Les Casses du siècle

Seulement, il n'était plus seul au monde, et son moignon pourrissait. La douleur grimpait à l'improviste, au réveil sous la douche, la nuit dans les bras d'une femme ou dans son sommeil, épouvantable.
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Essai - Policier

Les Casses du siècle

Braquage/Cambriolage - Gang MAJ mercredi 11 juin 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,5 €

Patrick Caujolle
Villeveyrac : Papillon rouge, avril 2014
288 p. ; illustrations en noir & blanc ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-917875-53-7

Que personne ne bouge !

Déjà desservi par une couverture naïvement tape-à-l'œil, un thème pareil risque, par anticipation, de lasser le lecteur car les structures des casses sont toujours un peu les mêmes. Mais non. En mélangeant les dates, l'auteur n'ennuie jamais. Il raconte du point de vue du public, commence par le déroulement et la stupéfaction qui suit le casse, la prise de conscience et le décorticage de la préparation, l'enquête et la récolte des indices, et enfin le resserrage des mailles du filet sur quelques morfalous évanouis dans la nature, leur jugement et la constatation désabusée qu'il manque une grosse partie du magot jamais retrouvée. Du point de vue des casseurs, la chronologie de l'action prime avec la préparation du coup qui peut prendre plusieurs années. Patrick Caujolle, policier du SRPJ, a une plume facile et variée et utilise ces deux approches pour nous conter vingt-six affaires qui ont enflammé les médias. La dernière est toute chaude. Elle date du dimanche 28 juillet 2013 à 11 h 30 et c'est la plus rapide : trente secondes ! L'homme seul est entré par une porte-fenêtre restée ouverte dans les salons du Carlton de Cannes et est reparti, à pied, avec les bijoux de l'exposition du joaillier israélien, Lievev. Cent trois millions d'euros pour un casse au parfum d'Arsène Lupin. L'auteur nous rafraîchit la mémoire sur des affaires retentissantes comme le vol, en 1949 à Nice, des bijoux de la Begum, ex miss France devenue femme de l'Aga Khan. L'histoire prend une tournure politique quand le commissaire chargé de l'enquête constate des fuites au plus haut niveau qui permettent à des caïds de prendre le large. Ses soupçons se portent sur un autre commissaire qu'on nommera préfet à point nommé. Mais, lors du jugement, le commissaire Valantin fait exploser sa bombe. Il accuse : "C'est le préfet Bertaux qui a fait fuir les principaux voyous et organisé la restitution partielle des bijoux. Le reste des diamants, bagues ou autres colliers, ils les a partagés avec son ami Leca [...] J'affirme que M. Bertaux est un homme capable de tout, du simple assassinat aux choses les plus graves." Patrick Caujolle, nous apprend dans sa conclusion, que l'affaire des bijoux de la Begum inspira Hergé pour celle de sa Castafiore ! Outre les vols de fourgons blindés comme ceux de Tony Musulin ou de l'Espagnol El Dioni, on notera les entrées détournées dans la salle des coffres des banques, les prises d'otages des employés qui possèdent les clés, les attaques sur le tarmac lors de transfert de fonds ou de diamants et le vol des wagons de la banque de France dans un tortillard en gare de Neuvic le 1er juin 1944 organisé par le maquis sous la bénédiction de hautes autorités patriotes. À part des règlements de comptes postérieurs aux casses, toutes les opérations citées se sont déroulées sans mort d'homme, ce qui semble être la marque de la préparation et du sang-froid des professionnels. Toute sauf une. Celle d'un homme déguisé en médecin des services sanitaires qui entre dans une banque de Tokyo en janvier 1948, et annonce qu'il doit traiter d'urgence les seize employés pour prévenir une terrible épidémie de dysenterie. Il remplit seize tasses à thé avec une fiole sortie de sa valise. Et tout le monde avale la potion qui est, en fait, du cyanure. Bilan : douze morts et cent soixante-quatre mille yens volés ! La carte de visite du faux docteur avait été volée à un vrai, les policiers vont enquêter sur tous ceux dans son entourage qui ont pu l'obtenir et débusqueront un homme dont la culpabilité ne sera jamais vraiment établie. Un autre Japonais jamais retrouvé organisera un autre casse sensationnel en 1968. Déguisé en motard de la police, il oblige un fourgon à s'arrêter en criant que celui-ci transporte une bombe. Bravement, il se jette sous le véhicule. Une épaisse fumée s'en dégage aussitôt. C'est de la dynamite ! (En fait un innocent fumigène.) Il commande à tous les convoyeurs de s'enfuir avant l'explosion. Le courageux policier s'installe alors au volant et disparaît avec l'équivalent de trois millions d'euros.
Patrick Caujolle réussit son pari. Suscitera-t-il des vocations parmi ses lecteurs ? Là n'est pas la question.

Citation

L'attaque du train Glasgow-Londres, le casse du siècle ? Oui, bien sûr ! Une opération bien menée, des hommes décidés et intelligents, un butin exceptionnel, mais au bout du compte, des interpellations, des années de prison ou d'angoisse permanente, et des acteurs qui finiront leurs jours en survivant de petits boulots.

Rédacteur: Michel Amelin mercredi 11 juin 2014
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