Noire belladone

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Contenu

Roman - Policier

Noire belladone

Politique - Historique - Assassinat MAJ jeudi 28 mai 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Thierry Maugenest
Paris : Albin Michel, avril 2015
302 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-226-31486-4
Coll. "Spécial suspense"

Période noire

La sérénissime, au long et mouvementé passé, est le cadre idéal d'intrigues criminelles tant par la beauté du décor que par les possibilités offertes par sa riche histoire.
Après avoir protégé une précieuse invention, l'affaire relatée dans La Septième nuit de Venise (Albin-Michel – 2014), Carlo Goldoni, auteur de comédies satiriques est parti avec une troupe de comédiens. Nostalgique de sa ville, il y revient. La situation politique a bien changé. Le sénateur Arto Massaro, secrètement soutenu par le pape, aidé par les Milices de la Foi, veut s'emparer du pouvoir. Il milite pour la fermeture des salles de jeu et des palais des courtisanes.
Carlo se fait à nouveau recruter par Zorzi Baffo qui, entre-temps, est devenu le chef de la chancellerie criminelle. Ce dernier doit enquêter sur la mort de Luca Roveri, une affaire délicate car c'était l'un des hommes les plus riches de la ville. Baffo pense qu'il a été empoisonné, mais ne dispose d'aucun mobile. La dernière personne à l'avoir vu vivant est son banquier qui venait lui remettre une forte somme. C'est un vieil herboriste à qui l'enquêteur décrit les symptômes qui identifie le poison. Il s'agit de l'Atropa belladonna.
Quelques jours plus tard, c'est un autre riche marchand qui meurt dans les mêmes conditions. Alors que les Milices de la Foi font régner la peur, Carlo commence les répétitions d'une pièce où il fait tourner en ridicule, par des gens du peuple, un sénateur de la République. Qui, et surtout pourquoi, empoisonne-t-on ainsi ? Pour le découvrir les deux détectives vont se mettre en grand danger.

Le duo de limiers retenu par Thierry Maugenest, dans la Venise des années 1730, se compose d'un jeune homme qui venait tout juste de sortir de l'université de Pavie avec un titre de docteur en droit, et de Zorzi Baffo, alors simple policier à la Quarantia. Ce dernier, auteur de poèmes licencieux à ses heures, avait été séduit par le ton des pièces satiriques que Carlo écrivait, ainsi que par son audace à se moquer des puissants. Le jeune homme avait compensé son manque d'expérience en matière criminelle, ses énormes lacunes pour croiser le fer par sa détermination, son courage et son imagination.
Le romancier place son récit à une époque où règne sur Venise une atmosphère de légèreté, de luxure même, chaque résidant semblant ne vivre que pour une frénésie de plaisirs, même pour les plus humbles. Aussi l'arrivée d'un courant rigoriste, prôné par des religieux à la solde du pape qui veut rétablir les prérogatives de l'Église dans la cité, n'est pas du goût de tout le monde.
L'auteur campe des personnages à forte personnalités, issus de milieux sociaux représentatifs de la société de l'époque, en ces lieux. Il met en scène tout un monde pittoresque comme ce "marieur", un noble qui veut permettre à de nouveaux riches qui ne pourront jamais se lier aux familles nobles de Venise, la possibilité d'épouser des jeunes et jolies femmes à qui il donne un vernis de marquise. Mais la belle Leonora veut jouer sa propre partition.

Dans un cadre magnifique, cependant pourri par les menées humaines, Thierry Maugenest tisse, pour ce second volet des "Enquêtes de Carlo Goldoni", une intrigue prenante où il mêle libertinage, intégrisme, intrigues politiques et univers du théâtre.

Citation

Sachez qu'à Rome vous moisiriez déjà sur la paille humide d'un cachot pour une seule de vos remarques. Là-bas, les agents du Saint-Siège ne combattent pas seulement le stupre et l'intempérance mais aussi les propos licencieux comme les vôtres.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 17 avril 2015
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