Les Cœurs déchiquetés

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Roman - Policier

Les Cœurs déchiquetés

Tueur en série - Énigme - Enlèvement MAJ lundi 14 septembre 2009

Deux solitudes qui se rencontrent

Comme un écho au roman de Pierre Hanot, Les Clous du fakir, chroniqué en ces pages il y a quelques mois, Les Cœurs déchiquetés vient à son tour, mais dans un style tout autre, traiter le thème de la perte d'un être aimé. Mais là où Hanot nous menait dans les pas du père de la victime, Hervé Le Corre choisit de croiser deux parcours : celui du commandant Vilar qui vit dans l'espoir de retrouver son fils kidnappé quelques années plus tôt et dont la disparition – est-il utile de le préciser ? - laisse une blessure à jamais béante, et celui de Victor, gamin de treize ans dont la mère a été assassinée violemment. Les cœurs déchiquetés, ce sont eux bien sûr : l'inspecteur qui vit tel un zombie, "sans y penser, seulement mû par la nécessité de se mettre en état de marche pour une journée de plus", et Victor qui se figure être "le survivant d'une catastrophe à laquelle le sommeil [l'a] fait échapper". Deux solitudes qui se confrontent à l'absence et à l'immensité du vide.
En une écriture sèche comme les cœurs dont il traite, Hervé Le Corre dresse un sombre tableau de l'humanité, la montrant sous son aspect le plus vil, lorsqu'elle se révèle capable de briser ses enfants et par là, l'espoir et son propre avenir. Reclus dans leur douleur, les personnages des Cœurs déchiquetés semblent ne plus croire en rien : "Personne ne peut rien pour autrui d'une façon générale" est le constat pessimiste fait par Vilar. L'auteur bordelais nous raconte leur naufrage, au sens propre comme au figuré, et avec eux nous sombrons dans la noirceur la plus dense à la lecture de ce roman. À plusieurs reprises, avec habileté et élégance, l'auteur fait d'ailleurs référence à Moby Dick d'Herman Melville, ouvrage figurant parmi les favoris de Victor. La scène finale qui se déroule sur l'estuaire de la Gironde est un parallèle avec l'épilogue du roman de Melville dont le héros est retrouvé après le naufrage, agrippé au cercueil de son ami le harponneur. On rappellera ici les derniers mots de Moby Dick : "Retournant en arrière pour chercher toujours ses enfants perdus, elle ne recueillit qu'un autre orphelin." Souhaitons à l'orphelin des Cœurs déchiquetés, Victor, prénom prédéterminant, de garder en tête les premières lignes du chef-d'œuvre de Melville ; elles sont parmi les plus belles que la littérature ait fournies. Les Cœurs déchiquetés vient confirmer le talent d'Hervé Le Corre qui, par ce septième roman, poursuit la construction discrète d'un œuvre solide. L'auteur se situe parmi les meilleurs romanciers de la littérature noire en France aujourd'hui, position que le grand prix de la Littérature policière de 2005 avait déjà affirmée en honorant L'Homme aux lèvres de saphir, roman publié également chez Rivages.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°38 |813 n°105 |La Tête en noir n°141

Récompenses :
Grand Prix du roman noir français du Cercle rouge 2010
Prix Mystère de la Critique 2010

Nominations :
Prix SNCF du polar français 2010
Prix Nouvel Obs BibliObs du roman noir français 2010
Prix des Lecteurs Quais du Polar 2010

Citation

Personne ne peut rien pour autrui d'une façon générale.

Rédacteur: Jean-Claude Lalumière mardi 08 septembre 2009
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