Seine de crimes

Parce que les surfeurs aimaient les histoires. Les grosses vagues et les hors-la-loi. Les excentriques qui avaient réussi, d'une manière quelconque, à vaincre le système, à rester au contact de la vie, alors que d'autres s'installaient à l'intérieur des terres et payaient des impôts.
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lundi 23 novembre

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Beau livre - Policier

Seine de crimes

Historique - Assassinat - Faits divers MAJ lundi 06 avril 2015

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Public averti

Prix: 19,9 €

Philippe Charlier
Avec la collaboration de Éric Martinent, Irène François-Purssell, Bertrand Ludes, Bruno Fuligni, David Alliot, Philippe Charlier, Bernard Proust, Françoise Alt-Maes & Christian Hervé
Monaco : Le Rocher, janvier 2015
140 p. ; illustrations en couleur ; 22 x 18 cm
ISBN 978-2-268-07601-0

Cadavres pas exquis

Une question essentielle tarabuste le lecteur après consultation de cet ouvrage "trash" : à qui est-il destiné ? Est-ce au grand public comme pourrait l'indiquer le nom de l'éditeur ? Assurément non car les essais universitaires plombent vite le morbide feuilletage des images. Le livre est constitué de cent vingt-cinq pages de photographies issues de la collection de la Préfecture de Police de Paris (d'où le jeu de mots douteux du titre), imprimées sur fond noir. Elles sont pour la plupart datées du début du XXe siècle, et présentent des scènes de crime. La collection photographique est séparée en plusieurs parties de diverses longueurs : "La découverte du cadavre" (florilège de concierges dans le couloir, d'étranglements dans des lits bouleversés etc.), "La dissimulation" (cadavres coupés en morceaux, malle sanglante), "L'autopsie" (incendie, coups, cadavres relevés pour la photo), "L'expérimentation" (têtes des criminels décapités testées un quart d'heure après leur mort, tête explosée, crime sexuel), "L'enquête" (attentat du Louvre contre Loubet, assassinat de Jean Jaurès) et "Technique photographique" sur six pages seulement (photographie stéréométrique, croquis planométriques, encadrement perspectomètre, méthodologie pour photographier les cadavres avant autopsie). "Ce livre contient des images qui peuvent heurter la sensibilité des jeunes lecteurs", prévient la quatrième de couverture. Pourquoi seulement les jeunes ? C'est parfaitement horrible ! Et même le joli profil de Valentine Botelin qui orne la couverture et qui a pourtant été "nettoyé", révèle rapidement ses traces de poudre, de lividité et surtout les trous dans la joue et le crâne : acuité d'un regard qu'on aimerait plus presbyte.
Bon, nous sommes dans un ouvrage sur des photos de scènes de crime, pas de princesses de Walt Disney. Mais le titre du livre, et les courts commentaires des photographies, augmentent notre gêne. Les affaires (sauf Pranzini, Weidmann, Jaurès et l'Attentat du Louvre) ne sont pas développées. Mieux, il s'avère, pour plusieurs affaires, que ceux qui ont écrit les commentaires n'en connaissent rien. Ils se contentent alors de décrire le décor ou supposer que la victime a été étranglée à cause du lacet que l'on distingue sur son col. Ils notent aussi les lividités visibles. Du coup, le ton des commentaires hésite entre le constat, le jugement esthétique ou même l'humour noir. Exemple avec le crime sexuel de Finatti Zeiro en 1924 qui "après avoir violé la prostituée Suzanne Lavollée, l'étrangle, la mutile sauvagement (éventration puis écorchement du petit bassin) et s'enfuit en volant ses économies". Le commentaire s'achève par une description de la photo : "La pose lascive du cadavre est étonnante, avec cette jambe droite relevée, dévoilant ses parties intimes découpées puis arrachées, et son ventre entrebâillé au contenu séché ; la tête sur le côté, bouche fermée mais yeux entrouverts, la victime semble sourire..." Voilà résumé ici ce problème de point de vue mal déterminé. Les remerciements à la fin du livre s'achèvent sur cette phrase : "Enfin, ce livre doit beaucoup à l'inspiration et aux conseils de James Ellroy et Sophie Calle." Nous serions donc dans un ouvrage de médecins légistes touchés par la grâce de l'art. Tout ceci est boiteux, mal défini. Et, après la partie photos, la partie texte accentue le problème.
Les quatre-vingt-quatre pages suivantes, "Autopsie de la médecine légale" sont constituées de cinq essais universitaires suivis de leur cortège de notes. Le premier, À qui appartiennent les archives du corps ? (Philippe Charlier et Christian Hervé) est un pensum tarabiscoté pour justifier le livre, Le Concept de maladie psychiatrique et de responsabilité pénale (Irène François-Purssell) un essai très spécialisé, Une brève histoire de la criminalistique au début du XXe siècle (Bertrand Ludes) est plus abordable et cite Rodolphe Archibald Reiss, mais la photographie n'occupe que quatorze lignes, Courage les gars, et vive l'anarchie ! (David Alliot) est vraiment ciblé sur un sujet historique qui concerne peu de photos du livre, Autopsie de la guillotine (Bruno Fuligni) est très abordable pour le lecteur lambda et, dans l'absolu, inhérent aux actes des coupables, Le Corps mort : quel réintégration en médecine légale ? (Bernard Proust et Françoise Alt-Maes) reste très universitaire, Le Corps mort et le corps du mort : retour sur les perspectives d'histoire du droit (Éric Martinent) est le plus ardu avec ses cent-dix-neuf notes ! Enfin Crimes anciens et photographie : réflexions d'un médecin légiste conclut heureusement le volume par son style clair et simple avec, en clin d'œil final, cette histoire du célèbre autoportrait du photographe Bayard pris en noyé (1840).
Suit une "bibliographie choisie" dont est absent, ce qui est incroyable, le grand livre des Presses Polytechniques Universitaires Romandes, Le Théâtre du Crime, grand format de trois cent vingt pages datant de 2009, et présentant le fabuleux travail, notamment photographique, de "ce pionnier de la police scientifique et de la criminalistique moderne, fondateur de l'Institut de police scientifique de université de Lausanne, première école de police scientifique au monde". Pourquoi une telle omission ? Est-ce parce que les auteurs du Théâtre du Crime accordent au Suisse, l'invention du maquillage de cadavre et son relevé pour la photo, et surtout l'appareil "plongeur" perché à deux mètres de haut, alors que Bertrand Lude, ici, l'attribue à notre compatriote français Bertillon ? Mystère...
Pour justifier cet ouvrage hybride à la fois racoleur et élitiste qui aurait gagné à être entièrement axé sur la photographie, Philippe Charlier et Christian Hervé, dans leur texte justificatif soulignent : «"Par accumulation, ces photographies constituent historiquement un lieu légitime de la violence dans une société, symbolisant la barbarie à combattre : la violence, la destruction des corps et des personnes. Par ce côté légitime historique et cette mission qui est donnée à l'accumulation et à la diffusion (comme dans cet ouvrage), il est fondamental de respecter une réelle volonté éducative, pédagogique." Gardons leurs mots clé barbarie, violence et destruction car, oui, ce livre les montre.

Citation

Dans ses recherches sur les techniques photographiques, Bertillon a mis au point une technique qui permet de redonner un aspect naturel, 'vivant', des tissus du visage et des yeux des personnes décédées.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 06 avril 2015
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