Trabadja

Quatre-vingt-dix-neuf pour cent du boulot, c'est ça aujourd'hui : pas de contenu tangible. Que l'on soit couvert de diplômes ou tout juste capable d'écrire son nom, on ne fait rien de réel, rien à propos de quoi on puisse se sentir fier. On est dans le virtuel, le dématérialisé : on tâte, on observe, on pond des rapports à l'intention d'untel ou de machin-truc, on fait gaffe à l'endroit où on pose ses fesses, on tache d'effacer les traces qu'on laisse derrière soi.
Jean-Luc Cochet - Le Chat du Marcadieu
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Tu entreras dans le silence
Lorsque les soldats français partirent au combat, en 1914, c'était avec la certitude de rentrer rapid...
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lundi 30 mars

Contenu

Roman - Noir

Trabadja

Vengeance - Guerre MAJ vendredi 09 octobre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,5 €

Jean-Paul Nozière
Paris : Rivages, octobre 2014
268 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2916-8
Coll. "Noir", 969

Actualités

  • 25/06 Prix littéraire: Sélections 2015 des GPLP
    La liste officielle des GPLP vient tout juste d'être dévoilée. Fortes de onze romans francophones et de dix-sept étrangers, ces sélections sont marquées sous le sceau des éditions Rivages, Actes Sud, Le Seuil et Gallimard. On repère ci et là quelques perles venues d'ailleurs, et l'on se demande d'ailleurs si elle ne servent pas d'alibi. C'est ainsi que l'on peut joyeusement s'étonner de retrouver le romancier stylé suisse Joseph Incardona pour un petit ouvrage aux éditions Finitude. Étrangement, on ne voit pas comment la palme étrangère pourrait ne pas revenir au Perfidia de James Ellroy, mais quand on débusque le dernier mauvais opus de Don Winslow, on se dit aussi que tous les (dés)espoirs sont permis. Il est dommage que l'un des prix les plus ancestraux et respectés n'offre pas de choix plus osé et opte pour un classicisme forcené. Rendez-vous le 23 septembre afin de connaître les noms des deux lauréats.

    Sélection 2014 du Grand prix de la littérature policière - roman français :
    - Trait bleu, de Jacques Bablon (Jigal, "Polar") ;
    - Une valse pour rien, de Catherine Bessonart (L'Aube, "L'Aube noire") ;
    - Les Initiés, de Thomas Bronnec (Gallimard, "Série Noire") ;
    - Personne n'en saura rien, de Sylvie Granotier (Albin Michel, "Spécial suspense") ;
    - Derrière les panneaux il y a des hommes, de Joseph Incardona (Finitude) ;
    - Hors la nuit, de Sylvain Kermici (Gallimard, "Série Noire")
    - Au fer rouge, de Marin Ledun (Ombres noires) ;
    - Trabadja, de Jean-Paul Nozière (Rivages, "Noir") ;
    - L'Alignement des équinoxes, de Sébastien Raizer (Gallimard, "Série Noire") ;
    - Adieu Lili Marleen, de Christian Roux (Rivages, "thriller") ;
    - Des forêts et des âmes, de Éléna Piacentini (Au-delà du raisonnable).

    Sélection 2014 du Grand prix de la littérature policière - roman étranger :
    - La Vérité et autres mensonges, de Sascha Arango (Albin Michel, "Les Grandes traductions") ;
    - Toutes les vagues de l'océan, de Victor del Árbol (Actes Sud, "Actes noirs") ;
    - À mains nues, de Paola Barbato (Denoël, "Sueurs froides") ;
    - Trame de sang, de William Bayer (Rivages, "Thriller") ;
    - Perfidia, de James Ellroy (Rivages, "Thriller") ;
    - Jackpot, de George Dawes Green (Le Livre de poche) ;
    - L'Enfer de Church Street, de Jake Hinkson (Gallmeister, "Neonoir") ;
    - Ne reste que la violence, de Malcom MacKay (Liana Levi, "Policier") ;
    - Le Moineau rouge, de Jason Matthews (Le Cherche midi, "Thriller") ;
    - Les Assassins de la 5e B, de Kanae Minato (Le Seuil, "Seuil policiers") ;
    - Ratlines, de Stuart Neville (Rivages, "Thriller") ;
    - Linda, de Leif G. W. Persson (Rivages, "Thriller") ;
    - Le Bourreau de Gaudí, de Aro Sáinz de la Maza (Actes Sud, "Actes noirs") ;
    - Finsterau, d'Andrea Maria Schenkel (Actes Sud, "Actes noirs") ;
    - Retour à Watersbridge, de James Scott (Le Seuil, "Seuil policiers") ;
    - Missing: New York, de Don Winslow (Le Seuil, "Seuil policiers") ;
    - Dernier meurtre avant la fin du monde, de Ben H. Winters (Super 8).
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Héritage d'Algérie

Il s'appelle Luc Moriac, et est tout sauf un fin lettré. Il n'empêche que c'est l'un des hommes forts de la commune de Sponge, respecté avant tout pour son argent et le pouvoir qu'il lui confère. Car l'argent est synonyme d'emploi dans les scieries. Mais cet argent a des origines plus que douteuses qui vont permettre au romancier Jean-Paul Nozière de remuer la fange de la guerre d'Algérie.
Si certains écrivains de romans d'aventure et policiers ont choisi de créer des personnages récurrents, Jean-Paul Nozière a préféré imaginer une ville et en faire le lieu de la plupart de ses ouvrages. Cette ville en a vu des intrigues criminelles, mais des noires comme celle-là, peut-être pas. Luc Moriac, veuf, a une fille qui répond au prénom de Mylène. Cette quadragénaire multiplie les voyages d'agréments et si elle a un rejeton bâtard c'est avant tout pour faire plaisir à un père miné par un cancer et qui entend faire perdurer une dynastie fainéante et s'en aller le cœur léger. Un cœur d'autant plus léger que ce ne sont pas les remords qui vont étouffer Luc Moriac. Appelé en Algérie pendant la guerre, l'homme et un acolyte ont massacré les habitants de la ferme Le Bel oranger, du côté de Sétif, afin de faire main basse sur les lingots d'or entassés dans une cave derrière des carcasses de cochons en décomposition en attendant leur retour en France. Un pactole indûment gagné à l'occasion d'un attaque à main armée qui a laissé cependant derrière elle deux survivantes : Lisette, la fille des fermiers cachée dans un panier à linge et aussi Lila, une Arabe qui ne sera même pas mentionnée dans les articles de journaux, et qui sera abandonnée violée par le Moriac, qui cumule les actes de vilenie (méchant, lâche, meurtrier, manipulateur, traître...). L'acolyte est débarqué en pleine mer lors d'une chute alcoolisée alors qu'il était sur le bateau qui le ramenait en France, on peut donc passer cinquante ans et se retrouver de nos jours en compagnie d'une Lisette déboussolée, à moitié folle avec ses rêves de vengeance intactes et qui découvre le lieu de vie d'un Luc Moriac accroc au sexe devant la victoire imminente de son cancer.
Jean-Paul Nozière propose alors un décor truculent dans lequel il dispose toutes les pièces d'un échiquier malsain. La propriété est censée être un lieu de fête, celui du mariage tant espéré de la fille (presque) maudite. Mais c'est un raz de marée violent qui va balayer le rêve nuptial - enfin économico-nuptial - du futur gendre. La folie furieuse éclatera et fera tout voler en éclat dans une langue limpide et un style à l'accoutumée sobre et efficace.

Citation

Toni Malone, installée à clairfourchon sur les pruneaux secs qu'étaient les couilles de Luc Moriac, s'appliquait à créer un début d'érection. Pas grand-chose ne venait.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 08 mars 2016
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