Les Grandes affaires criminelles de Lot-et-Garonne

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Essai - Policier

Les Grandes affaires criminelles de Lot-et-Garonne

Braquage/Cambriolage - Assassinat - Faits divers MAJ lundi 17 mars 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 26 €

Patrick Caujolle
Riom : De Borée, février 2014
392 p. ; illustrations en noir & blanc ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-8129-0696-1
Coll. "Histoire et documents"

Pruneaux d'Agen

"Agenais de naissance et fonctionnaire de police, il avait le profil idéal pour redonner vie aux affaires criminelles lot-et-garonnaises", conclut l'éditeur en quatrième de couverture. Patrick Caujolle, poète, n'en est pas à son coup d'essai. Il est l'auteur de quatre tomes de "Mystères..." autre série "départementale" des éditions De Borée regroupant des faits divers plus généraux. Il reprend ici une histoire dévoilée dans son titre Ennemis Publics n°1 (Papillon rouge), celle de l'incroyable escroc Alexandre Ludinghausen qui, le 17 janvier 1949, dérobe l'autoportrait de Goya, chef d'œuvre du musée d'Agen, avec l'aide de sa vieille mère qui l'aide depuis longtemps dans son périple européen. L'auteur nous conte l'historique et les magouilles géniales et ces escrocs de haut vol recherchés par Interpol et qui se feront arrêter, avec le Goya, dans un train suisse, trahis par le ouistiti que la vieille maman a pour animal de compagnie. Voilà un scénario tout bouclé pour Hollywood ! Si cela se fait, pour avoir (re)découvert cette affaire inconnue, Patrick Caujolle aura droit à un pourcentage.
Les quarante-huit affaires de ce recueil sont datées de 1780 à 2007. Elles concernent principalement des affaires de meurtres par intérêt. Le scénario est immuable : un matin, un voisin (ou une voisine) est étonné de voir les volets clos d'une ferme proche alors que la journée de travail a bien débuté. Il découvre une porte, une fenêtre ouverte, ou le cadavre du propriétaire dans la cour ou à l'entrée de l'étable. Ni une, ni deux, il court prévenir le maire. C'est le moment de la découverte officielle. Les victimes sont des veuves ou de vieux couples massacrés à coups de matraque, de couteau, de fourche, de serpe, étranglés, parfois éventrés, brûlés. Les lieux ont été fouillés sans méthode. Souvent le "trésor" des vieux n'a pas été découvert, et souvent aussi c'est bien peu qui a été volé. Là-dessus, les enquêteurs interrogent le voisinage et en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, on met un nom sur le principal suspect : un journalier, un voisin taiseux, un gars qui a mal tourné parfois de la famille des victimes. En moins de trois, on l'arrête. Il a dépensé une somme importante en boisson, ses vêtements sont pleins de sang, des objets volés sont retrouvés dans sa poche ou dans sa masure, il avoue. En moins de quatre, on le juge, on le décapite ou on l'envoie au bagne.
Dans son excellent avant-propos, Patrick Caujolle annonce : "Ici, soyez en certains, nulle affabulation, nulle romance, nulle liberté avec les faits. Ici, tout est vrai, tout est Histoire." Ce sont donc des histoires brèves, montées de la même manière, avec d'efficaces raccourcis dialogués pour enchaîner les dépositions des témoins. On retient diverses affaires : celle de Donatien Miquel, dix-sept ans en 1835, empoisonnant son père qui refuse le consentement à son mariage. L'incroyable, c'est que le père, médecin, se rend compte de la manœuvre. Il dit à sa servante après lui avoir demandé de jeter le fond de sa cafetière sur les cendres :
"- Quelle odeur cela exhale-t-il ?
- L'odeur de l'ail.
- Alors, c'est que je ne me suis pas trompé. C'est bien de l'arsenic. Mon fils m'en a donné une troisième dose alors que je m'étais absenté."
Donatien monte sur l'échafaud, la tête couverte du voile noir des parricides mais il n'a pas le poignet tranché, la mesure ayant été abolie trois ans plus tôt. Autre faits divers étonnants, les débauches lesbiennes de deux bonnes sœurs en 1899 avec leurs jeunes élèves, et surtout la tuerie de Moirax en février 1932. Alors que le père dort dans un village voisin où il répare la voiture de son cousin boulanger, toute sa famille se fait assassiner : mère, oncle, grand-mère, épouse, fille de huit ans et fils de trois mois sont massacrés à coups de hache, hachette, couteau et coups de fusil. Quand le père rentre à vélo de son travail (soixante kilomètres quand même), le maire et le procureur sont étonnés de son manque de réaction à l'annonce de l'effroyable nouvelle. Malgré l'alibi que l'homme s'est forgé (il est revenu dans la nuit à vélo et est reparti aussi vite !), il avoue très rapidement. En novembre 1933, Pierre Delafet arborant lui aussi le voile noir des parricides, est exécuté par Deibler.
En conclusion, on retiendra la rigueur de l'auteur et ses récits compétents qui recoupent l'histoire de la justice dont la guillotine est le pivot central. En insérant aussi le récit de la mystérieuse disparition de Marion Wagon, dix ans, le 14 novembre 1996 lors de son retour à la maison le midi après une matinée à l'école, il nous fait toucher du doigt les limites d'une enquête. Entre la vision d'une institutrice à 12 h 11 ou 12 et la non vison d'un gardien qui fait traverser les enfants et termine son service à 12 h 16, Marion a disparu ! Et personne n'a jamais pu savoir, malgré des années d'enquête, ce qui est arrivé pendant ce laps de temps de quatre minutes.

Citation

Là-haut, en levant les yeux, il aperçoit une ferme : Védrines. Toute une vie résumée en quelques centaines de mètres. Là-haut, il voulait épouser une veuve. En bas, c'est la Veuve qui maintenant l'épouse.

Rédacteur: Michel Amelin mardi 11 mars 2014
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