Sale époque

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dimanche 16 juin

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Roman - Policier

Sale époque

Historique - Énigme - Assassinat MAJ mardi 08 septembre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 12,9 €

Gilles Schlesser
Paris : Parigramme, juin 2015
216 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-84096-955-6

Et si la Belle Époque ne l’était pas !

Les Frou-Frou, Olympe et Hortense de Bréville, deux jumelles, font le commerce luxueux de leurs charmes. Elles chantent, vêtues en statues vivantes, aux Folies Bergère. C'est là qu'Olympe est poignardée mortellement. Sa sœur, dans la loge voisine, n'a rien remarqué. Une lettre de menaces est retrouvée sur les lieux. Louis Gardel, un jeune commissaire prometteur, est chargé de l'enquête. S'il connait la prostitution de rues, il aborde un nouvel univers. Ces dames se donnent aux hommes très riches mais trouvent l'amour dans les bras des femmes. Il apprend, ainsi, que Willy, un journaliste, critique et "écrivain", a été chassé vertement par Olympe qui entretient des relations charnelles avec Colette, son épouse. Le fils du baron Eisenberg est également venu plusieurs fois. Son père s'est ruiné pour les deux sœurs, puis suicidé. En fait, les suspects ne manquent pas compte tenu des ravages que font, dans les couples et dans les fortunes, les deux courtisanes.
Le meurtre a eu lieu juste après la mort d'Émile Zola, retrouvé asphyxié chez lui. Les tensions restent exacerbées avec l'affaire Dreyfus et l'antisémitisme qui a divisé le pays. Le climat social est délétère. Louis Gardel subodore que les deux affaires sont liées mais sans savoir ce qui peut les réunir. Si les ennemis de Zola sont nombreux et déterminés, qui pouvait aller jusqu'au meurtre d'une courtisane ? Et pourquoi seule Olympe a été poignardée ?

Gilles Schlesser a choisi de planter son intrigue dans Paris, entre le 2 et le 15 octobre 1902. Il utilise, pour une large part de son récit, la mort d'Émile Zola survenue le 29 septembre à son domicile. Il met en scène les réactions provoquées par le décès du célèbre romancier dont les funérailles furent grandioses. Il conçoit une intrigue fort bien étayée, liant avec habilité et cohérence des événements historiques authentiques et des actions relevant de la pure fiction. Si la controverse sur la mort accidentelle ou criminelle de Zola a toujours court, l'auteur porte un avis tranché sur la question, basé sur des faits établis.
Avec Gardel, son héros, il fait entrer son lecteur dans le monde des fêtards, des noceurs, une population de "dandys suicidaires, d'oisifs inutiles à la société". Il fait porter un regard sévère sur ce type de microcosme. Mais, par la voix de Lucie Cassandre, la maîtresse du commissaire, il décrit de façon réaliste la vie de ces courtisanes, dépeignant leur situation et les contraintes auxquelles elles sont soumises, une existence bien éloignée du paradis que l'on peut supposer.
Outre ses personnages principaux, construits avec soin, générant une empathie naturelle, il fait graviter une partie de la galaxie parisienne en vue à cette époque, de ceux qui font la Une des journaux. Il truffe son récit de nombre de détails précis, truculents sur le monde de la prostitution de luxe, avec quelques acteurs authentiques tels que Willy. Il dresse, de ce dernier, un portrait peu amène, le présentant dans sa triste réalité de noceur, de vicieux : "Quelque chose d'un bœuf dont la mère aurait fauté avec un batracien", disposant de nègres. Il place, dans la bouche de Colette, cette réplique quant à son refus de signer la pétition pour la révision du procès Dreyfus : "C'est bien la première fois que tu refuses de signer un texte qui n'est pas de toi !"

Sans prendre le contre-pied de la version officielle qui fait des années de la fin du XIXe et début du XXe siècle, la Belle Époque, Gilles Schlesser remet les idées en place et donne une autre facette, moins reluisante, moins idéalisée, le tout dans une intrigue bien menée.

Citation

Et foutue époque où plus on s'abaisse sur le plan moral, plus on s'élève sur le plan social.

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 01 juillet 2015
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