Le Sang des siciliens

Chacun cachait à l'autre son exultation. Joseph jubilait à la perspective d'être impliqué dans cette histoire qui défrayait la chronique. Que le commissaire principal Valmy devînt son obligé lui donnait des ailes. De son côté Victor éprouvait l'impression d'avoir subitement rajeuni.
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dimanche 17 novembre

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Roman - Policier

Le Sang des siciliens

Économique - Politique MAJ samedi 22 août 2009

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17 €

Maurice Gouiran
Paris : Jigal, mai 2009
242 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-914704-55-7
Coll. "Polar"

Main basse sur le marché des miracles

Clovis est journaliste. Enfin était grand reporter et le reste plutôt moins que plus. Marco, non : ami de Clovis, il tient un rade à Marseille. Et Marco est inquiet. Il ne sait pas ce que fiche son neveu, Vincenzo, qui vit en Sicile et ne moufte jamais. Or, le frère de Vincenzo est mort assassiné. Marco aimerait savoir pourquoi, et mettre Vincenzo à l'abri. Il offre à Clovis un beau pactole pour mener discrètement l'enquête.
Palerme. Un vieux souvenir pour Clovis. Quinze ans déjà, Rosalia, inoubliable. C'était l'année de l'assassinat du juge Falcone. Il avait eu une aventure avec Rosalia, veuve de l'un de ses gardes du corps. Plus qu'une aventure : il l'avait fuie de peur de trop l'aimer. Et puis Cosa Nostra, dont il avait mis en évidence les liens avec le milieu politique. Le retour à Palerme ne peut donc être que compliqué. Dans un petit village sicilien, Clovis prend note des difficultés qui cette fois vont gêner son enquête. Une vierge pleure du sang, à Gruzzaleto. On hurle au miracle et déjà, un tourisme bigot afflue. Tandis que Clovis découvre un Vincenzo trop familier des fusillades pour n'être pas suspect. Peu à peu se font jour des projets peu amènes. Les miracles rapportent beaucoup d'argent. Nos jeunes gens n'ont pas résisté à la tentation d'en créer un. Mais Vincenzo, devenu "homme d'honneur", a fini par en avoir assez de jouer les truands à racketter les pauvres et participer au désastre d'une économie exsangue. Cosa Nostra n'est qu'une affaire de salauds. Mais elle ne pardonne à personne de le lui dire. L'Italie des miracles, de Padre Pio à la Vierge de Syracuse, croise ici son économie, plus juteuse que celle de la maffia, beaucoup moins sainte qu'on ne voudrait le croire. Le marché des miracles se révèle en effet lucratif, mais ses enjeux sont sans pitié. La Sicile, "l'île du Soleil" selon Homère, déjà plombée par le pizzo, cet impôt des maffieux qui achève de tout détruire, se double alors d'une terre où la morale semble ne plus pouvoir se relever d'une identité pipée par des robins des bois trop siciliens pour être rejetés, mais trop corrompus pour servir une quelconque cause.
Roman méditatif parfois, émaillé de poèmes, c'est un récit souvent lent, beau, songeur, à l'écriture presque intérieure que l'auteur nous offre. Et bien que l'intrigue y soit fortement charpentée, elle n'est jamais pressée, jamais impatiente, jamais sommée de pointer l'essentiel. Maurice Gouiran prend ainsi le temps d'éprouver ce qu'il montre, déployant de ce fait une atmosphère "sincère" - comment le dire autrement ? - campée dans la vérité des personnages, se révélant dans leurs tourments.
À prendre ainsi le temps de décrire là où le roman d'ordinaire ne veut plus décrire, se refusant le temps d'être dans ce monde qui forme pourtant sinon la raison du romanesque, du moins sa matière, il crée ainsi un style, un rythme, une respiration dont il est réjouissant d'éprouver l'autorité.

Nominations :
Prix marseillais du polar 2009

Citation

Il portait la Sicile en lui comme d'autres portent le malheur ou la gaieté.

Rédacteur: Joël Jégouzo mardi 11 août 2009
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