Une putain de catastrophe

Son cœur semblait battre un peu plus fort. Il s'efforçait à présent de se glisser dans cette mer calme, proche du néant, où le point situé au bout de son doigt prenait le relais, tel un pilote automatique, déchiffrant le jeu du réticule, s'adaptant à son rythme, prévoyant sa direction.
Stephen Hunter - Shooter
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 21 août

Contenu

Roman - Insolite

Une putain de catastrophe

Social - Enquête littéraire MAJ mercredi 28 mai 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

David Carkeet
The Full Catastrophe - 1990
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie Chabin
Toulouse : Monsieur Toussaint Louverture, mai 2014
416 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-90724-11-2

You talking to me ?

Dans Le Linguiste était presque parfait, nous avions quitté Jeremy Cook alors qu'il était chercheur en linguistique à l'Institut Wabash, centre spécialisé dans le langage des nourrissons. Nous le retrouvons au chômage quelques années plus tard dans Une putain de catastrophe. Entre les deux, pas mal de femmes sont passées dans sa vie, l'Institut a fermé ses portes et il a décidé d'aller faire un tour du côté de Saint-Louis où Pillow, un féru de linguistique, a entrepris de monter une agence d'expertise conjugale pour les couples en mal de communication. Cook est sceptique et claquerait bien la porte avant même son premier entretien, mais il est au chômage et, pour tout dire, Pillow l'embauche sans trop lui laisser le choix.

Un livre aux allures de comédie sentimentale à l'anglaise, où l'humour, le sens de la répartie et les dialogues sont d'une efficacité redoutable. A priori donc, bien loin du roman noir ou du polar. Sauf qu'il est construit justement à la manière d'une enquête. La victime, c'est le mariage des Wilson. Le bon flic un peu largué, c'est Cook. Sa mission : trouver le coupable. Et pour résoudre cette enquête, il dispose de deux armes : la linguistique et le Pillow Book, méthode infaillible mise au point par son patron que lui seul semble capable de suivre. Il faut dire que Pillow est un drôle de type : patron d'une agence fantomatique, c'est un personnage secondaire qui volerait presque la vedette à Cook tant il semble hors du monde, passant de l'exaltation totale à l'abattement complet, mélange d'esprit lunaire et de précision scientifique : rien ne lui échappe... mais encore faut-il parvenir à le comprendre. Car si les Wilson sont le couple central d'Une putain de catastrophe, Cook et Pillow en forment un autre tout à fait remarquable, se livrant à de véritables scènes de ménage téléphoniques, s'emportant, s'invectivant et se raccrochant au nez.

Quant à Cook, on ne peut pas dire que la longévité des mariages soit son domaine de prédilection, il a bien eu une histoire de quelques mois avec Paula, mais ça reste bien maigre. Une fois installé chez les Wilson (le couple qu'il doit sauver de la putain de catastrophe), il va avancer ses pions, appliquer scrupuleusement le Pillow Book et émettre des hypothèses qu'il rejette au fur et à mesure (c'est une garce, c'est un con, l'argent, c'est un loser, elle le prend pour un loser, il la prend pour une mauvaise mère, les beaux-parents...). En bon linguiste enquêteur, il joue avec ou sur les mots, titille ses interlocuteurs et finit par les agacer ("Jeremy, j'ai bien l'impression que vous aller devoir fermer votre gueule, maintenant")... quand il ne s'énerve pas tout seul ("Il décida qu'il était malade - ou 'souffrant', comme disaient certains, mais pourquoi d'ailleurs ? Sur cette question chargée de colère, il sombra dans le sommeil.")

David Carkeet fait une nouvelle fois montre de tout son talent dans un roman particulièrement drôle et réussi. Il pèse, mesure, décortique et analyse le moindre mot avant de l'envoyer comme une arme de destruction furtive aux visages de ses personnages qui n'en demandaient pas tant.

Citation

- Gagné, Jeremy. vous avez plusieurs longueurs d'avance.
- Vraiment ? Dans ce cas, expliquez-moi pourquoi j'ai toujours l'impression de me traîner, Roy ?
- Ma tête profondément enfoncée dans votre cul ?" - Ce n'est pas une image très attirante, Jeremy.

Rédacteur: Gilles Marchand mardi 20 mai 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page