Les Salauds vont en enfer

À Paris, j'étais un animal en cage. Un appartement d'à peine vingt mètres carrés qui engloutissait plus de la moitié de mon salaire d'instituteur, cela ne pouvait convenir au sauvageon que j'avais été, et que je resterai sans doute jusqu'à mon dernier jour.
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Théâtre - Noir

Les Salauds vont en enfer

Psychologique - Vengeance - Prison - Évasion MAJ samedi 25 juillet 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16 €

Frédéric Dard
Dominique Jeannerod (notes)
Thierry Gautier (notes)
Hugues Galli (notes)
Dijon : Presses Universitaires de Dijon, mars 2015
236 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-36441-120-3

Trois fois Les Salauds vont en enfer

Il est regrettable que certaines sorties éditoriales n'aient pas l'aura médiatique qu'elles méritent. Les presses universitaires ont souvent le défaut de leur qualité, à savoir un manque de visibilité auprès du grand public. Défaut d'autant plus regrettable que la publication, inédite, de la version originale et théâtrale des Salauds vont en enfer aux Presses Universitaires de Dijon, exige vraiment qu'on s'y attarde, à plus d'un titre.

Les grosses têtes Yankees des studios de marketing appellent cela le transmediastorytelling. Les plus érudits sorbonnards préféreront le terme savant de palimpseste. Mais entre nous, on se contentera d'évoquer les multiples adaptations d'une même œuvre. Petit rappel préalable : en 1954, Frédéric Dard écrit, pour le Théâtre du Grand-Guignol, Les Salauds vont en enfer, cette pièce que tous les collectionneurs possèdent... sous sa forme romanesque ! En effet, c'est deux ans plus tard qu'Armand de Caro demandera à son auteur de novelliser ce drame, d'en faire un roman, afin de surfer notamment sur le succès... de son adaptation cinématographique (à laquelle Frédéric Dard ne participa pas). Si on ajoute à cela que le roman fut d'abord publié... en feuilleton, et qu'il fera l'objet d'une seconde adaptation télévisuelle en 1971, cela paraît en même temps confus et très simple : pour quelles raisons cette pièce, écrite de l'aveu même de l'auteur en deux jours et demi, après en avoir improvisé le scénario en direct au téléphone à un producteur, convenait-elle à autant de supports différents, et fut une publication majeure, un véritable déclencheur dans la production romanesque de Frédéric Dard ?
C'est la principale problématique de l'imposant appareil critique (plus de soixante-dix pages de commentaires, références et documents d'époque passionnants) qui entoure cette version inédite, et à laquelle Hugues Galli, Thierry Gautier et Dominique Jeannerod tentent de répondre, en ne négligeant aucun aspect historico-littéraire de la production populaire des années 1950.
Autour du texte lui-même, nous retiendrons que l'œuvre de Frédéric Dard le prédisposait au Grand-Guignol dont il se revendiquait un fervent spectateur (extraits à l'appui), que son éviction de l'adaptation cinématographique lui permettra, paradoxalement, de s'affranchir d'un certain nombre de contraintes d'écriture et le fera gagner en efficacité scénaristique et tension dramatique dans sa production ultérieure.
Vient ensuite l'exercice de l'étude comparée des différentes adaptations (pièce, film, roman, feuilleton et téléfilm). Il serait fastidieux et contre-productif que de vouloir résumer ces différentes parties. Sachez néanmoins que l'érudition dont font preuve les auteurs est sans failles, et que rien ne leur a échappé, de l'analyse séquentielle en passant par le découpage scénaristique, sans oublier la restitution de l'accueil critique de l'époque (un grand coup de chapeau en passant aux contributeurs occasionnels - et barbus... - qui ont fourni une passionnante base iconographique).
En parlant de documents exceptionnels, nous revendiquons un petit faible (déformation professionnelle oblige) pour les fac-similés et reproductions des documents de travail à la fin de l'ouvrage. Imaginez que nos archivistes ont réussi à vous retrouver - sans augmentation du tarif des consommations - le tapuscrit original de la pièce (annoté de la main de Frédéric Dard), le scénario du téléfilm, le synopsis du roman, son tableau d'équivalence avec le feuilleton, etc. Passionnant !
Accessoirement, on s'en voudrait de ne pas mentionner, des pages 71 à 174 de ce livre, le texte inédit d'un jeune auteur qui n'allait pas tarder à devenir le monstre sacré qu'on connaît. Oui, on s'en voudrait de ne pas vous inciter à vous procurer cet ouvrage avant tout pour découvrir la version originale, inédite, plus de soixante ans après sa première, des Salauds vont en enfer, œuvre-clé, œuvre fondatrice et tournant dans la carrière de Frédéric Dard. Que vous soyez collectionneur, universitaire, cinéphile ou, comme la plupart d'entre nous, simples amoureux du verbe de Frédéric Dard, cet ouvrage est un véritable pot-au-feu (sic) où vous irez chercher ce que bon vous semble, selon vos préférences. Mais une chose est sûre : vous y trouverez ce que vous cherchez.

Citation

Salaud, salaud. Je vais te régler ton compte. Je vais te tirer dessus parce que c'est logique, logique et moral... J'ai travaillé toute ma vie pour la logique et la morale... Tu ne voudrais pas que ce que nous venons de vivre n'ait servi à rien, dis ?

Rédacteur: Maxime Gillio mardi 21 juillet 2015
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