Les Proies

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lundi 18 décembre

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Roman - Western

Les Proies

Psychologique - Huis-clos - Guerre MAJ mardi 29 avril 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 10,65 €

Thomas Cullinan
The Beguiled - 1966
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Morgane Saysana
Paris : Rivages, avril 2014
678 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2709-6
Coll. "Noir", 948

Guerre en huis-clos

Proposé l'année dernière en grand format au Passage du Nord-Ouest, Les Proies, de l'Américain Thomas Cullinan, est une vaste fresque dramatique et psychologique qui se déroule en huis-clos pervers dans une école qui tient lieu de pensionnat de jeunes filles, quelque part dans un État du Sud en pleine guerre de Sécession, au milieu de combats âpres. Dans ce monde féminin, le caporal Yankee Johnny McBurney va jouer les trouble-fête. Recueilli alors que gravement blessé à une jambe, ce jeune soldat de vingt et un an se retrouve à manipuler les unes et les autres alors en quête de sentiments. Mais l'exacerbation n'est pas loin et à mesure que les personnalités se découvrent, que les sentiments s'exacerbent, qu'une lutte féminine s'engage pour conquérir le cœur du jeune soldat, les secrets se dévoilent. Handicapé par sa blessure qui tarde à guérir, le caporal est dans une pièce du rez de chaussée où défilent les unes après les autres les élèves, mais aussi les deux sœurs qui tiennent l'école ainsi qu'une esclave noire. Chacune y va de son laïus devant cet homme endormi, et se confie à lui avec une confiance accrue par le fait qu'il n'entend pas ce qui se dit. Seulement voilà : est-on bien sûr que le caporal n'entend rien, et qu'il dort d'un sommeil maladif ?

L'école se transforme en huis-clos, lui est enfermé dans une pièce qui ne cesse de s'ouvrir mais aux fenêtres calfeutrées par des planches clouées de travers. Il est sous la menace omniprésente d'être dénoncé aux Sudistes qui trainent encore dans la région. Mais peu à peu il se joue des unes et des autres. Il embrasse et enlace à tour de bras, il jure fidélité à toutes celles qui passent à sa portée, il s'amuse et amuse. Mais le jeu est dangereux et des jalousies ne tardent pas à apparaître. Certaines se révèlent plus garces qu'elles ne sont. Une nuit le drame éclate, et le caporal, pris en flagrant délit dans le lit d'une élève, cherchant à s'expliquer auprès d'une autre, est violemment repoussé du haut des escaliers. L'amputation pour éviter la gangrène se précise, mais est-elle réellement nécessaire ? Les motivations de l'une des sœurs qui l'opère ne sont pas claires. À son réveil, le caporal Johnny McBurney a perdu toute insouciance, violent il commence un règne de terreur sur cette micro-société féminine dont il continue de manipuler certains éléments. Mais comme tous les règnes de violence, celui-ci aura une fin proclamée à base de champignons ce coup-ci par une gente féminine acculée.

Roman en deux parties, qui prend réellement le temps de dépeindre une atmosphère d'abord enchanteresse avec des teintes gothiques et bucoliques, Les Proies verse alors dans le drame psychologique en soulevant son lot de questions sociales. C'est avant tout une critique de la société américaine, de la rupture d'un pays qui baigne dans le racisme. Une loupe posée sur une micro-société où les différents non-dits rivalisent. Car les crimes en son intérieur et les péchés foisonnent. Il y a bien ce racisme évident entre les blancs et les gens de couleur, mais il y a aussi celui sur les sangs mêlés. Il y a ces relations incestueuses et forcées entre une sœur et un frère (dans un sens auquel on n'est pas habitués). Et surtout il y a tous ces faux semblants d'une bourgeoisie d'apparence qui survit dans un lieu de débauche et de rapine. La montée progressive vers une violence inévitable seule échappatoire à une situation devenue absurde et étouffante confère à ce roman une stature dramatique, et explique à elle seule cette place qu'il prend dans la collection "Rivages-Noir". C'est bien cette escalade psychologique qui a plu à Don Siegel, et lui a permis de diriger Clint Eastwood dans un rôle impressionnant quoique réduit à une portion congrue. Quoiqu'il en soit, voici un roman d'atmosphère qui ne laissera pas le lecteur insensible. Un de ceux qui prennent le temps de nous installer dans une saga qui hésite entre romantisme et cruauté.

Citation

Je vous serais reconnaissante de bien vouloir garder vos réflexions pour vous, Miss Emily. Je ne suis pas en train de défendre les Yankees. Sur le plan individuel, ils sont aussi rosses que n'importe lequel de nos hommes, et sur le plan collectif, ils sont censés être nos ennemis, cela va de soi.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 29 avril 2014
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