Sept tableaux de la vie d'une call-girl

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Roman - Noir

Sept tableaux de la vie d'une call-girl

Social MAJ lundi 14 septembre 2015

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 13 €

Thierry Chevillard
Paris : Léo Scheer, mai 2014
94 p. ; 19 x 13 cm
ISBN 978-2-7561-0442-3

Du Carlton faisons table rase

On ne peut pas ne pas songer à l'affaire DSK, à la prose édulcorée des médias l'évoquant, à cette défense empruntant au vocabulaire presque pittoresque de la faconde machiste pour innocenter l'accusé. On ne peut pas ne pas entrevoir ce qu'il y a d'abjection derrière ces usages langagiers d'une réalité au vrai sordide et criminelle. Le tout en sept tableaux pour mieux instruire cette vie, celle d'une call-girl. L'expression nous interpelle tant elle est connotée et tant son imaginaire contourne l'infâme du réel soigneusement caché sous cette pliure verbale. Certes, Thierry Chevillard a pris soin de nous proposer cette vision d'une enfance difficile pour donner à toucher à quelque réel. Moins misérabiliste qu'on ne le redoutait, plus malheureuse que tragique, puis d'une adolescence exposée à la brutalité dans une masure de l'Yonne. "Masure", pour dire la misère dans ce ton du XIXe siècle. "Masure", pour évoquer le frustre de ce monde dont l'auteur s'est emparé. Les toilettes au fond du jardin, le père alcoolique. Une vie à bout de souffle sitôt commencée serions-nous tenté d'écrire, non sans suspicion à l'égard de l'expression, si connotée elle aussi... Donc l'adolescence d'une enfant spectatrice de sa propre vie. Est-ce la bonne expression ? Thierry Chevillard a le bon goût de ne pas en rajouter, lapidaire dans ses dénotations, l'écriture sèche, sans fioriture. À vingt-cinq ans elle "tapine". Le mot a traversé les âges, s'est déchargé de sa violence. Le sexe de racolage, ses premiers "clients". Là, on s'interroge. S'agit-il bien de cela dans ce "commerce" de la chair ? On aimerait l'usage d'un autre champ lexical sans trop y croire, ni même s'interroger sur le sens de son maintien, à tant édulcorer ce dont il est question. Mais un autre vocabulaire qu'il faudra bien inventer tout de même un jour, quand on aura tous grandi... L'écriture, curieusement, se fait plus lyrique quand elle aborde le sujet de la prostitution - encore un de ces mots qui ne disent rien de ce à quoi l'on voudrait toucher. Un homme "tourne comme une bête sauvage" autour de la "chair sanglante" de notre call-girl. Où donc cela a-t-il lieu dans cette narration devenue subitement "littéraire" ? Surtout quand l'homme finit par "sourire de (sa) défaite"... Mesurons-nous vraiment l'étendue et la nature de cette défaite ? Peu de choses finalement. Tandis qu'elle mène ailleurs sa vie, cette fois entre lords et industriels, à Bruxelles ou à Genève. Est-elle encore putain ? Les mots sont infimes, infirmes, insignifiants. Un juge la paie pour la prendre. Le vocabulaire ne dit rien de ce prendre-là. S'offrant comme quelque chose d'un romanesque noir. Elle, elle finira par imiter un peu ce monde qu'elle traverse, plaçant son argent et vivant avec Gérard, qui a fait sciences-po. La voici en terrain de conquête, s'offrant aux humiliations que les hommes de pouvoir ont besoin de lui faire subir pour croire en leur facticité. On est loin de la violence faite aux femmes. Alors elle prépare et passe son bac, et une rédemption s'accomplit dans cette narration au style pourtant plaisant.

Citation

Il tourne comme une bête féroce autour de ma chair sanglante.

Rédacteur: Joël Jégouzo mardi 24 mars 2015
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