La langue natale n'est pas seulement le vocabulaire ou la grammaire, le français, l'arabe, le chinois, le papou, c'est la musique des paroles, les gestes, les attitudes, une façon de finir les phrases. J'avais laissé au pays la harissa des métaphores, la kémia des syllabes, la salade des formules, le soleil des gueulantes, et je bouffais de la quenelle à longueur de journée, en buvant du vin de messe.
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lundi 13 juillet

Contenu

Roman - Policier

M

Politique - Disparition - Urbain MAJ vendredi 03 avril 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Friedrich Ani
M - 2013
Traduit de l'allemand par Johannes Honigmann
Paris : Jacqueline Chambon, mars 2015
342 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-330-04827-3
Coll. "Noir"

Une croix gammée dans la choucroute

"M" comme Munich. Munich, capitale de la bière, des bretzels et des néo-nazis en culottes de peau. Dit comme cela, j'entends déjà les lecteurs germanophiles hurler au cliché. La Bavière, les brasseries, le nazisme : on se croirait reparti pour un documentaire sur Arte ! Mais Friedrich Ani, l'auteur du roman, est bavarois et il jouit d'une grande popularité dans son pays comme écrivain, mais aussi comme scénariste de la série télévisée Tatort. Ajoutons à cela que M se situe dans le Munich d'aujourd'hui, une ville comme une autre qui semble avoir réglé ses comptes avec son passé, mais terriblement provinciale en même temps, cachottière, échangiste, mêlant le pire conservatisme et la violence débridée des supporters de foot... Bref, Munich me fait penser à la jolie boîte en bois d'un coucou suisse à l'intérieur de laquelle on aurait laissé croupir des araignées bien répugnantes... Les bretzels sont pourris et la bière y a un goût de sang.
Tabor Süden, détective privé, est chargé par une certaine Mia Bischof de retrouver Siegfried Denning, son compagnon et chauffeur de taxi. Tout commence donc par une enquête de routine. Les choses n'avancent pas vite, mais cela fait justement le sel de la narration : Friedrich Ani laisse à son lecteur le temps de s'immerger dans cette "zone grise" où rien n'est joué encore. Mia est une journaliste réputée, elle semble amoureuse : et si Denning l'avait quittée pour une autre ? Mais le chauffeur de taxi reste introuvable ; son appartement est quasiment vide, comme s'il n'y habitait pas lui-même... Pendant ce temps, Léopold Kreutzer, collègue de Süden et qui enquête sur la même disparition, est sauvagement battu à mort après être passé dans un bar à schnaps fréquenté par... Mia Bischof ! Là-dessus, Süden fait la rencontre d'un certain Welthe, homme taciturne, policier, membre du LKA, sorte de police criminelle et agence de renseignements. Welthe semble connaître des choses sur Denning ; il se pourrait même qu'il soit son collègue et qu'il porte un autre nom dans la vraie vie...
À mesure que l'enquête de Tabor Süden progresse, le paysage munichois va se brouiller de plus en plus, et la violence émerger de façon soudaine, au détour d'un hôtel feutré et bourgeois dont le propriétaire, père de Mia Bischof, ouvre des séminaires aux "bons camarades" du NPD qui s'inquiètent pour la pureté de la race en ces temps d'immigration galopante. Et si Mia était tout autre chose qu'une journaliste de talent ne traitant que de sujets consensuels ? Et si elle était bien la fille de son père ?
M est un livre bizarre. Un policier qui avance à la lenteur et à la psychologie. L'amour, les convictions politiques, les motivations contradictoires des uns et des autres, tout cela finit par se mêler. Mais les nazis restent ce qu'ils sont, des salauds tout court et bien dégagés derrière les oreilles, en un mot le synonyme même du Mal. En fait, ce qui les rend si inquiétants, c'est leur terrifiante banalité. Bière, bretzels et culottes de peau, tel est leur quotidien de carte postale !

Citation

Dieu est l'obscurité et l'amour est la lumière dont lui faisons don afin qu'il puisse nous voir.

Rédacteur: Pascal Hérault vendredi 03 avril 2015
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