Romans de la nuit

Mais, sur le vif, on pense que c'est simplement la routine, la vie, quoi, on pense que c'est une journée banale, normale. On ne reconnait les hauts qu'une fois qu'on a connu les bas.
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mardi 07 avril

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Roman - Noir

Romans de la nuit

Psychologique - Social MAJ vendredi 21 mars 2014

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 26 €

Frédéric Dard
Jacques Baudou (notes)
Dominique Jeannerod (présentations & notes)
Paris : Omnibus, février 2014
928 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-258-10792-2

Influence du roman noir américain

Frédéric Dard entrera-t-il un jour dans la prestigieuse collection de la Pléiade ? Rien n'est moins sûr. N'est pas Philippe Jaccottet qui veut, et le romancier français le plus lu de la seconde moitié du XXe siècle risque fort de payer encore longtemps l'étiquette d'amuseur grivois et de saltimbanque paillard qui lui colle encore à la peau, près de quinze ans après sa mort.
Pour autant, nombreuses sont les initiatives qui visent à prouver que l'œuvre de Frédéric Dard/San-Antonio est et restera comme l'une des plus importantes du siècle. Que la profusion de sa production, son attirance/répulsion pour un genre qu'il a revisité et la polyphonie de son style en font un écrivain majeur dont la place et l'influence restent encore à définir, en même temps qu'elles brouillent les pistes et tendent à atténuer la légitimité qui, pourtant, est la sienne.
Parmi les publications visant à consacrer le natif de Jallieu, citons, depuis quatre ans, les rééditions de douze tomes (série en cours) des aventures du commissaire San-Antonio dans la collection "Bouquins" de Robert Laffont, et ce premier volume (qu'on n'espère pas unique) des Romans de la nuit aux éditions Omnibus.
Ces sept romans, publiés entre 1956 et 1966, sont Cette mort dont tu parlais, C'est toi le venin, Des yeux pour pleurer, Le Monte-charge, L'Homme de l'avenue, La Pelouse et Une seconde toute beauté.
Pourquoi ces sept titres-là, parmi une production plus importante ? Explications dans la très instructive préface signée Dominique Jeannerod, membre des Amis de San-Antonio et professeur de littérature à l'université de Belfast.
Tout amateur de San-Antonio connaît, au moins de nom, l'autre versant de l'œuvre de Frédéric Dard. Pas les écrits "mineurs" et alimentaires publiés sous d'éphémères pseudonymes, mais bien les romans "noirs" publiés sous son véritable nom pendant une grosse décennie dans la collection "Spéciale-Police" des éditions Fleuve Noir.
Si les lecteurs ont tendance à trop hâtivement opposer la truculence de San-Antonio à la noirceur de Frédéric Dard, c'est oublier que le premier San-A, né en 1949, a été construit dans l'esprit des romans noirs américains, avec un personnage principal calque parfait du flic hard boiled yankee (et que les San-Antonio les plus marquants parmi les quelque 175 titres de la saga, sont peut-être ceux qui contiennent les passages les plus sombres et les plus noirs de la série... NDLR).
Et comme l'indique Dominique Jeannerod en préambule, avec une grande justesse, ce sont certainement ces romans noirs, si éloignés en apparence des San-Antonio, qui contribuent à la pérennité de ces derniers, en établissant des passerelles entre les deux productions et en multipliant les degrés de lecture.
Les sept romans choisis par Omnibus sont donc des romans "noirs", en ce sens qu'ils revendiquent une influence du roman noir américain. Les thèmes récurrents en sont bien sûr l'angoisse et la solitude. Tous ces personnages, inconnus, anonymes et frustrés subissent la fatalité du destin, l'absurdité des hasards funestes de la vie à laquelle ils se résignent après une brève lutte perdue d'avance.
Leur déchéance progressive est racontée dans un style épuré et sobre, qui contribue à l'unité de ces Romans de la nuit, et dont Dominique Jeannerod nous explique qu'il est certainement le fruit de l'expérience cinématographique intense qu'a vécue Frédéric Dard. Scénarios et adaptations pour l'écran furent en effet une école qui lui a permis d'aller à l'essentiel, avec une économie dans l'écriture et un agencement narratif et scénaristique redoutable d'efficacité dans l'effet recherché.
Romans courts, coups de poing, sans concession, avec une noirceur psychologique d'autant plus dérangeante qu'elle accable des personnages sans envergure – auxquels on s'identifie donc facilement – dans une mécanique implacable et meurtrière.
À noter que chacun de ces sept romans fait l'objet d'une notice qui lui est propre (toujours signée Dominique Jeannerod), et que le recueil propose également un dossier filmographie établi par Jacques Baudou.

NdR - L'anthologie comporte les romans Cette mort dont tu parlais, C'est toi le venin, Des yeux pour pleurer, Le Monte-charge, L'Homme de l'avenue, La Pelouse & Une seconde toute beauté.

Citation

L'homme seul dardien rappelle l'homme nu de Simenon. Ce sont des hommes cernés dans leurs derniers retranchements et qui, au moment du jugement, ou lorsqu'ils sont arrivés au bout de leurs contradictions, se résignent à être anéantis, presque avec soulagement.

Rédacteur: Maxime Gillio jeudi 20 mars 2014
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