Moi, assassin

Il entendit son meurtrier prononcer encore une phrase. 'C'est ma ville, petit con.'
Cathi Unsworth - Zarbi
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Lovecraft Country
"Encore un machin lovecraftien", me suis-je dit in petto. Il est vrai que je suis un grand fan du maître ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 25 septembre

Contenu

Bande dessinée - Thriller

Moi, assassin

Politique - Tueur en série - Artistique MAJ vendredi 17 octobre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public averti

Prix: 19,9 €

Antonio Altarriba (scénario), Keko (dessin)
Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco-Rahal
Paris : Denoël, septembre 2014
136 p. ; illustrations en couleur ; 28 x 22 cm
ISBN 978-2-207-11688-3
Coll. "Graphic"

Actualités

  • 12/06 Prix littéraire: Sélections 2015 des Trophées 813
  • 27/11 Prix littéraire: Les 20 meilleurs livres de 2014 selon Lire
    Mercredi 26 novembre, au Grand Palais, le magazine Lire délivrait son palmarès des ouvrages de l'année selon des genres et des catégories nombreuses, hétérociltes et quelque peu oublieuses. Si l'on peut se réjouir du Meilleur livre attribué au Royaume, d'Emmanuel Carrère, tant le roman a fait parler de lui et tant il a su se faire oublier à son corps défendant des grands prix littéraires, on peut avoir des avis circonspects sur la nomenclature. Pourquoi différencier polar et roman noir, et décerner le premier à un roman noir et le second à un roman qui ne l'est pas ? Pourquoi deux catégories pour la littérature policière et aucune pour les littératures de l'imaginaire ? Et l'on pourra toujours regretter que la jeunesse se trouve restreinte aux romans (quand on voit la quantité de très beaux albums), et que les beaux livres se retrouvent hors compétition. Quoi qu'il en soit, les lauréats et nombre de finalistes sont très k-librés, de la révélation étrangère avec Le Fils, de Philipp Meyer, au récit pour Tristesse de la nuit, d'Éric Vuillard, en passant la biographie (Fouché : les silences de la pieuvre, d'Émmanuel de Waresquiel) et l'enquête (Extra pure : voyage dans l'économie de la cocaïne, de Roberto Saviano).

    Palmarès :

    Meilleur livre :
    Lauréat : Le Royaume, d'Emmanuel Carrère (P.O.L.).

    Meilleur roman étranger :
    Lauréat : Et rien d'autre, de James Salter (L'Olivier).
    Finalistes : Les Réputations, de Juan Gabriel Vásquez (Le Seuil) & Le Chardonneret, de Donna Tartt (Plon).

    Meilleur roman français :
    Lauréats : Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (Vertical) & L'Amour et les forêts, d'Éric Reinhardt (Galimard).
    Finalistes : La Petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon (Actes Sud) & En finir avec Eddy Bellegueule, d'Édouard Louis (Le Seuil).

    Révélation étrangère :
    Lauréat : Le Fils, de Philipp Meyer (Albin Michel).
    Finalistes : Entre les jours, d'Andrew Porter (L'Olivier) & Le Tabac Tresniek, de Robert Seethaler (Sabine Wespieser).

    Révélation française :
    Lauréat : Les Rands, de Sylvain Prudhomme (Gallimard).
    Finalistes : Si le froid est rude, d'Olivier Benyahya & La Condition pavillonnaire, de Sophie Divry (Noir sur Blancc/Notabilia).

    Premier roman français :
    Lauréat : Debout-payé, de Gauz (Le Nouvel Attila).
    Finalistes : Dans le jardin de l'ogre, de Leïla Slimani (Gallimard) et Tram 83, de Fiston Mwanza Mujila (Métailié).

    Premier roman étranger :
    Lauréat : Notre quelque part, de Nii Ayikwei Parkes (Zulma).
    Finalistes : Le Ravissement des innocents, de Taiye Selasi (Gallimard) & Le Complexe d'Éden Bellwether, de Benjamin Wood (Zulma).

    Récit :
    Lauréat : Tristesse de la terre, d'Éric Vuillard (Actes Sud).
    Finalistes : Le Météorologue, d'Olivier Rolin (Le Seuil) & Amour de pierre, de Grazyna Jagielska (Les Équateurs).

    Polar :
    Lauréat : Après la guerre, de Hervé Le Corre (Rivages).
    Finalistes : Ombres et Soleil, de Dominique Sylvain (Viviane Hamy) & Un vent de cendres, de Sandrine Collette (Denoël).

    Roman noir :
    Lauréat : Une terre d'ombre, de Ron Rash (Le Seuil).
    Finalistes : 911, de Shannon Burke (Sonatine) & Ne reste que la violence, de Malcolm Mackay (Liana Levi).

    Enquête :
    Lauréat : Extra pure : voyage dans l'économie de la cocaïne, de Roberto Saviano (Gallimard).
    Finalistes : Smart : enquête sur les Internets, de Frédéric Martel (Stock) & Une si jolie petite fille, de Gitta Sereny (Plein Jour).

    Biographie :
    Lauréat : Fouché : les silences de la pieuvre, d'Émmanuel de Waresquiel (Tallandier/Fayard).
    Finalistes : Jules Ferry, de Mona Ozouf (Gallimard) & Notre Chanel, de Jean Lebrun (Bleu autour).

    Histoire :
    Lauréat : Le Feu aux poudres : qui a déclenché la guerre en 1914 ?, de Gerd Krumeich (Belin).
    Finalistes : La Chute de Rome, de Bryan Ward-Perkins (Alma) & Dictionnaire amoureux de la Résistance, de Gilles Perrault (Plon/Fayard).

    Autobiographie :
    Lauréat : Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas, de Paul Veyne (Albin Michel).
    Finalistes : Un homme amoureux, de Karl Ove Knausgaard (Denoël) & Les Feux de Saint-Elme, de Daniel Cordier (Gallimard).

    Sciences :
    Lauréat : Le Code de la conscience, de Stanislas Dehaene (Odile Jacob).
    Finalistes : Plaidoyer pour la forêt tropicale, de Francis Hallé (Actes Sud) & Pasteur et Koch, de Annick Perrot & Maxime Schwartz (Odile Jacob).

    Voyage :
    Lauréat : Les Oies des neiges, de William Fiennes (Hoëbeke).
    Finalistes : Pô, le roman d'un fleuve, de Paolo Rumiz (Hoëbeke) & L'Oural en plein cœur, d'Astrid Wendlandt (Albin Michel).

    Bande dessinée :
    Lauréat : La Technique du périnée, de Ruppert & Mulot (Dupuis/Aire Libre).
    Finalistes : L'Arabe du futur, de Riad Sattouf (Allary Editions) & Moi, assassin, d'Antonio Altarriba & Keko (Denoël Graphic).

    Jeunesse :
    Lauréat : Adam et Thomas, d'Aharon Appelfeld (L'École des loisirs).
    Finalistes : Humains, de Matt Haig (Hélium) & Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse).

    Livre audio :
    Lauréat : Éloge de l'ombre, de Junichirô Tanizaki, lu par Angelin Preljocaj (Naïve).
    Finalistes : L'IInsoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera, lu par Raphaël Enthoven (Gallimard) & Une femme aimée, d'Andreï Makine, lu par Bertrand Suarez-Pazos (Thélème).
    Liens : Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody |Après la guerre |Le Chardonneret |Un vent de cendres |Une terre d'ombre |911 |Une si jolie petite fille : les crimes de Mary Bell |Maylis de Kerangal |Hervé Le Corre |Dominique Sylvain |Ron Rash |Lire

Art de tuer

Enrique Rodríguez Ramírez est un universitaire et historien d'art basque qui tue pour passer le temps. Ses crimes, il les veut gratuits avec un modus operandi à chaque fois différent ce qui, affirme-t-il, ne fait pas de lui un tueur en série. Comme d'autres ont tout lu Kropotkine, lui a lu De Quincey et Sade, et il se considère comme un esthète qui peut agir impunément. S'il avait lu un peu plus de mauvais thrillers industrialisés et quelques bons romans criminels, il saurait qu'un grain de sable vient fatalement gripper un engrenage particulièrement bien huilé.

En guise de grain de sable, il va en avoir une petite poignée dans cette excellente bande dessinée en noir et blanc où est parfois jeté un rouge écarlate comme autant de gouttes de sang qui mènent infailliblement à l'assassin. C'est tout d'abord sa femme qui constate qu'ils vivent chacun de leur côté et que donc elle peut - doit - partir, quitter le foyer conjugal, et vivre de ses propres ailes et acquérir elle aussi une certaine renommée par sa relecture du conte Blanche-Neige. C'est ensuite l'une de ses étudiantes, qui est aussi sa maîtresse, et qui voudrait bien mettre en œuvre avec lui ses convictions quant au crime artistique et qui, las de ses pulsions non apparentes ou de ses non pulsions qu'il prend un plaisir fataliste à mettre en avant, le quitte également mais parce qu'elle ne peut supporter un homme qui ne vit pas en adéquation avec ses idées. C'est enfin un collègue rival, qui a remarqué une certaine tâche de sang sur un costume, qui va se servir de lui pour l'incriminer dans un meurtre qu'il n'a pas commis, et le faire renvoyer de l'université où il travaille en supprimant les subventions allouées à son groupe de recherche "Art et cruauté" et à sa revue Tremula - le monde n'est pas seulement cruel, il est injuste et biaisé par les jeux politiciens que l'on retrouve dans tous les rouages administratifs.

C'est ainsi que tel Al Capone, emprisonné pour fraude fiscale à défaut de la preuve de ses nombreux autres crimes, Enrique Rodríguez Ramírez se retrouve sur la sellette avec des idées de vengeance plein la tête. Des idées de vengeance qui découlent principalement des années 1980 et de ces luttes idéologiques et politiques perpétrées ici et là, et surtout dans les milieux gauchistes, voire indépendantistes - l'université étant le lieu de ce genre de débats par excellence, surtout au pays Basque avec ses mouvements indépendantistes qui entendent bien instrumentaliser les moindres conflits d'intérêt.

Le scénario d'Antonio Altarriba nous plonge dans une bande dessinée bavarde où le jargon universitaire est roi, et où les grandes envolées côtoient la médiocrité égocentrique. L'ensemble est très plaisant et se lit avec une jubilation née du ton éminemment sarcastique, caustique et noir. À partir ce tout ça, Keko fait preuve à la fois d'une grande maitrise picturale (de nombreux tableaux sont d'ailleurs introduits dans le décor) et d'un sens artistique propre profond. Il utilise une méthode qui a fait ses preuves pour un dessin adulte (en cela qu'il y a deux-trois vignettes érotiques dont une fellation élevée au rang d'œuvre d'art) : un clair-obscur dans la lignée de celui de Will Eisner parsemé de rouge écarlate et où éclatent quelquefois des images qui nous font comprendre pourquoi il a été de l'aventure Métal hurlant.
C'est ainsi que le duo d'auteurs formé pour l'occasion nous offrent une bande dessiné de bonne facture qui oscille entre thriller esthétique et noir morose.

Illustration intérieure


Récompenses :
Grand Prix de la critique ACBD 2015

Citation

Gustavo Flores offrait un matériau de premier choix pour débuter dans la performance... Je ne pouvais pas le rater... À vrai dire je n'ai même pas réfléchi... Je me suis laisser guider par ses propres partis pris... Tout en y introduisant une variante... J'ai transformé son balancement frivole sur la toile en un athentique, radical et pu 'Bloddy Painting'...

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 12 novembre 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page