Le Mensonge d'Alejandro

Je suis bien incapable de donner une explication. Je sais seulement que nous sommes des quantités de réfractaires, partout, et à toutes les époques. Des emmerdeurs, en somme. Ou bien des bêtes, oui, comme le saumon qui se crève à remonter la rivière pour aller pondre en eau pure. On est faits comme ça, c'est tout. Et il n'y aucune raison de nous classer chez les dingues parce qu'on est faits pour nager à contre-courant. Il ne s'agit pas tellement d'illumination ou de message. Au fond, on n'a presque rien à dire. Dès qu'on se met à 'vouloir ' dire quelque chose, c'est qu'on se laisse emporter par le courant. Alors on devient feignasse, on fait la bonne glisse sur les mots, ça n'a plus aucune importance. Je me fais comprendre ?
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lundi 23 septembre

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Roman - Noir

Le Mensonge d'Alejandro

Politique - Crépusculaire MAJ mercredi 18 juin 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Bob Van Laerhoven
Alejandro's leugen - 2013
Traduit du néerlandais par Marie Hooghe
Boulogne-Billancourt : MA, mai 2014
296 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8224-0301-6

El pueblo, unido...

Le Mensonge d'Alejandro s'inspire d'un décalque de la réalité historique : en 1973, le Chili tente une expérience socialiste présidée par Salvador Allende. S'ensuit un coup d'État orchestré par larmée avec à sa tête le général Augusto Pinochet. Le nouveau pouvoir arrête, torture et tue les opposants, qu'ils soient militants, syndicalistes ou artistes. Dix ans plus tard, le système semble à bout de souffle. Mais nous ne sommes pas au Chili. L'action se déroule dans un pays imaginaire au nom tout symbolique : Pais. Reflet du désenchantement du monde, le roman n'est pas une ode aux mouvements de libération, aux grandes gloires du gauchisme ou de la démocratie qui cherchent à relancer un processus honnête. Le texte se couvre d'une voile sombre, celle des désillusions que la réalité de ces dernières années a porté sur l'humanité. Plus que des discours ou une apologie apolitique, c'est un récit à hauteur d'hommes qui nous fait suivre des personnages emblématiques mais vivants.
La désillusion, ce sont les anciens démocrates cachés, vivotant, à l'image d'un ancien professeur, resté recteur de l'université mais qui doit donner sans cesse des gages au gouvernement afin de préserver sa liberté et continuer à diriger discrètement un mouvement politique. C'est un prêtre belge venu dans le pays pour prêcher la théologie de la libération mais qui a surtout fui ses propres démons. La désillusion c'est aussi celle des vainqueurs du coup d'État : un ancien colonel, chef tortionnaire qui dirige un groupe d'extrême droite et fait du trafic de drogue, mais s'est pris de passion pour le bébé d'un couple gauchiste qu'il a enlevé et élève comme son propre enfant, et son adjoint qui ne sait comment reconquérir la femme qui l'a quitté. La désillusion ce sont aussi et surtout ceux qui sont restés neutres : un grand capitaliste mourant dans son palais et sa fille qui ne sait où la vie la dirige. Tous ces renoncements se concentrent en un personnage, Alejandro Juron, musicien d'un groupe connu, sortant des geôles après dix ans où il s'est renié de nombreuses fois, mémoire ambigue de la société d'avant, car il est à la fois un rappel d'une possibilité démocratique, un homme brisé qui a trahi ses camarades et un témoin des faiblesses de son propre camp. Tous ces personnages créent une mosaïque qui se met en place à l'occasion de la sortie de prison d'Alejandro Juron. Un concert est organisé et un discours du chef de l'État annoncé. L'occasion pour chaque camp de fourbir ses armes ou de préparer une nouvelle purge répressive, en même temps que chacun veut sauver sa propre "petite" destinée.
Le Mensonge d'Alejandro, présente, avec un style vivant qui éclate son intrigue entre les divers protagonistes se répondant, la réalité complexe et désespérée d'une fin de règne. Sans jamais juger, par petites touches humanistes présentées avec soin, Bob Van Laerhoven raconte les espoirs détruits qu'ils soient individuels ou collectifs, les lendemains qui déchantent, les compromissions, petites ou grandes, que nous sommes, tous, obligés de faire pour survivre, les crimes que nous commettons par lâcheté ou au nom de grandes causes.

Citation

Tu voulais voler haut, lança Durango au visage déchiqueté du gisant. Celui qui veut voler haut doit aussi pouvoir tomber bas.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 17 juin 2014
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