L'Amérique 1965-1990 chroniques

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Essai -

L'Amérique 1965-1990 chroniques

Économique - Politique - Social MAJ vendredi 24 juillet 2009

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 19 €

Joan Didion
Préface de Pierre-Yves Pétillon
Traduit du français par Pierre Demarty
Paris : Grasset, avril 2009
352 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-246-74071-1

L’Upper East Side contre N.Y.

Chroniques publiées entre 1965 et 1990, d'une lucidité et d'une acuité incroyable, et pour nous Français, la découverte de ce que fut la naissance du mouvement hippie à Frisco : des jeunes gens égarés qui ne rêvaient plus que de survivre en dehors de l'Histoire. Joan Didion raconte comme personne les States dans les années 1960, pays froid et assiégé par la misère. Le ton pessimiste, cette vision très noire de l'Amérique d'alors, rompt radicalement avec l'angélisme de la vision des sixties qui s'est développée par la suite. L'Amérique de cette époque, c'est celle des émeutes de Watts (1964), qui préfigurent à ses yeux le bourbier vietnamien. La drogue déferle, mais derrière le vocabulaire du groove, Joan Didion pointe un énorme malaise social et, au-delà, la fascination de jeunes à la dérive fantasmant une société "pure". Un romantisme dont elle observe qu'il cherche déjà à se déverser dans le goût de l'autorité.
Les hippies, au début, c'était quoi ? L'alternative désespérée d'une poignée d'enfants fugueurs pour créer une communauté où vivre au milieu du vide social américain. Des enfants qui puisaient leur vocabulaire dans les platitudes de la société.

Élue femme de l'année 1968 à L.A., Joan Didion excelle à rendre compte des grands procès qui traversent l'Amérique. Un nouveau monde se profile, dégondé, où les gens agissent selon des motivations de plus en plus étranges. C'est du Barthes, ses mythologies ! Les verrous de la société avaient alors sauté et des foules d'égarés se mettaient en quête de bons coups, tandis que les Doors hurlaient leur terrible équation amour = sexe = mort, et se faisaient les missionnaires d'une sexualité apocalyptique.
C'est une Californie de rêves brisés qu'elle décrit finalement. Celle d'un John Wayne traversant au galop nos enfances en un lieu du monde qui n'existe pas. C'est le Los Angeles black et l'atmosphère très culturelle des salles d'audience des tribunaux, où les procès pour meurtre devenaient un genre culturel. C'est l'Amérique des émigrants renonçant à leur passé, et l'épine dans le pied du Droit américain : le viol des femmes, que l'on veut placer hors de tout cadre juridique. C'est toujours, dans les années soixante-dix, l'affaire du viol de la riche joggeuse, instrumentalisé comme revanche de la classe supérieure sur les pauvres. Et c'est encore N.Y. cédant à la conjuration de gestes magiques, plutôt qu'assumant dans l'histoire ses revendications politiques. N.Y. et son goût des parades qui relèguent dans l'ombre les vraies tensions de la ville, raciales et sociales. Et surtout, ce que Joan Didion saisit avec une force inégalée, c'est cette construction d'un récit new-yorkais sentimental des rapports de classe, autorisant de rabattre la souffrance humaine sur ce que les individus endurent.

Un récit que l'on peut lire désormais d'un bout à l'autre de l'échelle sociale. Un récit construit à partir de ces histoires de crimes atroces que les médias promeuvent, façonnant cette lecture de la souffrance humaine pour lui assurer une fonction de rétribution conforme à la quête libérale de l'espace privé. Un récit où l'on sent poindre l'éthique criminelle qui caractérise N.Y., où la criminalité est devenue un objet de fierté, car symbole de l'énergie nécessaire au surgissement de la ville-monde que devenait New York.

Citation

L'absurdité qu'il y a du point de vue historique à grandir convaincu que le cœur des ténèbres ne réside pas dans une mauvaise organisation sociale mais dans le sang même des hommes.

Rédacteur: Joël Jégouzo dimanche 07 juin 2009
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