est stockée la précieuse collection, que Henry et Clarissa découvrent le corps de Lily, morte étouffée, et la disparition de tous les livres et documents.
Ils se retrouvent chez l'autre personne désignée dans l'enveloppe. C'est là qu'Alonzo réapparaît, expliquant avoir feint un suicide, et qui révèle que la lettre convoitée par Styles, porte, à son dos, une carte dessinée par Thomas Hanriot où il indique la position d'un trésor, un magot que Wax convoite...
Parallèlement, Thomas Hanriot mène sa vie de scientifique dans le logement que lui attribue Henry Percy. Il s'attache à une jeune femme, embauchée comme servante, qui devient son assistante...

L'auteur structure son récit autour du personnage authentique de Thomas Harriot, un mathématicien et astronome anglais. Celui-ci, sans autres moyens que son intelligence et quelques "bouts de ficelle" défriche l'algèbre moderne. Il effectue les premiers dessins de la Lune, découvre la loi de Snell sur la réfraction de la lumière, observe avant tout le monde, la comète qui deviendra celle de Halley, les satellites de Jupiter, les taches solaires... Il s'intéresse à la cryptologie, la géométrie sphérique. Il est le premier scientifique à explorer l'Amérique où il fait ami-ami avec les Algonquins en Virginie.
Une partie de l'intrigue se déroule dans la période où vécut ce génie et l'autre à notre époque. Le lien entre les deux étant le second volet d'une lettre de Walter Ralegh où il relate l'existence de "nostre simple eschole".
C'est William Shakespeare qui lui a donné le nom d'École de la nuit dans une réplique du roi de Navarre dans la pièce de théâtre Peines d'amour perdues.
Louis Bayard reprend les éléments qui avaient suscité ce débat parmi les spécialistes de la littérature élisabéthaine et donné vie à cette idée d'une société secrète, réunissant des esprits éclairés de l'époque comme Henry Percy, Walter Ralegh, Christopher Marlow et, bien sûr, Thomas Hanriot. Ces grands esprits ouverts, évoluant sous le règne d'Élisabeth Ière, se réunissaient la nuit pour explorer des voies nouvelles, aborder des sujets tabous, remettre en cause des dogmes, propager, oh crime abominable !, l'athéisme.
Avec cette matière historique, le romancier développe une intrigue machiavélique, et met en scène, avec à-propos, des péripéties nourries de mystères, de codes et d'énigmes, multipliant les coups de théâtre et les rebondissements. Il introduit une chasse au trésor dans la meilleure veine du genre.
Pour servir son récit, Louis Bayard imagine une riche galerie de personnages. Il fait découvrir le milieu des bibliophiles, de ces passionnés qui traquent sans relâche des documents, des informations sur les temps plus anciens, sur leur concurrence. Il donne mille détails passionnants sur la société élisabéthaine.
Avec À l'école de la nuit, Louis Bayard confirme un talent certain pour envoûter son lecteur avec un art brillant du récit, un sens du suspense et une érudition quant aux périodes et événements qu'il met en scène.

Citation

Mon cher ami, nul besoin de prendre ces airs avec moi. Je viens de vous montrer la preuve irréfutable que l'École de la nuit a bel et bien existé.

Rédacteur: Serge Perraud dimanche 22 décembre 2013
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