Vodka, pirojki et caviar

Il avait encore tué la mauvais personne ! Encore un mort pour rien. Il le voulait ce tableau, maintenant, il le voulait plus que tout, il était prêt à mourir pour l'avoir. Il avait l'impression que le récupérer effacerait toutes les erreurs de ces dernières semaines, toutes ces morts contre-productives, et qu'il pourrait enfin rentrer chez lui.
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lundi 17 juin

Contenu

Roman - Policier

Vodka, pirojki et caviar

Social - Huis-clos - Assassinat MAJ mercredi 21 mai 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Monica Kristensen
Den døde i Barentsburg - 2011
Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon
Montfort-en-Chalosse : Gaïa, mai 2014
304 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-84720-427-8
Coll. "Polar"

Salade russe à la sauce norvégienne

Pour son troisième polar sur le Svalbard, Monica Kristensen a choisi la localité de Barentsburg, cité minière russe sise en terre norvégienne en vertu du traité de Paris de 1920 sur l'archipel, désormais à moitié délaissée (car ne présentant plus le même intérêt stratégique qu'au temps "béni" de la guerre froide), mais au centre d'un trafic basé sur le dépassement des quotas de pêche, et lugubre à souhait. Le policier Knut Fjeld est appelé d'urgence pour constater le décès d'Ivan Sergueïevitch Makanine, de la société Trust Arktikougol, tombé (accidentellement ?) dans le malaxeur de la centrale à béton. Or, il était engagé syndicalement et les mineurs sont en grève, justement, pour protester contre les conditions de sécurité sur leur lieu de travail. En effet, les accidents sont nombreux dans ce paradis du capitalisme sauvage – l'action se déroule en 1998 –, même si la direction et la bureaucratie restent soviétiques par leur incurie, ce qui fait de l'emploi en ces lieux une vraie "double peine". La victime avait aussi un passé quelque peu agité sur le plan personnel, et ses blessures ne cadrent pas avec la thèse d'un décès accidentel ou d'un suicide. Knut se voit donc dans l'impossibilité de délivrer le permis d'inhumer qu'on attend de lui. Et, comme il dépend de la mise à sa disposition d'un hélicoptère et de conditions météo favorables pour retourner à Longyearbyen, il se retrouve plus ou moins prisonnier de Barentsburg avec pour seul lien un portable presque déchargé, sort qui est loin d'être digne d'envie. Mais ne pourrait-il pas en profiter pour suivre de plus près les activités des bateaux de pêche dans le port ? Le voilà mué en espion. Sa curiosité lui vaut hélas un bain forcé, et bien glacé, dont il ne réchappe que grâce à l'intervention de deux femmes, et le milieu dans son ensemble est peu enclin à coopérer à son enquête. Ajoutons une expédition scientifique russe, une seconde chute – fatale, celle-là – dans l'eau, un interprète du genre "collant", un détective inquiétant, des mineurs venus du Donbass (les Français devraient maintenant savoir que cela existe et où cela se trouve) et un massacre dans le passé quelque part en Ukraine, et toutes les données du drame seront en place. Elles sont d'ailleurs un peu trop nombreuses pour que le lecteur puisse les garder toutes en tête. C'est le point faible des intrigues policières (trop) bien ficelées, et les cadavres ont tendance à s'entasser, le Far-North à ressembler au Far-West et le lecteur à perdre le fil devant le rythme frénétique des événements, ce qui n'empêche pas le dénouement d'être assez prévisible. L'étude de milieu est ce qu'il y a de plus convaincant dans ce roman un peu décevant par rapport aux précédents de l'auteur, mais cette originalité va s'atténuer au fil des volumes : on s'habitue à tout, même aux archipels arctiques les plus exotiques. Monica Kristensen aurait sans doute intérêt, à l'avenir, à trouver des ressorts dramatiques jouant moins sur cet aspect des choses.

Citation

Les deux choses à éviter dans l'Arctique, pensa-t-il. Le vent et l'angoisse.

Rédacteur: Philippe Bouquet jeudi 15 mai 2014
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