Le Chardonneret

Après un certain temps de réflexion en compagnie d'une bouteille d'anisette, j'en arrivai à la conclusion imparable qu'un gars assis tout seul dans sa cuisine devant un verre d'alcool était au fond du trou, un poivrot en fin de course.
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mardi 20 août

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Roman - Noir

Le Chardonneret

Social - Trafic - Artistique MAJ mardi 21 janvier 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Dona Tartt
The Goldfinch - 2013
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Édith Soonckindt
Paris : Plon, janvier 2014
796 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-259-22186-3
Coll. "Feux croisés"

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    Palmarès :

    Meilleur livre :
    Lauréat : Le Royaume, d'Emmanuel Carrère (P.O.L.).

    Meilleur roman étranger :
    Lauréat : Et rien d'autre, de James Salter (L'Olivier).
    Finalistes : Les Réputations, de Juan Gabriel Vásquez (Le Seuil) & Le Chardonneret, de Donna Tartt (Plon).

    Meilleur roman français :
    Lauréats : Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (Vertical) & L'Amour et les forêts, d'Éric Reinhardt (Galimard).
    Finalistes : La Petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon (Actes Sud) & En finir avec Eddy Bellegueule, d'Édouard Louis (Le Seuil).

    Révélation étrangère :
    Lauréat : Le Fils, de Philipp Meyer (Albin Michel).
    Finalistes : Entre les jours, d'Andrew Porter (L'Olivier) & Le Tabac Tresniek, de Robert Seethaler (Sabine Wespieser).

    Révélation française :
    Lauréat : Les Rands, de Sylvain Prudhomme (Gallimard).
    Finalistes : Si le froid est rude, d'Olivier Benyahya & La Condition pavillonnaire, de Sophie Divry (Noir sur Blancc/Notabilia).

    Premier roman français :
    Lauréat : Debout-payé, de Gauz (Le Nouvel Attila).
    Finalistes : Dans le jardin de l'ogre, de Leïla Slimani (Gallimard) et Tram 83, de Fiston Mwanza Mujila (Métailié).

    Premier roman étranger :
    Lauréat : Notre quelque part, de Nii Ayikwei Parkes (Zulma).
    Finalistes : Le Ravissement des innocents, de Taiye Selasi (Gallimard) & Le Complexe d'Éden Bellwether, de Benjamin Wood (Zulma).

    Récit :
    Lauréat : Tristesse de la terre, d'Éric Vuillard (Actes Sud).
    Finalistes : Le Météorologue, d'Olivier Rolin (Le Seuil) & Amour de pierre, de Grazyna Jagielska (Les Équateurs).

    Polar :
    Lauréat : Après la guerre, de Hervé Le Corre (Rivages).
    Finalistes : Ombres et Soleil, de Dominique Sylvain (Viviane Hamy) & Un vent de cendres, de Sandrine Collette (Denoël).

    Roman noir :
    Lauréat : Une terre d'ombre, de Ron Rash (Le Seuil).
    Finalistes : 911, de Shannon Burke (Sonatine) & Ne reste que la violence, de Malcolm Mackay (Liana Levi).

    Enquête :
    Lauréat : Extra pure : voyage dans l'économie de la cocaïne, de Roberto Saviano (Gallimard).
    Finalistes : Smart : enquête sur les Internets, de Frédéric Martel (Stock) & Une si jolie petite fille, de Gitta Sereny (Plein Jour).

    Biographie :
    Lauréat : Fouché : les silences de la pieuvre, d'Émmanuel de Waresquiel (Tallandier/Fayard).
    Finalistes : Jules Ferry, de Mona Ozouf (Gallimard) & Notre Chanel, de Jean Lebrun (Bleu autour).

    Histoire :
    Lauréat : Le Feu aux poudres : qui a déclenché la guerre en 1914 ?, de Gerd Krumeich (Belin).
    Finalistes : La Chute de Rome, de Bryan Ward-Perkins (Alma) & Dictionnaire amoureux de la Résistance, de Gilles Perrault (Plon/Fayard).

    Autobiographie :
    Lauréat : Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas, de Paul Veyne (Albin Michel).
    Finalistes : Un homme amoureux, de Karl Ove Knausgaard (Denoël) & Les Feux de Saint-Elme, de Daniel Cordier (Gallimard).

    Sciences :
    Lauréat : Le Code de la conscience, de Stanislas Dehaene (Odile Jacob).
    Finalistes : Plaidoyer pour la forêt tropicale, de Francis Hallé (Actes Sud) & Pasteur et Koch, de Annick Perrot & Maxime Schwartz (Odile Jacob).

    Voyage :
    Lauréat : Les Oies des neiges, de William Fiennes (Hoëbeke).
    Finalistes : Pô, le roman d'un fleuve, de Paolo Rumiz (Hoëbeke) & L'Oural en plein cœur, d'Astrid Wendlandt (Albin Michel).

    Bande dessinée :
    Lauréat : La Technique du périnée, de Ruppert & Mulot (Dupuis/Aire Libre).
    Finalistes : L'Arabe du futur, de Riad Sattouf (Allary Editions) & Moi, assassin, d'Antonio Altarriba & Keko (Denoël Graphic).

    Jeunesse :
    Lauréat : Adam et Thomas, d'Aharon Appelfeld (L'École des loisirs).
    Finalistes : Humains, de Matt Haig (Hélium) & Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse).

    Livre audio :
    Lauréat : Éloge de l'ombre, de Junichirô Tanizaki, lu par Angelin Preljocaj (Naïve).
    Finalistes : L'IInsoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera, lu par Raphaël Enthoven (Gallimard) & Une femme aimée, d'Andreï Makine, lu par Bertrand Suarez-Pazos (Thélème).
    Liens : Moi, assassin |Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody |Après la guerre |Un vent de cendres |Une terre d'ombre |911 |Une si jolie petite fille : les crimes de Mary Bell |Maylis de Kerangal |Hervé Le Corre |Dominique Sylvain |Ron Rash |Lire

  • 21/11 Prix littéraire: Les 25 livres de l'année 2014 du Point
  • 16/04 Prix littéraire: Le Prix Pulitzer Fiction 2014 pour Le Chardonneret

Trompe-l'œil foisonnant

L'œuvre de Donna Tartt est singulière, et Le Chardonneret n'échappe pas à cette singularité. C'est un grand récit littéraire qui pourrait être un grand roman noir mais en creux. De fait, les nombreux éléments du polar se retrouvent dans le récit : des drogues diverses et variées, des pères violents et alcooliques, des terroristes, des collecteurs de dettes avec battes de base-ball, des œuvres d'art volées qui servent de caution lors d'échanges ente trafiquants, des escrocs faussaires qui fabriquent de fausses antiquités, une virée entre New York et Amsterdam avec passage par Las Vegas, trois lieux emblématiques de trafics possibles, des gangsters russes et ukrainiens, quelques maîtres chanteurs et des policiers pour compléter le tableau.
Pourtant, le récit n'est pas traité nerveusement, à la Quentin Tarantino (sauf peut-être dans une scène entre voleurs essayant de se doubler les uns les autres), ni à la James Ellroy. Les drogues sont vues principalement sous l'angle d'adolescents ou de cadres d'entreprise consommateurs, le tableau volé (le Chardonneret du titre) est constamment changé de cachette sans que personne ne le voit, et le faussaire essaye de racheter sa production. Constamment servie par des emprunts à la littérature classique (les grands auteurs russes ou anglais, voire notre Marcel Proust national ou Albert Camus quand il écrit La Chute), Donna Tartt déploie un style inspiré des grands textes de Henry James, décrivant surtout le milieu de la grande aristocratie new-yorkaise côtoyant les artistes (la mère même du narrateur, complètement fauchée mais vivant d'eau fraîche et de l'art qu'elle respire) ou les artisans du beau - un vieil homme qui remet en état d'anciens meubles américains. L'évocation de Las Vegas est surtout l'occasion de présenter les grands espaces américains, à la Dennis Hopper, mais déformés là aussi car le narrateur va passer son temps dans une maison, à tester ses talents de toxicomane. De même, féru d'art, il se retrouvera à Amsterdam pour rester cloîtré dans sa chambre d'hôtel.
Récit initiatique, Le Chardonneret s'ouvre avec la rencontre entre deux adolescents dans un musée au moment où des terroristes font justement exploser les salles. Donna Tartt nous fait suivre le jeune garçon qui vient de perdre sa mère et la façon dont il ne reviendra pas à la vie normale, essayant de vivre, de manière plus que chaotique, juste sauvé par ce tableau qu'il a volé dans le musée en ruines et qu'il conserve caché, comme si l'art pouvait être une consolation. Les personnages qui vont graviter autour de lui sont tous, plus ou moins, des handicapés de la vie, cherchant dans l'art ou dans l'amour des réponses qui n'existent peut-être pas. Le roman fonctionne ainsi, en demi-teintes, en clair-obscur, avec des personnes troublées qui vivent cachées au milieu des teintures de leur appartement silencieux, réfugiés derrière des bureaux où il ne se passe rien ou à l'inverse emmurés dans des séries d'actions dont on en perçoit pas le but, pris dans des conventions sociales dont plus personne ne connaît le sens (au début du roman, des passages sur la façon dont les adultes essaient de remonter le moral du narrateur qui vient de perdre sa mère ou les fiançailles - à la Visconti du Guépard - haut lieu d'hypocrisie où même les fiancés savent qu'ils se marient juste par souci de convenances).
Malgré sa pagination qui peut faire peur, le texte de Donna Tartt se lit avec facilité. Il faut donc imaginer Le Chardonneret comme le roman que pourrait écrire Henry James ou Marcel Proust aujourd'hui, comme un tableau de Rembrandt qui, à la place des buveurs de taverne peindrait des junkies. Il laisse ancré en nous des images et des scènes comme les peintures qui y sont évoquées.


On en parle : Lire n°434

Citation

Il y avait quelque chose de festif et de joyeux dans notre duo qui grimpait les marches à toute allure sous le parapluie léger aux rayures multicolores, vite vite vite, on aurait dit que nous échappions ainsi à un événement terrible, alors qu'en fait nous courions droit dedans.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 12 novembre 2014
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