Confiteor

Le rôle de gardien n'a rien à voir avec la mosquée. Je te parle de quatre siècles de traditions, du devoir sacré de notre famille - ton devoir à toi - de défendre la Preuve de Dieu. Tu deviendras gardien et Saba, prêtresse.
Jenny White - Le Reliquaire abyssin
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 21 août

Contenu

Roman - Insolite

Confiteor

Historique - Assassinat MAJ lundi 13 janvier 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 26 €

Jaume Cabré
Jo confesso - 2011
Traduit du catalan (Espagne) par Edmond Raillard
Arles : Actes Sud, septembre 2013
772 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-02226-6
Coll. "Lettres hispaniques"

Le mur d'Adria

"Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable." Ainsi débute Confiteor, un roman d'une richesse inouïe, fait de fragments de mémoire qui se perdent et qu'Adria Ardevol, le narrateur, se hâte de restituer : ses souvenirs d'enfance, ses études, le fruit de ses recherches et ce qu'il ne peut qu'imaginer.
Pour qui ? Pour ses deux fidèles jouets d'enfance, Aigle Noir l'Indien et le shérif Carson le cowboy qui n'ont eu de cesse de le rassurer et de le guider, pour Sara la femme qu'il a toujours aimée et dont il a été si longtemps éloigné, pour son ami Bernat Plensa. Pourquoi ? Pour raconter l'histoire de sa famille, de son pays, de son monde et de ce violon, le Storioni, par qui le malheur est arrivé, instrument fascinant et maudit dont il raconte le parcours à partir de la naissance de l'arbre avec le bois duquel on l'a façonné. Le violon s'empare de ses propriétaires successifs, les vampirise et finit par briser leur vie et Adria, comme les autres ne parviendra jamais à construire un mur entre l'instrument et lui. C'est également ce Storioni qui va être à l'origine du meurtre du père d'Adria, un théologien devenu antiquaire aux méthodes obscures. Un homme dont il n'a jamais réussi à percer le mystère et qui est, pour lui, presque un étranger. "Et il me vint à l'esprit que c'était bien que papa soit mort comme ça maman et moi on pouvait parler."

Confiteor c'est l'idée du monde à travers les yeux d'un enfant précoce qui apprend les langues les unes après les autres, qui transpire sur son instrument, qui s'entoure de livres et qui se noie dans les connaissances en oubliant de vivre ("à cette époque l'ablatif absolu n'avait plus de secret pour moi, mais la vie en revanche..."). L'idée du monde à travers les yeux d'un vieillard qui remonte le fil de sa mémoire qui se brise. Un livre sur la solitude ("tout à coup, j'ai vu clairement que j'avais toujours été seul, que je n'avais jamais pu compter sur mes parents ni sur un Dieu à qui confier la recherche de solutions"), sur l'amour, sur les attachements aux biens matériels, sur ce qui nous lie à nos parents et sur la folie des hommes. L'histoire de l'Europe et du Mal, l'Inquisition, le nazisme et la rédemption impossible. Une confession qui ne demande pas l'absolution parce que oui, naître dans cette famille a été l'erreur dont ne s'est jamais remis Adria et, non, on ne peut se soustraire au mal.

Et pour nous entraîner dans cette histoire incroyable, Jaume Cabré joue avec la narration, Adria est "je" et devient "il" à tour de rôle, au sein du même paragraphe, mêlant ses souvenirs à une narration extérieure sans que jamais le lecteur ne soit perdu, ni n'ait l'impression d'un artifice littéraire. Cabré jongle avec les époques et ces personnages dont aucun ne parvient à être secondaire, ayant tous une part d'Adria, que ce soit dans le Barcelone des années 1950, l'Italie du XVe siècle ou l'Allemagne des années 1940. Cabré distord le temps, explose la narration pour nous faire pénétrer de force dans un esprit en perdition qui a tant accumulé de savoir, de doutes et de solitude qu'il ne parvient plus à savoir où se trouve la vérité, ni où il se situe dans cette vérité.
Confiteor est un livre magnifique et du haut de ses huit cents pages, sept siècles vous contemplent, vous jugent et vous demandent de vous repentir. Et si c'est impossible, demandez de l'aide à vos jouets d'enfance, ils sont souvent de bons conseils.

Citation

"Je suis en train de mourir. Tu veux un thé ?"

Rédacteur: Gilles Marchand dimanche 05 janvier 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page