Prendre Lily

Tu me demandes de me rendre ? Pour que l'on me fasse exécuter comme une chienne ? Je préfère mourir ici... J'ai échoué, Sozo, je n'ai pas été digne du shogun de l'ombre.
Jérôme Noirez - Le Shôgun de l'ombre
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

samedi 20 juillet

Contenu

Roman - Policier

Prendre Lily

Procédure - Faits divers MAJ mercredi 10 juin 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,9 €

Marie Neuser
Paris : Fleuve, mai 2015
568 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-265-09940-1
Coll. "Fleuve noir. Thriller"

Obsession criminelle

Vive émotion dans une petite ville anonyme de l'Angleterre lorsqu'un cadavre mutilé, celui de Lily Hewitt, une paisible couturière, est retrouvé par ses propres enfants. Détail étonnant : une mèche de cheveux découverte sur les lieux n'est pas celle de la victime. La police locale, peu habituée aux crimes de sang, est sur les dents et trouve vite un suspect. Un voisin, un homme déplaisant d'origine italienne, et nommé Damiano Solivo, qui s'avère être fétichiste des cheveux. Sa défense est de nier en bloc, même lorsque les éléments s'accumulent contre lui d'autant plus qu'en Italie, il il a trempé dans une affaire concernant une fillette disparue — et il s'en est probablement sorti grâce aux appuis de son influente famille. Pour le commissariat tout entier, il est coupable malgré le manque de preuves. Ce sera le début d'une longue et éprouvante enquête...
On avait dit tout le bien du magnifique précédent roman de Marie Neuser, Un petit jouet mécanique (qui, divine surprise, ressort en poche). Ce n'était pas vraiment un polar, mais il avait un style extraordinairement immersif d'une incroyable richesse d'atmosphère qui renforçait des personnages si crédibles que l'on avait moins l'impression de lire un roman que de le vivre avec eux. Pour ce nouveau roman, changement de cap : omniprésence des dialogues, absence de descriptions... On sent le recadrage et la mise au pas des canons du jour pour le passage d'une "petite" à une "grande" maison d'édition. Marie Neuser aurait-elle cédé à la facilité du thriller industriel ? Heureusement non. À travers une enquête classique avec ses indices et ses séances d'interrogatoire, et partant d'un fait divers (au lecteur de choisir s'il désire ou non se documenter sur l'affaire, quitte à déflorer les rebondissements de l'intrigue, ou se contenter du travail de fiction, votre humble serviteur a choisi la seconde solution), Marie Neuser dévoile en douceur son goût pour les personnages complexes qui évoluent dans une vaste saga qui se déroule sur plusieurs années. Car le récit devient peu à peu celui d'une quête de la vérité confinant à la tragédie. Il y a du The Pledge (de Sean Penn, d'après le roman de Friedrich Dürennmatt) ou du trop méconnu film coréen Memories of murder (où la recherche de la vérité finissait par se déliter dans la volonté d'en finir coûte que coûte au prix d'une obsession aussi progressive que contaminante) dans cette histoire ou, comme dans les grandes tragédies, la quête dévorante et quasi-initiatique prend le dessus sur la stricte enquête. On peut y voir aussi en thème secondaire traité avec retenue une critique tant de la justice, ou une enquête traitée par-dessus la jambe peut broyer des innocents, et de tout le système lui-même avec ses coupables négligences, mais aussi que la vérité est surtout dans cette folie toute aussi destructrice : les plus belles pages sont certainement les réflexions de cet inspecteur s'apercevant que sa quête l'a fait passer à côté de sa propre existence. Comme quoi Marie Neuser n'a pas oublié son don pour les tragédies feutrées qui vont au plus profond des êtres. La fin ouverte pourrait être une ultime démonstration que la vérité est bien illusoire... Mais il faudra attendre la seconde partie de ce qui est présenté comme un dyptique pour en juger !

Citation

Lâchez la bride à un psy, et c'est le début d'un voyage inattendu bien que légèrement écœurant.

Rédacteur: Thomas Bauduret mercredi 10 juin 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page