Le Duel

Je n'avais pas réussi à dormir cette nuit-là, à cause de tout ce qui s'agitait dans ma tête. Je m'étais enfilé plusieurs bières et du sirop pour la toux, j'avais lu pendant des heures, mais sous mon crâne le boucan ne s'était pas calmé pour autant.
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Roman - Policier

Le Duel

Historique - Géopolitique - Artistique MAJ vendredi 07 février 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Arnaldur Indridason
Einvigid - 2011
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Paris : Métailié, février 2014
308 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-86424-945-0
Coll. "Noir - Bibliothèque nordique"

Préhistoire personnelle et guerre froide collective

À l'instar de Henning Mankell dans La Faille souterraine, Indridason a jugé bon de remonter dans l'histoire personnelle de son enquêteur, Erlendur, en mettant en scène celle qui sera sa mentore (?) : Marion Briem, une Dano-Islandaise qui fut tuberculeuse dans sa jeunesse. Nous sommes dans les années 1970, plus précisément au cours de l'été 1972, époque où se déroule à Reykjavík le fameux match au sommet dans le domaine des échecs, entre l'Américain Bobby Fischer et le Soviétique Boris Spassky – c'est l'un des sens du titre du livre. Alors que le monde entier a le regard tourné vers l'Islande, en particulier du fait des caprices de star de l'Américain, un adolescent, Ragnar Einarsson, est retrouvé tué d'un coup de couteau dans un cinéma de la ville. Cinéphile plus que passionné, ce jeune homme un peu étrange (il a été victime d'un grave traumatisme dans sa jeunesse) a pris pour habitude d'enregistrer le son et les dialogues de tous les films qu'il voit sur un magnétophone à cassettes. Personne dans la salle n'a remarqué quoi que ce soit et son cartable ainsi que le magnétophone ont disparu. Une ancienne cassette retrouvée chez lui atteste cependant d'une altercation intervenue lors d'une séance précédente avec un autre spectateur lui reprochant que ce qu'il fait là est illégal. À part cela, on retrouve un paquet de cigarettes soviétiques vide près du cinéma et le cartable de l'enfant (sans aucune empreinte digitale) dans la voiture d'un alcoolique qui ignore comment il est arrivé là – peut-être a-t-il été déposé à son insu. Mais aucun autre indice valable. L'enquête fait seulement apparaître la présence dans le cinéma d'un citoyen américain, d'un Islandais procommuniste et d'un couple adultère. Le tout sur le fond tendu d'une partie d'échecs qui tourne à l'affrontement entre les deux superpuissances, puisque nous sommes en pleine guerre froide et que Fischer a recours à tous les subterfuges pour tenter de déstabiliser un adversaire qui reste d'un calme olympien. Le reste du livre fait plus penser à un roman d'espionnage qu'à un policier classique. Il fait en effet intervenir Britanniques, Soviétiques et Américains autour d'une histoire de transfuge, sur fond de guerre de la morue, de base américaine de Keflavik, etc. L'Islande peut se prendre pour le centre du monde. La justice ne trouve pas tout à fait son compte, à la fin des fins, mais c'est rarement le cas lorsque quelqu'un est pris "à l'insu de son plein gré" dans une affaire qui lui est totalement étrangère et qui le dépasse de mille coudées. Parallèlement, le livre s'attache à la jeunesse de Marion, marquée par la tuberculose. Même si cela fait un peu l'effet d'un corps étranger dans le livre, il est intéressant de voir rappeler quel fléau cette maladie constituait il n'y a pas si longtemps encore (moins d'un demi-siècle) et les souffrances qu'elle entraînait, en particulier chez les jeunes enfants.
Au total, Indridason sacrifie passablement à l'attente d'un public international, en revenant ainsi sur le passé d'Erlendur (qui ne fait son entrée dans le livre qu'à la dernière ligne !) – peut-être par jalousie de métier envers son rival suédois, mais il a sans doute négligé le fait que celui-ci s'est cassé les dents quand il a voulu faire passer le témoin de Wallander à sa fille – et en donnant un tour homosexuel aux relations entre Marion et son amie à éclipse, Katrin. Cela se lit avec intérêt, même si on se perd un peu dans toute cette histoire bien compliquée, car l'auteur a du métier. Il l'avait déjà galvaudé quelque peu dans Bettý, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude. Or, il est capable de bien mieux que ce qu'il a fait là ; que dis-je : il nous doit bien mieux que cela dans son prochain roman.

Citation

Les grands journaux titraient sans ambiguïté : LA GUERRE FROIDE SE JOUE À REYKJAVIK.

Rédacteur: Philippe Bouquet vendredi 07 février 2014
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