La Fille derrière le rideau de douche

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jeudi 13 août

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Essai - Noir

La Fille derrière le rideau de douche

Tueur en série - Enquête littéraire - Artistique MAJ lundi 07 avril 2014

Note accordée au livre: 1 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,5 €

Robert Graysmith
The Girl in Alfred Hitchcock's Shower : A Murder That Became A Real-Life Mystery, A Mystery That Became An Obsession - 2010
Alfred Hitchcock (sujet d'ouvrage)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuel Scavée
Paris : Denoël, février 2014
374 p. ; illustrations en noir & blanc ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-207-11657-9
Coll. "Impacts"

La doublure de la doublure du mannequi de Mme Bates

Autant le dire tout de suite : ce livre est une arnaque ! La quatrième de couverture claironne : "En 1988, Marli Renfro, la femme qui avait servi de doublure à Janet Leigh pour la célèbre scène de la douche du film Psychose d'Alfred Hitchcock, est brutalement assassinée." On sait que le marketing oblige à certains titres racoleurs mais là, on dépasse les bornes. Désolé, il faut dévoiler le subterfuge pour rediriger les lecteurs vers un autre objectif que celui de savoir qui a tué Marli Renfro. Car c'est une entourloupe digne d'un mauvais journaliste de tabloïd. D'ailleurs, un rapide examen de la bibliographie finale p. 373, chapitre "Sites Web, interviews et autres sources" révèle déjà le pot aux roses. Est listée : "Renfro, Marli, entretiens personnels de février 2008 à août 2009" ainsi que leurs dates précises. Preuve s'il en est qu'elle n'a pas été assassinée en 1988 !
Si le lecteur n'a pas pris la peine de consulter cette mention, il part avec un sérieux handicap car il faut attendre la toute fin du livre pour avoir l'explication rapide de ce grossier subterfuge mis en avant par un choix d'articles de presse trompés par le qualificatif de doublure. La victime n'était pas la doublure nue Marli Renfro mais la doublure lumière Myra Davis !
Si le lecteur se doute que Marli est toujours vivante, il part l'œil aux aguets, méfiant, déjà trompé, et agacé par toute cette artillerie lourde destinée à appâter le lecteur et indigne de Robert Graysmith célèbre "non fiction crime writer" pour son impressionnante enquête sur les crimes du Zodiac. Hélas, tout le monde a déjà vu ces documentaires américains avec une bonne vingtaine de locuteurs dont on hache les propos à chaque phrase avant de les dispatcher régulièrement au milieu des archives. Eh bien, ce livre est bâti selon le même principe mais en pire ! C'est un fleuve de détails oiseux, assommants où un mot sur trois est un nom propre et qui se perd dans un delta anarchique. Pourtant, à l'origine, ce n'est pas une mauvaise idée de suivre le parcours d'une pin-up des premiers numéros de Playboy. Cette revue contribua à une nouvelle ère de libéralisation sexuelle en jouant sur les vides de la censure. Il se trouve que cette pin-up a doublé Janet Leigh dans la scène de la douche de Psychose et que, suite à un raté de communication de presse, on a cru qu'elle avait été assassinée près de trente ans plus tard. Parfait ! Mais pourquoi tout bâtir sur cette anecdote finale et, du coup, sacrifier le reste ? Essayons quand même de dégager quelques thèmes qui intéresseront les amateurs.
Les fans d'Hitchcock et de Psychose en particulier peuvent être séduits par le premier tiers du livre qui relate les détails de la production, du tournage et de la réception du public. Polarisation (qui finit par donner mal à la tête) sur la scène de la douche avec Janet Leigh, sa doublure nue, son obscure doublure-lumière, la doublure de Perkins, la doublure de sa mère, la doublure de la doublure de sa mère etc.
Les fans de serial killers seront déçus. À partir de Psychose, Norman Bates, l'écrivain Robert Bloch, le véritable serial killer Ed Gein et le (faux tragique) destin de Marli, l'auteur tente avec une maladresse incroyable d'y accrocher l'histoire d'un certain Sonny qui tua trois femmes âgées et qui vivait avec sa maman dans les environs du studio. Un "étrangleur à la balle" vient jouer aussi les figurants.
Par contre, les fans d'Hugh Hefner qui a créé Playboy, et ceux de Russ Meyer, seront comblés grâce au parcours de Marli, modèle nudiste à gros seins et toutes ses copines affichant leur 100 bonnet D. Magazines, clubs, casinos, mafia, tout est abordé mais avec retenue. Il n'est nulle part fait mention de partouse, débauche, prostitution, alcool ou drogue. Marli et ses amies semblent des filles toutes simples et comme il faut à l'exemple du fameux slogan "the girl next-door" de Hefner. En filigrane, Robert Graysmith confie que Marli Renfro, dont une photo de Playboy décorait sa cabane quand il était adolescent, déclencha sa carrière de dessinateur. Quarante ans et bien des fantasmes plus tard, il met la main sur elle (en vrai) grâce à eBay ! C'est la meilleure histoire. Quel gâchis ! Rien qu'avec ça, Marc Levy aurait écrit un best seller...

Citation

Je suis encore en pleine croissance. ("La Poitrine" alias June Wilkinson, cent neuf, bonnets D.)

Rédacteur: Michel Amelin vendredi 04 avril 2014
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